TRANSAMERIQUES 2013 : « AINSI PARLAIT… », UN DRÔLE D’OBJET THEÂTRAL

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Envoyé spécial à Montréal.
FESTIVAL TRANSAMERIQUES : Ainsi parlait… : Frédérick Gravel, Etienne Lepage / Danse et Théâtre/ Agora de la danse / Montréal / 5,6,7,8 juin 2013

Pour parler ainsi, de Ainsi parlait… et éviter l’écueil d’un discours tissé par de vaines circonvolutions, il faut sans doute par delà la forme être sensible aux problèmes que soulèvent dans cette pièce Etienne Lepage et Frédérick Gravel à l’aube de leurs associations d’idées intarissables. Elles enraillent nos logiques, nos habitudes à mesure que les interprètes nous font boire cette encre aphoristique, cette chorégraphie irrévérencieuse aussi âpre que cynique. L’esprit rationnel vomit une cigüe. Il laisse place à une faculté différente, plus proche de l’imagination, entre veille et sommeil, théâtre et réalité. Ainsi parlait… est un vent aride qui souffle sur le plateau, il s’engouffre de plein de fouet dans les gradins, l’air de rien, efficacement désinvolte.

Cela naît d’une collision entre les choses irradiées par la force d’un cynisme qui dévore de l’intérieur tout ce qui touche et les sujets à fleur dans cette pièce auxquels nous ne pouvons pas nous dérober. La mauvaise foi est bannie d’entrée de jeu.

On commence ainsi par se remémorer le coût d’une place de théâtre, sa signification dans nos sociétés. L’une des règles pour plaire en art semble-t-il est l’indélicatesse, mais ici les dents ne grincent pas, les tempes ne se rentrent pas comme par une succion intérieure. Au contraire l’indélicatesse corrobore le réel en prenant bien soin de ne pas se métamorphoser à son contact en une culpabilité démesurée, émotion tombée en désuétude par le christianisme. Les codes sont déconstruits, mis en perspective sans la moindre pointe de nostalgie. Il faut oser l’éloge de « jetter de l’argent par les fenêtres de la beauté », le dire tout haut, s’enorgueillir de ce geste. On se dit à voix basse que les sans-part n’y on certes pas accès mais sans eux, la représentation ne pourrait avoir lieu, tout du moins elle ne ressemblerait qu’à un simulacre vide d’émotion.

On est aux confins de ce qui aurait pu ne pas être ou autrement, à l’image de nos existences ou de la forme qu’emprunte les chimères. On endosse les provocations sans sourciller, les grains de sable dans les yeux n’apparaissent pas désagréables, au contraire ils nous offrent une autre vision des choses, distant d’un nihilisme désenchanté, plus près d’un état d’émerveillement constant.

Soyons honnête, Ainsi Parlait… n’a pas de sujet en particulier, mais bien des sujets, on jouit abondamment de cette pérégrination qui ne préjuge de rien, de ces fragments de pensées qui trouvent leur lien au fil d’associations d’idées construites librement et auxquelles on s’abandonne.

Le jeu physique, parfois outrancier des acteurs porte cette démarche à un niveau transcendant où l’on est balotté d’un côté par un rire sarcastique et de l’autre par le sérieux d’une critique joyeuse. Par exemple, le tableau dans lequel Éric Robidoux découvre soudainement un univers inexploré physiquement : son dos. Dans ce mouvement un arrière-monde se profile de même une confiance aveugle en lui.

Au fond le trait dominant qu’on y remarque n’est pas tant l’inconstance, mais au contraire la fidélité. Une fidélité du cœur et de la pensée à soi pour soi.

Quentin Margne

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