CHOREGRAPHIER L’EXPOSITION : UN OUVRAGE DE MATHIEU COPELAND

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Chorégraphier l’exposition : Les presses du réel – collection Nouvelles scènes

Proposition extrêmement audacieuse, Une Exposition Chorégraphiée, accueillie par le Centre d’art contemporain La Ferme du Buisson en 2008, a bouleversé la manière de penser les relations entre les arts plastiques et la danse. Ce 30 novembre 2013, est publié l’ouvrage Chorégraphier l’exposition, qui prolonge et enrichit le travail de réflexion et les échanges entamés par ce prodigieux projet curatorial signé par Mathieu Copeland.

Le jeune curateur s’est déjà fait remarquer sur la scène artistique internationale par des expositions aux titres programmatiques. Ainsi Exhibitions’Ruins/Emotional Landscapes (Reykjavík, 2007), Une Exposition de mémoires (Nice, 2008), L’Exposition continue (Lausanne, 2008), Vides, Une rétrospective (Centre Pompidou, 2009), Une Exposition du sensible (La synagogue de Delme, 2010), Une exposition parlée (Jeu de Paume, 2013, après divers reenactments à Philadelphie ou Genève, à Prague ou Newcastle upon Tyne). Dans une critique revendiquée de l’objet et de son économie marchande, Mathieu Copeland imagine des expositions qui occupent le champ des formes re-matérialisées – voix, mot, vide, geste, mouvement. Ainsi l’éphémère, la mémoire et le temps deviennent les vecteurs cruciaux de ses projets. Le postulat de départ de la proposition accueillie par La Ferme du Buisson était d’une rare simplicité : Une Exposition Chorégraphiée est une exposition composée exclusivement de mouvements. Pendant un mois et demi, six heures par jour, trois danseurs interprètent les partitions écrites par huit artistes. L’ensemble de ces partitions est orchestré par le commissaire d’exposition qui crée le déroulé général, sorte de mouvement chorégraphique ou musical à plusieurs thèmes. Ainsi, d’un même trait, plusieurs questions sont posées avec une grande acuité : celle du spectateur qui est sans cesse conduit à renégocier sa position, celle des performeurs qui incarnent et transmettent les œuvres, celle d’une mémoire qui circule à travers des actes vivants. Une Exposition Chorégraphiée invite à une expérience inédite de l’espace et de la durée. Elle se forme et se déforme sous nos yeux. Elle ne se fixe jamais sinon dans la mémoire, écrit encore Mathieu Copeland.

Le livre Chorégraphier l’exposition joue un rôle spécifique dans ce contexte. Défiant la sentence de Hans Ulric Obrist selon lequel une exposition qui ne produit pas de catalogue n’existe pas, l’ouvrage se donne non pas comme un catalogue, mais comme un espace partagé où la discussion initiée par l’exposition se continue, où de nouvelles perspectives sont explorées, où d’autres auteurs et artistes sont conviés au débat. A la logique rétrospective de la trace, Mathieu Copeland préfère une démarche résolument ouverte aux possibles. Les articulations entre chorégraphie et exposition sont déclinées à travers les prismes de la partition, du corps, de l’espace, du temps et de la mémoire. Performeurs, chorégraphes, plasticiens, universitaires, cinéastes, musiciens ou encore curateurs participent à la fabrication de ce livre choral qui multiplie les points de vue, défriche les passages et les connivences tout en ménageant des lignes de tension hautement fertiles. Les conversations engagées par Mathieu Copeland nous entrainent au plus près de la pensée des artistes. A les lire, l’envie nous gagne d’aller voir de plus près ce qu’il se passe au Musée de la danse à Rennes ou de retourner encore et encore l’exposition de Pierre Huyghe qui a lieu actuellement au Centre Pompidou.

Parmi les diverses contributions, il manque peut-être un éventuel témoignage d’interprètes ayant incorporé les œuvres. Sur une proposition de Roman Ondák, des photographies de traces laissées par ces danseurs au Centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson, prises quelques semaines après la fin d’Une Exposition Chorégraphiée, viennent appuyer par leur farouche iconoclasme la phrase par laquelle Mathieu Copeland conclue son texte introductif : Une exposition n’est par essence que temps, et ainsi, une forme sans forme, tout en lançant de par leur béance un appel à la mémoire qui viendrait se substituer à la propriété d’un objet. A la manière de Lawrence Weiner, qui affirmait que si vous comprenez l’œuvre, vous la possédez, Une exposition Chorégraphiée nous invite à considérer que si nous nous souvenons de l’œuvre, nous la possédons.

La sortie de l’ouvrage est accompagnée, ce 30 novembre, de midi à minuit, par une manifestation protéiforme Chorégraphier l’exposition dont la durée est fixée par la projection du film JG Reads (2008) de Rirkrit Tiravanija. Des œuvres du temps, qui interrogent l’écoute, la voix et le rôle de l’interprète, ont été spécialement conçues par certains auteurs du livre. Par ailleurs, des tables rondes et une programmation de films confortent la temporalité foisonnante de ce festival.

Smaranda Olcèse

http://www.lafermedubuisson.com/CHOREGRAPHIER-L-EXPOSITION.html

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Photos courtesy C.T. Caron

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