LES SPECTACLES GRAND PUBLIC DE MONTPELLIER DANSE

Festival Montpellier Danse : Baro d’evel cirk cie, Mourad Merzouki et Salia Sanou


Trois grands spectacles se partagent le haut de l’affiche des derniers jours du Festival Montpellier Danse 2012 : les créations du groupe Baro d’evel Cirk cie et du chorégraphe monpelliéro-burkinabé Salia Sanou et la reprise de Boxe Boxe de Mourad Merzouki, artiste associé de cette 32e édition. Trois spectacles qui privilégient l’aspect visuel et choral de la danse, ce qui en fait des pièces très accessibles et pour tous les publics.

Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias qui dirigent conjointement la cie Baro d’evel proposaient leur dernière création : Mazùt. Bien que ce fut la première, le spectacle est extrêmement rôdé, très bien rythmé et sans erreurs. Un homme entre en scène avec une tête de cheval, s’agite et se pavane en cherchant une gestuelle anthropomorphique humaine/chevaline. Toute la pièce se fera en alternance entre un univers onirique et la réalité basique d’un bureau d’étude. Tantôt les deux personnages (lui en patron méticuleux, perdu et lunaire; elle en assistante autoritaire et mélancolique) proposent un duo de clown singeant la réalité (plier de grandes cartes, ranger un bureau…), tantôt nous serons plongés dans leurs rêves, leurs envies de voyages. Le spectacle embarque dans un trip intérieur séduisant et profond. Un des moments les plus bluffants sera le jeu avec des gouttes d’eau qui tombent en rythmes dans des boites de conserves et créent en direct une musique propice à leurs élucubrations. « Nous avons demandé à un ingénieur de nous créer un programme informatique afin que la chute des gouttes soit contrôlée depuis la régie » nous dit Camille Decourtye à l’issue de la représentation. Ce spectacle de cirque, aucunement de danse, n’a pas vraiment sa place dans ce festival (sauf les petits arrangements entres directeurs et financeurs) mais la réussite du projet aura été celle d’un très beau moment de découverte, un espace de songerie pour les montpellierains.

Ces même festivaliers auront pu assister cette année à une avalanche Merzouki. Trois spectacles ont été présentés, avec pour vecteur commun un tonnerre d’applaudissements à la fin. Boxe Boxe, chorégraphie créée en 2010 allie savamment danse contemporaine, hip hop et mouvements de boxe. La troupe de neuf danseurs atteint un niveau technique qui dépasse l’entendement et pendant une grosse heure tourne, virevolte et tape du poing sans jamais s’arrêter. De même, le quatuor Debussy qui accompagne live les danseurs joue à en perdre haleine. On applaudira Fabrice Bihan qui tient la note au violoncelle tout en marchant à reculons et dans le noir ! La musique a parfaitement sa place dans ce spectacle riche où tous les arts se mêlent harmonieusement.

La scénographie de Benjamin Lebreton emporte dans un univers onirique et british, non loin d’Alice. Un seul bémol dans cette pièce de la perfection et du rassemblement : les différentes scènes ne vont pas au bout de ce qu’elles proposent. Mourad Merzouki, qui danse sa pièce, propose un instant avec un punching-ball. Jamais la chorégraphie ne sort du cadre de la gestuelle de boxe pour aller plus loin et nous offrir un véritable pas de deux danseur/punching-ball. On se consolera avec le solo remarquable de Teddy Verardo qui se laisse aller à une danse plus sombre et plus contemporaine, qui touche autant par la grâce de ses mouvements, par la puissance de sa corporalité, par la sincérité de sa danse.

La soirée s’achève avec la création de Salia Sanou : Au-delà des frontières. Ici, pas de recherche de la perfection, mais du sensible, qualité autrement juste et difficile à atteindre. La pièce a été composée pour 1 musicien, 1 comédienne, 1 plasticien, 1 funambule et 5 danseurs. Le risque était grand de se perdre dans le mélange des genres, de voir disparaître la danse et d’apposer la particularité de chacun bout à bout sans jamais se rencontrer. Bien au contraire, Sanou réussit ce tour de force de transporter les artistes au-delà de leurs frontières sans jamais les pervertir. Le guitariste ne danse pas, mais il accompagne tellement le mouvement de la danse qu’ils sont tous ensemble, tout au long du spectacle.

Malheureusement, la comédienne a elle-même écrit son texte, insipide, démagogique et ridicule. Il brise l’équilibre même si son interprétation et son investissement physique atténuent la nullité du propos. Le plasticien Martin Haussmann peint en direct sur une des façades intérieures de cet ancien couvent des Ursulines pour créer un décor mouvant qui accompagne lui aussi magnifiquement la danse terrestre et tendre de Salia Sanou. Les cinq danseurs sont entièrement présents, en chœur et donnent tout ce qu’ils peuvent au public, ravi et enchanté.

Bruno Paternot

Le Festival Montpellier Danse s’est achevé le 7 juillet.

Visuel : Boxe Boxe de Mourad Merzouki

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