DES PAPESSES DE L’ART A AVIGNON, LA FÉMINITÉ S’INVITE AU SEIN DU SACRÉ

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LES PAPESSES : Louise Bourgeois, Camille Claudel, Berlinde De Bruyckere, Kiki Smith et Jana Sterbak / Collection Lambert et Palais des Papes, Avignon / Jusqu’au 11 novembre 2013.

Il était une fois… une papesse élue au lieu d’un pape au Moyen Âge. La légende veut que la supercherie ait été découverte le jour où elle a accouché lors d’une procession religieuse publique. Quelques siècles plus tard, un espace d’exposition, la Collection Lambert en Avignon décida d’organiser une grande exposition dans la cité des papes pour l’été 2013. Ils partirent de la légende de la papesse Jeanne et décidèrent d’inviter plusieurs artistes femmes à s’exposer à la fois à la Collection Lambert et au Palais des Papes. Ainsi, Louise Bourgeois, Camille Claudel, Berlinde De Bruyckere, Kiki Smith et Jana Sterbak sont les papesses de l’art moderne et contemporain convoquées pour cette exposition.

À la Collection Lambert.

Il était une fois… l’Hôtel de Caumont, jouxtant l’école d’Art d’Avignon, lieu où se trouve la Collection Lambert. Là, vous pourrez voir jusqu’au 11 novembre un certain nombre d’œuvres de l’exposition « Les Papesses », les moins monumentales.

Au fur et à mesure des salles de cet ancien hôtel particulier, les œuvres de Louise Bourgeois, Camille Claudel, Berlinde De Bruyckere et Jana Sterbak sont confrontées les unes aux autres. On pourra voir certaines des sculptures les plus célèbres de Camille Claudel, telle La Valse ou encore Le Buste de Rodin, elle est l’une des artistes les plus célèbres et l’une des premières artistes femmes vivant de sa passion pour la sculpture. Ces dernières font face aux artistes plus récentes telles Jana Sterbak ou encore Louise Bourgeois et dialoguent les unes avec les autres.

Chacune des artistes invitées parle de féminité, de féminisme et se positionnent en tant qu’artiste femme et plus particulièrement en tant que sculptrices. Toutes, elles mettent en place un univers et des mythes qui leur sont propres et conversent avec le cosmos. Araignées et cellules (pièces dans lesquelles on peut entrer ou non et qui sont de véritables univers réalisés par l’artiste) de Louise Bourgeois, carcasses sanguinolentes d’origines indéterminées de Berlinde De Bruyckere, planètes ou faux poils pour torse féminin de Jana Sterbak sont autant d’œuvres que l’on peut y voir.

Seules les œuvres de Kiki Smith sont à part, à la fin, au rez-de-chaussée. Elles ne sont pas reléguées dans un coin, une large place leur est consacrée, elles ne sont simplement pas mises en regard avec les autres. On y découvre une Kiki Smith onirique, fantastique, elle nous montre des œuvres dans lesquelles on se retrouve face à des agneaux, des loups, des serpents, des étoiles, des femmes, etc. Au détour d’une salle, on peut voir une sculptures montrant une biche accouchant d’ une femme, une sirène aussi, elle revisite le mythe d’Ève sur un panneau de verre, etc.

Au Palais des Papes(ses).

Il était une fois… un palais des papes devenu palais des papesses le temps d’un été. Il est des lieux dans lesquels ont désire pénétrer, le palais des papes peut faire partie de ceux-là. Y sont présentées les œuvres monumentales des mêmes artistes citées précédemment. Le parcours est fléché, on accède à divers espaces du Palais des Papes.

Les tapisseries de Kiki Smith se fondent remarquablement dans cet édifice gothique, les animaux hybridés fantastiques de Berlinde De Bruyckere nous plongent dans un univers fait de monstres et de chimères, la célèbre araignée de Louise Bourgeois tisse ses toiles dans la grande nef du palais et sa croix dont la ligne horizontale formée par des mains trouve sa place, comme il se doit, devant l’autel.

Dans cette exposition, on louvoie entre contes et légendes qui sont autant de réflexion sur la position de la femme dans une société essentiellement patriarcale. La femme de Jana Sterbak, comme la papesse Jeanne, pour accéder au pouvoir, doit se doter d’attributs masculins. Ainsi, elle nous propose une Chemise de nuit blanche, sorte de tenue cérémonielle, des poils y sont cousus au niveau du torse, la pilosité masquant ainsi la poitrine. C’est elle aussi qui revisite le conte de la Princesse au Petit Pois : « Il était une fois un prince qui voulait épouser une princesse, mais une vraie princesse. », il épousa celle qui, à travers une vingtaine de matelas, sentit le petit pois que la mère du prince avait placé là parce que, « une peau aussi sensible ne pouvait être que celle d’une authentique princesse. ». Jana Sterbak a ainsi empilé une vingtaine de matelas entourés coussins mordorés sur lesquels est inscrit le conte de ce petit pois doré qui finit au musée.

Avec « Les Papesses », le palais des papes devient le réceptacle d’œuvres d’art contemporaines qui s’insèrent parfaitement dans ce cadre moyenâgeux. On y retrouve des monstres de légendes, des chimères, des êtres fantastiques sortis d’un autre temps, des trophées de chasse, des contes de fée, des sorcières sur des bûchers, Ève, la pécheresse originelle, etc. le tout étant empreint d’une réflexion sur la femme et sa posture qu’elle désire non courbée dans une société qui la considère comme dangereuse. Louise Bourgeois, Camille Claudel, Berlinde De Bruyckere, Kiki Smith et Jana Sterbak auraient sans doute été brûlées au Moyen Âge, au XXIè siècle elles pourfendent des idées passéistes en jouant avec les codes de la féminité et en s’affirmant comme telle : femme, inutile d’essayer d’être un homme pour être et régner.

Cécile R.

Infos pratiques : PALAIS DES PAPES, http://www.palais-des-papes.com / le Palais des Papes est ouvert tous les jours, toute l’année : 1er avril – 30 juin : de 9:00 à 19:00 / juillet : de 9:00 à 20:00 / août : de 9:00 à 20:30 / 1er septembre – 1er novembre : de 9:00 à 19:00 : COLLECTION LAMBERT EN AVIGNON 5, rue Violette, 84000 Avignon. http://www.collectionlambert.com / Du mardi au dimanche : de 11:00 à 18:00 / En juillet et août : tous les jours de 11:00 à 19:00 / TARIFS / Plein : 15 € / Réduit : 12 €

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Visuels : 1. Louise Bourgeois, Spider, 1995, acier, 337,8 x 642,6 x 469,9 cm, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, photographie François Halard, © Louise Bourgeois Trust / Licensed by ADAGP
2. Berlinde De Bruyckere, Aanéén-genaaid, 1999, cire, polyester, couvertures, 170 x 63 x 64 cm, Collection Enea Righi, Bologne, photographie François Halard
3. Jana Sterbak, La Princesse au petit pois, 2013. Installation, Matelas, édredons, cousins, broderie. Installation réalisée pour l’exposition Les Papesses, Palais des papes, photographie François Halard

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