VOIR ET REVOIR « JE SUIS CELLE QUI PORTE DES FLEURS VERS SA TOMBE » DE HALA ALABDALLAH

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« JE SUIS CELLE QUI PORTE DES FLEURS VERS SA TOMBE » de HALA ALABDALLAH / La Syrie un peuple qui se lève pour toujours / Cinéma du Réel, Centre Pompidou / le 3 décembre 2012.

C’était un hommage à la révolution syrienne, dans le cadre du festival du Cinéma du Réel au Centre George-Pompidou, La Syrie un peuple qui se lève pour toujours, orchestré le 3 décembre 2012 par Hala Alabdallah, cinéaste syrienne accompagnée du collectif Chadya et de l’association SouriaHouria.com. La soirée inscrite dans le cycle « mémoires contemporaines, du documentaire à la fiction » présentait une forme éclatée entre musique, chant, photographies, courts-métrages et lectures. Images d’une guerre d’un autre visage, d’un autre nom. C’est aussi une Syrie de l’opposition assumée sans nuances dont le Centre Pompidou a projeté les images d’une force déchirante.

Ce qui n’en reste pas moins un vibrant hommage à la révolution syrienne inspire une très belle rencontre. Elle est l’occasion d’aller voir et revoir le premier long métrage de Hala Alabdallah, consultable à la bibliothèque du Centre Pompidou, dont le titre est tiré du vers de Daed Haddad, poétesse syrienne suicidée en 1991, « Je suis celle qui porte des fleurs vers sa tombe et pleure de l’intensité de la poésie ». « Je suis celle qui porte des fleurs vers sa tombe » a été réalisé en 2006 entre la France et la Syrie.

Entre documentaire et fiction, ce premier long métrage en noir et blanc est né du « besoin de gratter la rouille de ma tête » confie la narratrice. Aussi se souvient-elle d’une icône érodée, salie par les années de poussière et de bougies. Comment se dévoile sa surface noire ? Le film alors « prend place dans cet espace noir ». Les histoires s’enchevêtrent et le montage semble s’opérer devant nous. Tantôt ce sont des amies anciennes co-détenues des geôles syriennes- entre l’arabe et le français, la parole est pudique et borde la prison. Tantôt l’on découvre la fille de la réalisatrice au pied de la Tour Eiffel, son mari Youssef, peintre, revenu au pays, après 30 ans d’exil, accueilli en folle liesse à l’aéroport de Damas. Enfin, venant ranimer l’icône oubliée, la mère de Youssef d’origine arménienne, filmée en France, dit la culpabilité des survivants après les massacres, celui de sa famille lorsqu’elle avait onze ans. Elle dit ce de transfert entre culpabilité et nostalgie. Il ne resterait que la nostalgie pour venir compenser la culpabilité du bord de cimetière.

Discrètement, le film remonte le fil d’une mémoire individuelle et collective. A rebours d’amnésie.

Scène inoubliable au pied de la Méditerranée : la voix off de la réalisatrice accompagne l’image d’un enfant à qui elle demande de courir le long d’une corniche. La petite histoire vient assaillir la mer, histoires-légendes elles-mêmes suspendues dont on ne connaît l’origine ni le bout :

« A présent c’est une île déserte, une base militaire flottant toute nue au milieu de la Méditerranée. A l’époque seul un enfant avait résisté sans en être conscient. Parce qu’il était un enfant de la rue il n’avait pas voulu abandonner sa rue. Un matin il se réveille et ne trouve que le silence et la lumière, le flottement profond de l’île et les chuchotements lointains de la mer. Les Ottomans sont partis et les Français ne sont pas encore là. L’île appartient à cet enfant et pendant quelques jours, il a la liberté de fabriquer son propre royaume, ou sa propre république, ou ne rien faire. Le temps est suspendu, il n’y a pas de règle, pas de lieu, pas de loi. Le lieu existe seul avec son propre son et sa propre lumière (…) Le petit enfant devient subitement un matin l’homme unique de l’île : il entre dans un bateau en fabrication, il souffle en lui son âme et le met en marche. L’enfant part sur son bateau sur la Méditerranée. L’enfant tourne le dos à la Méditerranée. »

La poésie de ce film, gorgée et écorchée de va-et-vient, semble libérer cet insaisissable espace de l’exil, non-lieu insoumis, quelque part entre l’enfermé d’une prison et l’infini d’une mer.

Hala Alabdallah ferait penser à Agnès Varda lorsqu’elle se regarde dans le miroir, observe ses rides et tente de se reconnaître, en dévoilement.

Flora Moricet

* Une des vidéos projetées lors de l’événement « La Syrie un peuple qui se lève pour toujours » Light horizon de Randa Maddah, septembre 2012 :

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