« COUR D’HONNEUR » DE JERÔME BEL : REVOLUTION THEÂTRALE, REVOLUTION DEMOCRATIQUE ?

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ENTRETIEN avec JEROME BEL : « Cour d’honneur » création au Festival d’Avignon 2013.

A l’occasion du 67e festival d’Avignon, Jérôme Bel investira la cour d’honneur dans un élan démocratique, jusqu’à alors inenvisageable.

Seize spectateurs viendront fouiller la mémoire de ce lieu réservé d’ordinaire à l’avant-garde « savante », tel par exemple Arthur Nauzyciel qui l’an passé y déposa un naufrage sans nom, La mouette, une perte navrante de temps et d’espace produite pour le seul plaisir d’un petit nombre d’initiés qui aiment se délecter du théâtre de la vacuité.

Jérôme Bel a lui cherché du côté des spectateurs, peut-être trop souvent oubliés, méprisés au profit d’un technocratisme théâtral. Ayant travaillé à ce projet avec des spectateurs de la cour d’honneur, il leur donnera la possibilité d’évoquer leur condition au sein même d’une production artistique conçue in situ pour l’emblématique Cour. Cette pièce éphémère remettra en cause – on l’espère – beaucoup de présupposés quant à la façon dont la représentation théâtrale s’adresse ou non à un public aussi large que diversifié.

Inferno : « Cour d’honneur » sera une pièce faite par des spectateurs pour des spectateurs. Vous renversez un ordre préétabli, en donnant la parole à ceux qui généralement n’ont aucun mot à dire durant la représentation. Qu’est-ce qui motive chez vous la nécessité d’exposer, de théâtraliser le regard du spectateur pour la « Cour d’honneur » ?

Jérôme bel : Depuis quelque années j’ai travaillé sur la mémoire de danseurs, « Veronique Doisneau »(2004) danseuse au Ballet de l’Opera de Paris, « Pichet Klunchun and myself » (2005) danseur classique thailandais, « Cedric Andrieux »(2009) danseur de Merce Cunningham et au Ballet de L’Opera de Lyon. J’ai ensuite pensé à faire, logiquement presque, un spectacle sur la mémoire d’un lieu, d’un théâtre. C’est comme cela que j’en suis arrivé à interroger la mémoire des spectateurs d’un théâtre, en l’occurrence, d’un des théâtre les plus symboliques en France, la cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon. Ce qui m’intéresse dans ce projet c’est d’essayer de quantifier, mesurer la réception de spectacles de théâtre ou de danse. Qu’est-ce que la représentation théâtrale produit sur le spectateur ? Comment l’art influence en bien ou en mal la vie des spectateurs ?

Inferno : Il y a une chose dans votre recherche artistique qui a attiré fortement mon intention : vous maintenez chez le spectateur, mais aussi chez l’interprète, un désir de subversion, en l’exposant et en activant son langage d’une manière radicalement autre. Est-ce un choix à l’origine de vos productions ou quelque chose qui vient dans un second temps ?

Jérôme bel : Oui, bien sûr c’est à l’ origine du travail. Il s’agit pour moi de mettre en parole certaines connaissances, certaines expériences qui ne sont pas émises publiquement. Tout le monde n’a pas droit à la parole. Mon travail est simplement de faire entendre certaines voix. Si on ne les entend pas c’est qu’elles sont évidemment critiques et donc subversives.

Inferno : Il y a des contraintes propres à la cour d’honneur du Palais des Papes (le vent, l’acoustique, l’espace) et plus généralement l’intransigeance du spectateur, n’hésitant ni à quitter la cour, ni à crier son mécontentement. Dés lors pourquoi rendre hommage au spectateur à l’endroit même où son insatisfaction ne cesse de se faire entendre ?

Jérôme bel : Le spectacle ne rend pas hommage au spectateur, il l’expose, lui donne la parole dans sa diversité, sans le juger en bien ou en mal. Certains spectateurs ne se gênent pas le moins du monde pour parler de leur « mécontentement ». Ce ne sont pas tous des spectateurs modèles ! Et c’est tant mieux.

Inferno : Doit-on s’attendre avec « Cour d’honneur » à une remise en question quant à la manière d’être spectateur aujourd’hui ?

Jérôme bel : Disons que le spectacle met en lumière plusieurs rapports possibles du spectateur au spectacle. Il est plutôt une sorte de réflexion publique sur une activité très solitaire, celle d’être spectateur.

Propos recueillis par Quentin Margne
mars 2013

Photo copyright Feran Mc Rope.

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