LAWRENCE WEINER : « ESCRITO EN EL VIENTO » AU MACBA DE BARCELONE

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LAWRENCE WEINER au MACBA : Escrito en el viento / written on the wind / dessins, drawings / MACBA Barcelone / Du 08 mars au 24 juin 2013.

Le pape de l’art conceptuel Lawrence Weiner présente ses dessins, carnets et oeuvres sur papier au MACBA de Barcelone jusqu’au 24 juin 2013. Ces éléments déterminants de la réflexion de l’artiste et de la genese de son oeuvre éclairent magistralement le travail à la fois complexe et d’une évidence éclatante de cet artiste-phare, qui aura révolutionné l’art de la fin du XXe siècle.

Avec cette référence claire à la navigation et à la feuille de route, « Escrito en el viento » (Ecrit dans le vent) présente le travail de dessin de l’un des artistes les plus décisifs de ces cinquante dernières années. A la fois humble et fondamental, le dessin est en effet la clef de voute de l’oeuvre de l’artiste, et en tout cas l’une des entrées importantes pour appréhender le travail de cet artiste historique de l’art conceptuel.

L’exposition revient ainsi sur le travail sur papier de Lawrence Weiner (New York, 1942), éclairant ainsi ce qui est peut-être la moins connue des facettes du travail. « Ecrit sur du vent » est une analyse complète des œuvres sur papier de Weiner, un artiste qui nous a appris que l’art n’a pas besoin d’un support physique : il suffit de sa formulation verbale. Avec une production qui s’étend du début des années soixante à nos jours, cette expo souligne l’intention communicative récurrente de l’artiste américain. Weiner utilise un élément démocratique aussi universel que la langue pour construire un travail allant de ses célèbres sculptures objets immatériels, construits à l’aide de mots-clefs et d’expréssions tautologiques, jusqu’aux œuvres sonores et aux films.

L’exposition, qui évite le récit chronologique, propose un regard intime sur les intérêts et les obsessions de l’artiste qu’il traduit régulièrement sur le papier, comme une forme d’accès privilégié à son travail et sa vision du monde.

L’art de la seconde moitié du XXe siècle à aujourd’hui ne serait pas le même sans la contribution fondamentale de Lawrence Weiner. Cet artiste qui a toujours entretenu des liens étroits avec l’Europe et sa tradition philosophique, a contribué à élargir la notion de l’art comme nous l’entendons aujourd’hui de manière déterminante et radicale. Ses œuvres ont permis au public d’apprendre à dissocier l’oeuvre physique de la pensée, comme à découpler les qualités intrinsèques de l’oeuvre de ses qualités physiques et esthétiques.

1959 est l’année où Weiner a présenté ses premières œuvres au public. Un an plus tard, il utilise de la dynamite dans un parc en Californie pour créer des sculptures par soustraction. En 1964, le public de New York qui assiste à une exposition de l’artiste est invité à décider de l’état final des œuvres présentées. En 1968, Weiner installe un réseau de pieux plantés dans le sol et attachés par une corde au Windham College à Putney, dans le Vermont. Lorsque les élèves doivent couper les cordes pour entrer sur le campus, il réalise alors qu’il aurait pu communiquer la même expérience sans avoir à la matérialiser. Dans la même année, l’artiste fait une déclaration publique d’intention, demeurée fameuse, qui a inauguré sa pensée et présidé à son travail jusqu’à ce jour. Un acte fondamental, révolutionnaire, qui aura marqué un avant et un après dans l’histoire de l’art contemporain :

1. L’artiste peut construire la pièce.
2. La pièce peut être fabriquée.
3. Le travail ne doit pas être construit.
Chacune de ces lignes directrices est ainsi validée et conforme à l’approche de l’oeuvre, le destinataire décidant du statut de l’oeuvre au moment même de sa réception.

Depuis lors, Weiner a utilisé le langage comme matériau pour sa création artistique et a toujours exigé un rôle actif du regardeur, le « bénéficiaire ». Une fois détachée du souci de son apparence et de sa forme, l’œuvre d’art existe par elle-même dès lors qu’elle est conceptualisée et énoncée : dans la mesure où elle est formulée linguistiquement et appropriée par le spectateur, elle devient oeuvre et existe en soi.

Avec ces hypothèses, Weiner a fait du langage et de la formalisation écrite des concepts le coeur de sa production : un langage précis que l’artiste a méticuleusement choisi et compris de la manière la plus objective qui soit. Weiner sculpte avec des mots. Une de ses œuvres les plus significatives, QUELQUES OBJETS DE DÉSIR (2004), occupe le mur central de l’atrium du du MACBA de façon permanente depuis 2009 dans le cadre de la collection du Musée. cette grande « équation mathématique », souligne la relation entre les gens et les différents types d’objets dans le monde.

Lorsque dessin pense

L’exposition retrace la fabrication des papiers de Weiner et se concentre sur le dessin comme point focal. Un angle d’approche qui à ce jour n’a pas encore fait l’objet d’étude spécifique. Dès le début et pendant cinq décennies, la fidélité de Weiner au dessin est restée inchangée. Son œuvre sur papier est très vaste, et ld’une grande diversité de formats, de supports et de techniques. Papier calligraphié, cartes de la ville, emballages ou feuilles de papier journal, entre autres médias, ont été utilisés comme matériel pour un cabinet de dessin compulsif.

L’exposition au MACBA rassemble des dessins en deux catégories: les séries qui composent une histoire en soi ou parlent des obsessions de l’artiste, et du matériel, parfois incomplet et fragmentaire, traitant de ces histoires. Bien que la renonciation à un compte rendu chronologique soit actée, tous les desins exposés invitent à parcourir la trajectoire de Weiner à travers cet exercice de la pensée qui est le dessin. Si dans les premières années, quand l’artiste peint sur toile et teste différents automatismes, il utilise déjà la pratique du dessin, après le tournant linguistique de 1968, cela est renforcé et l’écriture devient ainsi une partie de la pratique. Weiner associe ainsi le dessin à l’articulation de sa pensée. Dessiner et pensant se produisant dans la même zone cognitive. Comme tout son travail, les dessins serviront aussi à une forme directe de l’interaction avec le regardeur, renvoyant à notre capacité de voir et de dialoguer.

Parmi les pièces exposées, sont présentés pour la première fois les carnets de l’artiste, qui sont l’origine et le fondement de toute sa production. Ces livres de notes montrent les premières réflexions, les premières idées qui se transformeront en oeuvre dans l’espace d’exposition. Le dessin est ainsi une langue et un geste structuré de la pensée, une trajectoire pour le travail de celui pour qui l’expérience du mot est l’expérience même de sa recherche.

L.M.

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Visuels : vues de l’exposition au MACBA / copyright Lawrence Weiner 2013 et MACBA, Barcelona.

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