FESTIVAL D’AVIGNON : QADDISH, LE DIALOGUE MEMORIEL DE QUDUS ONIKERU

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FESTIVAL D’AVIGNON 2013 : Qaddish / Qudus Onikeru / Théâtre Benoit-XII / Du 6 au 13 juillet 2013

Le danseur chorégraphe Nigérian Qudus Onikeku propose avec Qaddish d’emprunter un chemin chorégraphique et spirituel au bord de la transe. Un état d’ivresse provoqué par une acuité extrême à l’égard du présent, de ses possibles sensoriels. Un présent en dialogue constant avec le mémoire de son père.

Cependant la chorégraphie ne se retranche pas en elle-même, tout au contraire elle fissure le sceau d’une identité reconnaissable et l’emmène au delà d’un temps unifié. Le point de départ fut un voyage à Abeokuta, ville où naquit il y a plus de quatre-vingts ans Ganiu Onikeku. Ensemble, ils ont cherché une continuité liée à leur héritage, leur tradition ancestrale bien avant le temps de la colonisation. A fleur de cette proposition une interrogation jaillit d’emblée, quand est-il aujourd’hui de notre rapport au sacré ?

Le plateau est épuré, scindé en deux parties, l’une visible l’autre rendue invisible par la présence d’un voile, une sorte de chrysalide aussi fine qu’opaque. Sur la voix céleste de Valentina Coladonato, Qudus Onikeku apparaît. Il déroule lentement, délicatement dans l’espace, des mouvements propres à son voyage méditatif intérieur. Une voie s’ouvre, elle converge vers une invitation à la contemplation, à la recherche d’une identité orientée vers l’universel. Les synapses se laissent tranquillement faire, les sensations quand à elles tentent simplement d’accueillir le souvenir d’instants impénétrables.

Car ce corps tendu jusque dans ses plus infimes parties s’immisce dans tous les interstices offerts. Il se meut tel un équilibriste, balançant entre d’un côté sa mémoire stratifiée, et de l’autre ce qu’il est. Course effrénée sur le plateau, acrobatie physique, micro-mouvements convulsés, s’installent à l’intérieur d’une harmonie quasi-perpétuelle. Le rituel se met en place comme par enchantement sur des extraits du Qaddish de Maurice Ravel, interprété par un violoncelliste. La contorsion du corps, les accords profonds du violoncelle, la voix lyrique, redonnent vie à son père.

Mais quant à la dimension sacrée de l’œuvre, il semble impossible de l’entrevoir. Au contraire, on a le sentiment d’avoir le pouvoir de la dégrader par un regard profane, par sa propre incapacité à se laisser dépasser par la performance. Si on s’arrête sur la façon dont le tourisme culturel s’organise aujourd’hui, entièrement fondé sur un modèle de la communication, on ne peut que douter de l’existence d’une once de sacré au théâtre. Or peut-être, faut-il surtout s’interdire d’en parler pour ne pas commettre l’écueil de réduire des gestes sacrés à de la marchandise. A un signe même mort qui annulerait l’enthousiasme vivant de ceux qui ont cru qu’au fond de leur âme, dans un coin silencieux, une partie est sauvegardée, assurée par la magie d’une danse intangible.

Quentin Margne.

Comments
One Response to “FESTIVAL D’AVIGNON : QADDISH, LE DIALOGUE MEMORIEL DE QUDUS ONIKERU”
  1. Francis Braun dit :

    J’ai essayé de tirer quelques mots après avoir vu le spectacle. Je vous remercie d’en avoir extrait « la substantifique moelle »…je ne pouvais pas. Incapacité à décrire ce que j’ai vu, de ce que j’ai éprouvé. C’est la danse ( est-ce une danse ?) que j’attendais depuis tellement longtemps. L’imperceptible, le dessous, les coulisses des sons, l’archéologie des gestes.

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