CÉSAR BRIE AU TEATRO ROSSI OCCUPÉ DE PISE

teatro rossi[1]

Correspondance à Pise.
UN THEATRE OCCUPE : A Pise, le Teatro Rossi a été arraché au capitalisme sauvage par les citoyens qui l’ont réouvert dans sa fonction première.

Depuis sa réouverture, se sont succédé de nombreux invités au Teatro Rossi Aperto, dont le gourou de la télévision italienne Enrico Ghezzi et le réalisateur Philippe Garrel. Il ne manquait qu’un grand metteur en scène, et voilà que sur le parterre fait son apparition César Brie, auteur et interprète argentin depuis vingt ans réfugié politique en Europe.

Après le Teatro Valle de Rome, de l’Italie arrive un autre exemple de la manière dont la crise peut après tout être bénéfique pour la culture, compte tenu de la façon dont elle était maltraitée bien avant de la chute des Bourses mondiales. Jusqu’à récemment, on pouvait en effet concevoir qu’un merveilleux théâtre comme celui de Pise puisse se passer de présenter l’Antigone de Métastase pour accueillir vélos, scooters et pigeons. Depuis Octobre, un groupe de citoyens, étudiants et opérateurs de théâtre ont forcé l’entrée du théâtre. Depuis lors, l’ancienne structure a été arrachée des mains de la banque adjacente, qui l’avait acheté dans le but de le transformer en une salle des coffres.

Un décor suggestif accueille la répétition de César Brie dans l’après-midi. Le souffle est coupé devant l’image d’une épave immense coulée depuis des décennies et tout juste remontée à la surface dans toute sa fragilité. Les loges du XVIIIe siècle sont encore inutilisables et posent humiliées par cette vacance forcée comme une statue dans un coin sombre d’un musée. Mais plus le parterre se remplit de public, plus le théâtre retrouve son lustre d’antan, le brouhaha du public en restaure progressivement la couleur et le sens ; maintenant même les signes du vieillissement semblent lui aller.

César Brie met en scène non pas sa dernière œuvre, Karamazov, mais le monologue 120 kilos de jazz, qui semble presque une dédicace pour les occupants du théâtre. Les 120 kilos de Ciccio Mendez sont utilisés comme modèle pour un état d’esprit, le symbole du superflu qui enveloppe l’homme, en déforme l’allure, et produit un grand découragement. Ciccio Mendez n’a pas plus de courage. Lui mène une vie confortable, sa pose habituelle c’est d’être pris en sandwich entre les accoudoirs d’un canapé, sous le poids d’un hamburger. Mais Ciccio ainsi vit, assis, et pendant la digestion il dévore des yeux le monde qui l’entoure, et rumine sur ce qu’il faut faire, il rêve et même tombe amoureux. Le courage éclairé par un sursaut d’amour l’amène à connaître une série d’aventures, à s’improviser musicien, acteur, et même séducteur. L’héroïsme maladroit le fait paraître plus intéressant aux yeux de la jeune fille, mais cette fois encore Ciccio renonce, et préfère décider de ne pas se donner trop de peine pour la conquérir.

La comédie de César Brie laisse peu de place au rire. La trame de la pièce s’entrelace souvent avec la vie de l’auteur, de la fondation du Teatro de los Andes en Bolivie au passage à tabac et à l’exil forcé poussé par une bourgeoisie « légèrement fasciste» ; tout ça revit dans le récit, dans l’histoire d’un amour qui finit mal pour peur de l’engagement auquel cela aurait obligé. César Brie défie les spectateurs du Teatro Rossi Aperto et demande, combien de temps plutôt ce rêve survivra t-il ? Combien de temps cet amour pourra t-il résister à la tentation de se croire simplement « trop naïf »?

Daniele Ricci

Une vidéo sur le teatro Rossi occupé : http://www.arte.tv/fr/italie-theatre-occupe-a-pise/7038676,CmC=7039374.html

teatro rossi aperto[1]

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