MISS KNIFE… : LE CABARET SELON OLIVIER PY

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Miss Knife chante Olivier Py : Olivier Py – Stéphane Leach / Théâtre 71 de Malakoff du 15 au 17 janvier 2014.

« … Ch’ pas si vous êtes comme moi… ». Sur le plateau du théâtre 71 de Malakoff Olivier Py donne corps et voix à sa Miss Knife. Elle ne cesse pas d’interroger son public, de l’interpeller, Miss Knife se dévoile intimement et… physiquement !

Elle est là pour se raconter et… pour se faire plaisir, avec sa robe brillante, strass et paillettes, plumes et talons aiguilles. Miss Knife chante Olivier Py, alors comment ne pas se souvenir du cabaret ? Paru en France au XIXème siècle (le premier fut le célèbre Chat Noir de Montmartre), le cabaret, désignant au début un endroit où l’on boit, indique un style de spectacle englobant la satire politique et la variété. Dans les années qui précédèrent la montée du nazisme, à Berlin notamment, le cabaret mêlait le théâtre (aux sujets surtout expressionnistes) aux divertissements les plus vulgaires, aux chansons, à la satire politique. En remontant le temps, dans l’histoire du cabaret, nous retrouvons toutes ces divas auxquelles Miss Knife semble vouloir faire clin d’oeil, comme Marlene Dietrich, qui chantait en 1930 au cabaret L’ange bleu « … si je devais me souhaiter quelque chose, je souhaiterais être un peu herbeuse, car si j’étais trop heureuse, j’aurais une nostalgie pour la tristesse.. ».

Le pouvoir du cabaret réside dans sa capacité à attaquer les moralismes, les incertitudes identitaires, les petites folies et les névroses de chacun. Miss Knife, elle aussi, s’affronte à toutes ces attitudes, qui racontent notre rapport au monde et à la vie. Elle chante au rythme du jazz ses anciens amours, le temps qui passe, peut-être un peu trop vite, la jeunesse et la vieillesse qui approche. Elle décrit la brièveté de la vie avec ironie et humour, sans pour autant masquer un peu de tristesse, d’amertume, qui s’accordent aussi bien aux divas du cabaret et qui nous rappellent Liza Minnelli, délicieusement vulgaire, sans beauté réelle, mais avec un charme et une présence inoubliables.

Ce qui nous plaît est Miss Knife qui joue à faire la diva sans hésiter à montrer sa masculinité. Au début, sur le plateau, le public ne voit que la star, puis, le long du spectacle, Miss Knife cède la place à l’homme qui est en elle, Olivier Py. Elle jette sa perruque sur scène, montre ses aisselles poilues, enlève ses faux cils jusqu’à frotter ses mains sur le visage pour se débarrasser de tout maquillage. Elle balaye toutes les dernières démarcations entre l’homme Olivier Py et la femme Miss Knife.

Néanmoins, malgré ces gestes, on aurait aimé voir aborder la question de l’identité plus profondément. Les mouvements de Miss Knife auraient pu être accompagnés d’une réflexion sur les difficultés que l’on rencontre sur la construction de soi et le rapport au corps. Faut-il toujours être étiqueté pour savoir qui nous sommes? Dans cette société il est demandé constamment de nous définir, de marquer la barrière entre être homme ou être femme, de prendre une décision claire, alors qu’on voudrait juste être. Le débat est à l’ordre du jour, c’est pourquoi ce regret. Olivier Py a su capturer le public, qui le suit et le soutient : alors pourquoi ne pas profiter de cette force pour oser, pour en dire plus ?

Le spectacle est drôle, la musique est agréable (Le tango du suicide nous a particulièrement marqué pour sa cocasserie), mais nous restons un peu frustré par ce manque d’élan.

Cristina Catalano

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