ZENG FANZHI DECONDITIONNE LE MAM

6.Zeng Fanzhi, Portrait

Zeng Fanzhi / du 18 octobre 2013 au 16 février 2014 / MAM, Musée d’Art Moderne de la ville de Paris.

Jusqu’au 16 février 2014, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris propose une rétrospective du peintre chinois, Zeng Fanzhi. Accroché à un parcours qui va de l’histoire de la Chine à la vie personnelle de l’artiste, l’espace se déplie telle une gigantesque table de ping-pong et confronte art asiatique et influences occidentales, met en miroir des motifs traditionnels et mouvement pop-art.

Les tableaux constituent une visite où l’on glisse simplement de questions à réponses. Au cours de ces échanges visuels une tension profonde émerge. Elle se nourrit des différents types de bonheurs, d’utopies qu’a pu rencontrer l’artiste au cours de sa vie. Faite de va-et-vient picturaux et intellectuels, d’obscènes bouffées de rire occidentaux et d’autoportraits sombres, mystérieux, retirés des autres, le tout nappé d’un rouge cramé.

L’artiste chinois se représente assis au dessus d’un fauteuil de bois, les pieds nus légèrement en appui sur un sol immaculé. La scène retranscrit son état de médiation avant qu’il ne se mettent à peindre. Elle rend sensible le dénuement de Fanzhi à certains moments de sa vie dans un contexte de conditionnement idéologique, qu’il soit communiste ou capitaliste. Observateur et acteur des moments cruciaux de la société chinoise, de la révolution culturelle à la fin des années quatre-vingt-dix, il vit ainsi la costume-cravate remplacer le col mao.

La série Masks, par exemple, met au jour de larges sourires, simulacre d’un bonheur d’être ensemble occidental. Ici, les individus sont ramenés à leur rôle de figurants. Ils partagent une joie factice. En arrière fond le jaune confond les protagonistes au sein d’une indifférenciation euphorique généralisée. Peut-être peut-on y voir les prémices d’un Etat s’infiltrant dans la vie des sujets afin de produire sous son égide des corps sains, dociles et ordonnés.

Ces expressions conjurent les habitudes de réserve de la société chinoise. Ses attitudes évoquent une forme d’absence de sens, de repères propres à l’individu contemporain, sa solitude aux milieux des autres, de la masse, et plus fondamentalement encore, ce processus d’aliénation qui l’amène à se sentir progressivement étranger à lui-même. Il y a aussi cette reprise de la Cène de Léonard de Vinci intitulée the last supper. Les onze apôtres portent un foulard rouge, Judas quant à lui a une cravate jaune. Fanzhi met en scène une trahison aux accents politiques. Au fil de la visite on observe les ambitions des révolutions. Celles-ci finissent irréductiblement par agir comme le pouvoir en place en charge de représenter un nouvel ordre. L’œuvre de Fanzhi déploie en contrepoint de cette police la critique des idéologies contemporaines et les destitue au moyen de dispositifs esthétiques géniaux.

Quentin Margne

7.Zeng Fanzhi, Mask Series No.6

Visuels : 1- Zeng Fanzhi : Portrait / 2- Mask series n°6 / copyright the artist / Courtesy MAM, Paris

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