« FACES » AU FESTIVAL D’AUTOMNE : MAGUY MARIN SORT LE GRAND JEU

FESTIVAL D’AUTOMNE A PARIS : « Faces » / Ballet de l’Opéra de Lyon / Chorégraphie et conception : Maguy Marin et Denis Mariotte / Théâtre de la Ville du 13 au 21 octobre 2012.

Le premier temps de cette chorégraphie place le spectateur dans un milieu confortable. Viennent sur scène un par un vingt huit danseurs. Le temps est alors suspendu dans cette phase où chaque individu se place minutieusement pour être là, conformément aux dictats de l’ordre préétabli.

Mais heureusement ce temps ne dure pas. Après ce moment présentatif, chaque danseur se confond dans un noir électrique, où l’indiscernable opère sa révolution ; il confond avec son absence les individus à l’intérieur d’une masse. L’obscurité omniprésente parcourra la suite de cette œuvre et ne dévoilera rien, elle déposera seulement une forme d’apraxie dans l’âme du spectateur. Les tableaux dessinés par la masse se vivent comme des énigmes mouvantes avant d’êtrde se confondre dans le noir. Chaque tableau avant de disparaitre est un message sibyllin. La danse prend l’espace et le temps à la manière d’une lecture de Sextus Empiricus dans une obscurité totale mais à la puissance évocatrice inouïe.

Il y a dans cette suite de tableaux quelque chose qui attire l’attention ; c’est ce flux qui se propage d’individu en individu pour finir en une masse implacable. C’est peut-être bien le temps, il s’accélère lorsqu’il traverse l’individu puis ralentit quant il percute la masse. Avec ce mouvement, le spectateur est saisi par le désespoir, il voit chaque être traité par ce tout d’une manière indifférente. Il observe l’individu impatient, puis il le voit s‘engloutir dans une masse mue dans un temps ralenti. Cela crée une impression d’impuissance, comme si derrière la vitesse, il y avait une lenteur phénoménale indépassable. L’individu veut changer les choses mais il ne peut pas agir sur ces grands flux car la masse est là, elle lui résiste et met en échec toute volonté individuelle. Patiemment, elle dépose sur un ton prophétique des corps morts, des tas de footballeurs ou bien même brandit des fantômes.

Lorsque tout s’achève, on en veut presque à Maguy Marin et Denis Mariotte d’avoir remplacé l’automne par un mélange de déception, de sécheresse et de rancune. On en veut à ces danseurs d’avoir su hypnotiser chaque subjectivité avec leur danse tendre et cruelle à la foi. Ces mouvements mettent à mal le spectateur, celui-ci se cogne de plein fouet pendant près d’une heure à un collectif intraitable. Mais on leur est tellement reconnaissant d’avoir su sublimer comme il l’ont fait l’isolement individuel. On sort de Faces guéri pour longtemps de tous les maux que provoque cette masse si oublieuse.

Le Festival d’Automne célèbre la chorégraphe Maguy Marin avec ces huit évènements qui mettent en lumière sa magnifique obscurité. Après « Faces », il y aura « Nocturnes » au Théâtre de la Bastille, « Cap au pire » au Cent Quatre, « May B » au Théâtre du Rond-Point, « çà quand même » et « Prises/Reprises » au Théâtre de la Cité internationale, enfin « Cendrillon » au Théâtre de Chaillot, avec le Ballet de Lyon encore.

Quentin Margne

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