« BERLIN » : ERWIN OLAF A LA GALERIE RABOUAN-MOUSSION

erwin-olaf[1]

ERWIN OLAF « Berlin » / Galerie Rabouan Moussion / 5 octobre – 23 novembre 2013

Erwin Olaf expose à partir du 5 octobre sa nouvelle série de photographies « Berlin » à la galerie Rabouan Moussion.

(…) Dans les années 1990, quand tout cet espoir était encore frais, Berlin devint la « capitale créative » de l’Europe. Une scène de fête en plein essor, exagérément décrite comme « underground », qui attirait les artistes en grand nombre. Curieusement, cependant, cette explosion ne produisit presque rien de vraiment durable. Nous pouvons déjà entrevoir que le Berlin de cette période ne soutient pas la comparaison avec le Paris des années 1930, ou le New York des années 1950. Une nouvelle fois, la bouffée d’air collective se dissipait, et surtout l’occasion était perdue.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la nouvelle série d’Erwin Olaf. Berlin est une grande ville moderne et performante. Mais elle est aussi un symbole, riche en contrastes d’ombre et de lumière. Dans la psychologie de Berlin, le Temps des Lumières et la République de Weimar se côtoient. Mais Sachsenhausen, le principal camp de concentration, est à moins de quarante kilomètres.

Olaf est de la génération qui a connu de très bons moments à Berlin dans les années 1990. Il le dit lui-même, il a participé à toutes les fêtes où il fallait être. Revisiter Berlin aujourd’hui, revient à comparer ce que cette génération espérait voir se produire avec ce qu’elle a effectivement accompli. C’est une coïncidence qu’Olaf revisite Berlin au même moment que David Bowie,
dont le premier single depuis dix ans (« Where are we now ? »), se référant au Berlin qu’il connaissait dans les années 1970, est paru en janvier 2013. Pour les deux artistes, le travail consiste à faire le point. Qu’est-il arrivé à cette nouvelle capitale européenne que nous pensions voir éclore ? Le ton de l’artiste Bowie, plus âgé, est résolument élégiaque, une complainte. Celui
d’Olaf est plus complexe.

Les photos forment des tableaux, des moments soigneusement imaginés ancrés dans le présent, mais ressassant incontestablement le passé. Un groupe de portraits représentant les acteurs de ces scènes se distinguent : ils sont contemporains, se réfèrent au présent. Un couple d’autoportraits d’Erwin Olaf lui-même semble péniblement faire une allusion à l’avenir. Olaf se plaint, en effet, d’un manque de souffle. Ce n’est pas un hasard s’il s’est lui-même photographié, soit dans la contemplation anxieuse d’un escalier ou en plein effort à mi-parcours : on a l’impression que les choses deviennent plus difficiles pour Olaf. Et il a l’humour et l’honnêteté de le reconnaître. Comme il me l’a dit l’autre jour, s’il voulait être riche, il pourrait refaire
encore et encore les mêmes vieilles photos. C’est exactement ce que font beaucoup de photographes. Mais Erwin Olaf veut continuer à se surprendre, même si cela implique un grand effort personnel. (…)

(…) Olaf est un perfectionniste. Cela lui a été particulièrement utile en tant que photographe commercial, et nous en avons suffisamment de preuves ici. Son éclairage, en particulier, est élaboré dans les moindres détails. Pourtant, dans une zone particulière, il s’octroie le luxe de l’imprécision. Cette zone est celle que la plupart des photographes cherchent à identifier immédiatement : la question du sens. Aucune de ces images n’ont de signification particulière. Elles nous entraînent dans une « Stimmung » (une atmosphère) qui est suffisamment vaste pour justifier plusieurs relectures des images et nous maintenir, nous les spectateurs, intéressés. (…)

(…) Nous avons là une série puissante, riche en sédiments. Par exemple, il fut un temps où Berlin exportait ses photographes. Un certain nombre d’entre eux intégrèrent l’équipe du Picture Post en Angleterre, sous la direction de Stefan Lorant, lui-même un produit exilé de l’industrie du film berlinoise. Peut-être la plus belle exportation entre toutes fut celle d’Erwin Blumenfeld, qui quitta Berlin pour la Hollande (avant d’abandonner définitivement l’Europe et se faire un nom comme le plus grand photographe de mode d’avant-garde à New-York). J’aime l’idée du photographe néerlandais Erwin Olaf parcourant ce chemin en sens inverse. Berlin est un pèlerinage, ou plutôt un témoignage d’honneur et de respect.

(Francis Hodgson – Financial Times / Traduction : Karin Py / Extrait du communiqué de presse)

Galerie Rabouan Moussion 121, rue Vieille du Temple, Paris 3.

erwin-olaf-berlin-03[1]

visuels copyright Erwin Olaf

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives