FESTIVAL D’AVIGNON 2013, LE PROGRAMME…

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FESTIVAL D’AVIGNON 2013 :  67e édition / La sélection d’INFERNO / du 5 au 26 juillet 2013.

67e édition du Festival d’Avignon, donc, et dernière avec Vincent Baudriller et Hortense Archambault, dont c’est l’ultime programmation. L’autre spécificité étant l’ouverture de la FabricA, la toute nouvelle salle de répétitions du Festival, un outil important puisque totalement dédié à la création in situ des oeuvres montées pour lui…

Cette année, les deux artistes associés sont Stanislas Nordey et Dieudonné Niangouna, deux personnalités fortes dont le travail est très différent, mais que des affinités intellectuelles et une amitié née de leur rencontre lient désormais solidement. Au delà, cette édition est marquée  par un retour du théâtre documentaire et engagé, mais aussi bien sûr par l’Afrique et les nombreux invités du continent, présents sur l’invitation des  deux artistes associés. Ce Festival  2013 est donc le dernier pour le duo Vincent Baudriller et Hortense Archambault, qui depuis dix ans oeuvrent à sa programmation et sa direction, et dont ils auront largement contribué à accroître la notoriété internationale, invitant des artistes du monde entier et ouvrant aux transversalités et passerelles vers d’autres disciplines comme la performance, la poésie contemporaine et bien sûr la danse qu’ils ont largement soutenue tout au long de ces années.

Que faut-il retenir a priori de ce programme ? Tout d’abord, comme nous le soulignions en préambule, la forte présence d’un théâtre documentaire, en tout cas de formes engagées dans une certaine réalité sociétale et les interrogations qui ne manquent pas de résurgir dans la création contemporaine. Ainsi ces artistes du continent africain qui tous, plus ou moins, proposent des oeuvres profondément marquées par les réalités socio-économiques et politiques de leurs pays respectifs.

Une tendance accentuée par les travaux d’artistes comme Jérôme Bel, qui dans sa création pour le Festival intitulée « Cour d’Honneur », judicieusement donnée dans ladite Cour, donnera parole aux spectateurs et interrogera cette notion même de spectateur de théâtre… L’interview publiée le cahier Festival du semestriel papier d’INFERNO y revient d’aillleurs largement.

La très bonne nouvelle de cette édition est le retour de l’immense Angélica Liddell avec une création « Todo el cielo sobre la tierra » , ainsi qu’un second spectacle « Ping Pang Qiu », deux oeuvres qui, n’en doutons pas, imprimeront de leur force cette 67e édition. On se souvient des passages remarqués de l’artiste madrilène, dont cette puissante « Casa de la Fuerza » donnée en 2010 dans le Cloître des Carmes… Tout simplement magique. Angelica Liddell nous a fait le plaisir de répondre longuement sur son travail et ces deux oeuvres en particulier, dans un entretien que nous publions dans ce numéro exceptionnel.

Philippe Quesne et son Vivarium Studio sont eux aussi de retour, et c’est tant mieux. Leur création « Swamp club » est trèsc  attendue. Nous revenons avec lui également sur son dernier travail. Quesne produit une oeuvre fascinante, inclassable et perturbante. On se souviendra du formidable Big Bang donné  au Festival il y a quelques années…

Krzysztof Warlikowski présente lui son « Kabaret Warzawski « , soit une oeuvre montée spécialement pour l’ouverture de son nouveau lieu de travail et de spectacle à Varsovie « Le Garage ». Après « Apollonia » présentée au Festival en 2011, Warlikowski reprend la forme libre du cabaret et plonge dans deux événements majeurs qui auront bousculé notre début de siècle et le précédent, Septembre 2001 et la montée du nazisme sous le IIIe Reich. Deux événements qu’il relie à la résurgence d’une droite dure et xénophobe, et d’un nationalisme virulent… D’actualité.

Jan Lauwers est là aussi,  qui monte en première en France « Place du Marché 76 » au Cloître des Carmes. Un travail sur lequel il s’entretient longuement avec notre correspondant à Bruxelles qui l’a rencontré juste avant qu’il n’entre en création…. Comme il ne faut surtout pas non plus rater Falk Richter qui propose son « Rausch » au Lycée saint-Joseph, deux spectacles incontournables.

L’excellent Faustin Linyekula propose son « Drums and Digging » au Cloître des Célestins et Nicolas Truong met en scène son « Projet Luciole » autour du rapport qu’entretient la philosophie avec le théâtre et vice-versa. Une fertile interrogation, très attendue, donnée en la Chapelle des Pénitents Blancs.

C’est à Stanislas Nordey que revient le redoutable honneur d’ouvrir ce 67e Festival dans la Cour d’Honneur, avec une création d’après Peter Handke… « Par les Villages » est un théâtre « ouvrier » selon les voeux de Nordey… En attendant d’aller le voir comme acteur dans « L’Argent »,  d’Anne Théron, sur un texte du lumineux et regretté Christophe Tarkos, ce grand poète qui nous manque.

Pour cette dernière programmation, les directeurs du Festival ont  convié les artistes associés des précédentes éditions, en tout cas ceux qui le pouvaient, à venir pour un « one shot » d’une soirée à Avignon, qui pour une lecture ou une rencontre, qui pour une oeuvre donnée un soir seulement. Cela se passe à l’Opéra-Théâtre et nous aurons, entre autres, le plaisir de revoir Romeo Castellucci dans un duo avec Valérie Dréville, Jan Fabre, Thomas Ostermeier pour un film « Hamlet en Palestine », Josef Nadj, Pippo Delbono ou Alain Platel et son superbe « Out of Context » donné en 2011 au Festival…  Ces créateurs exceptionnels qui auront littéralement enchanté Avignon ces dernière années. Des soirées-événements, dont on se souviendra certainement…

Moins de danse que d’habitude, mais on remarquera l’excellent Christian Rizzo qui propose au Lycée Aubanel une création intitulée « D’après une histoire vraie », dont on peut s’attendre à ce qu’elle colle au fil rouge de cette édition… Ou la non moins formidable Sasha Waltz qui fait un one shot à l’Opéra théâtre le 7 juillet avec son « Dialogue 20-13″…  Et encore bien sûr De Keersmaeker qui avec Boris Charmatz montent leur « Partita 2 » dans la Cour d’Honneur dès le 23 juillet.

Katie Mitchell est là elle-aussi, son « Voyage au travers de la nuit » devrait être une curiosité. Patrice Chéreau lit lui le superbe « Coma » de Guyotat, sans doute le plus grand écrivain français, le 25 juillet à l’Opéra,  et Peter Brook s’exprime sur son travail, dans une intervention unique toujours à l’Opéra le 12 juillet.

La présence d’artistes africains nous permet de découvrir, entre autres, Milau Rau, avec sa pièce « Hate Radio » qui se retourne sur la « radio génocidaire » qui appelait au meurtre quotidiennement au Rwanda lors de la guerre civile, ou encore Rimini Protokol, qui présente son « Lagos Business Angels »…

Enfin Dieudonné Niangouna donne sa création « Shéda » à la Carrière de Boulbon, et nous ne doutons pas que ce lieu magique pour le théâtre révéle l’oeuvre de Nianguna, qui nous a habitués à de fort belles choses… Niangounia revient lui aussi dans notre cahier « Festival » sur sa création pour le 67e Festival et nous éclaire sur son travail.

Sophie Calle  est également de retour pour une performance, sur laquelle nous nous entretenons avec elle dans le numéro du semestriel papier d’INFERNO.  Elle renoue ainsi avec ses premières actions des années 80. « Chambre 20 » se déroule à l’Hôtel de La Mirande de 15 au 19 juillet, où l’artiste reçoit en personne son public dans sa propre chambre… On se souviendra de sa superbe installation à l’église des Célestins en 2012, « Rachel, Monique », dédiée à sa mère… Une oeuvre très forte, qui a marqué le Festival l’an passé.

Nous avons donné délibérément la parole aux artistes dans ce cahier « Festival » du semestriel, car qui mieux qu’eux peuvent éclairer leur travail, leur approche esthétique, leur vision du théâtre ? Comme nous avons ouvert nos colonnes à Vincent Baudriller, qui revient ainsi longuement sur sa conception du Festival et ces dix années passées avec Hortense Archambault à en réactiver les fondamentaux pour l’ouvrir pleinement au monde, impulsant des énergies nouvelles, privilégiant les transversalités et les télescopages, qui font du Festival d’Avignon un événement unique… Un formidable vecteur de création, d’expériences et de découvertes, dont il faut souhaiter la pérennité, avec la même hauteur de vue et la même exigence que celles qui depuis dix ans, auront établi définitivement sa réputation internationale.

Marc Roudier

A découvrir, sur le semestriel papier INFERNO six-monthly, notre cahier spécial Festival d’Avignon, avec de nombreux entretiens exclusifs, notamment Jérôme Bel, Alain Platel,  Angélica Liddell, Krzysztof Warlikowski, Stanislas Nordey, Vincent Baudriller, Dieudonné Niangouna, Jan Lauwers… Sortie le 5  juillet.

Voir le site du Festival pour le programme complet : http://www.festival-avignon.com

Visuel : Jan Lauwers « Place du Marché 76 » / Copyright Needcompany

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