LA FEMME QUI TUA LES POISSONS : BRUNO BAYEN AU FESTIVAL D’AUTOMNE

FESTIVAL D’AUTOMNE : « La Femme qui tua les poissons » d’après Clarice Lispector / mise en scène de Bruno Bayen / Théâtre de la Bastille / Du 17 septembre au 14 octobre 2012 / Festival d’Automne à Paris 2012.

« J’écris comme si cela devait permettre de sauver la vie de quelqu’un. Probablement la mienne. » Clarice Lispector

« Que l’homme marche sur la lune, que les Soviétiques entrent dans Prague, ce n’est pas son sujet immédiat. L’histoire n’est pas son point de vue, la géographie oui. » Bruno Bayen

Dans cette pièce Bruno Bayen met en scène les pensés de Clarice Lispector, une écrivaine brésilienne célèbre interprétée par la tenace Emmanuelle Lafon. «La Femme qui tua les poissons» est une référence à un conte que l’auteure avait écrit, et où elle ne se pardonne pas d’avoir fait crever de faim les poissons de son fils.

Cette femme a été élevée au Brésil, mais elle était fille d’exilés juifs qui avait fui l’Ukraine. Entre 1967 et 1973, elle a tenu une chronique régulière dans « O Jornal do Brasil », un important quotidien de Rio de Janeiro. C’est dans ces textes que Bruno Bayen a puisé pour composer ce récit exepérimental où le regard subtil de Lispector prend vie sur le plateau. Elle se présente comme une sorcière mondaine et misanthrope qui connaît les secrets des âmes et de la langue. Depuis toute petite, elle inventait d’ailleurs des histoires magiques pour sauver sa mère, condamnée par les violences subies lors de la guerre. Elle n’a jamais abandonné sa croyance dans la force magique du langage, plaçant, au centre de son oeuvre, la question de la nomination, proche en cela de la démarche d’une certaine mystique juive. Elle s’appropriait les mots et en fit ressortir toute leur étrangeté et leur somptuosité. Considérée comme une des femmes les plus belles du Bresil, peinte par Giorgio De Chirico, Clarice Lispector refusa toujours que le mot écrivain ait un féminin en portugais affirmant ainsi d’»appartenir aux deux sexes ».

Un peu comme dans les oeuvres de Julio Cortazar, on retrouve dans son écriture la capacité de donner à la vie la plus banale tout son mystère, son étrangeté, ses ombres portées et son mysticisme. Chacune de ces petites aventures quotidiennes devient l’occasion d’une réflexion plus large sur le sens de l’existence, sans jamais tomber dans la banalité.

Malgré le charme du personnage, les anecdotes intéressantes, même drôles et la force scénique d’Emmanuelle Lafont, la mise en scène présente un évident problème de rythme. Souvent l’ennuie se promène sur la scène, et le monologue n’arrive pas à capturer l’attention durablement. Malgré ce défaut de taille, cette pièce présente quand même la grande qualité de célébrer la mémoire de cette écrivaine remarquable.

Camilla Pizzichillo

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