IVO DIMCHEV : SON « FEST » RADICAL AU NOUVEAU FESTIVAL, CENTRE POMPIDOU

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Ivo Dimchev : Fest / Centre Pompidou dans le cadre du Nouveau Festival / 6 – 7 mars 2014.

Deuxième temps fort de la programmation Spectacles vivants imaginée par Serge Laurent pour le Nouveau Festival, le focus Ivo Dimchev permet de s’attarder sur l’œuvre radicale d’un artiste qui, en mobilisant charisme et forte dépense corporelle, transcende les genres et les conventions.

Lilli Handel, capricieuse, versatile, irrésistible séductrice, alter ego d’Ivo Dimchev, qui menait du bout des doigts X-On, pièce découverte l’année dernière au Centre Pompidou, abandonne pour cette nouvelle création le performer, sans défense, au cœur d’un inextricable lacis de relations de désir et de pouvoir. Après avoir manipulé avec légèreté et une malicieuse adresse des concepts-clés de l’art contemporain, Ivo Dimchev s’intéresse désormais aux normes et conventions qui régissent le champ performatif. Un regard clinique et un humour dévastateur constituent les ingrédients de ce cocktail explosif. Des tabous volent en éclats avec une déconcertante simplicité. Programmateurs de spectacle vivant, artistes, techniciens, critiques, personne n’est épargné.

La grande justesse de la proposition d’Ivo Dimchev tient au fait que l’artiste parle à partir de sa propre place au sein de cet écosystème foncièrement instable. Les travers et les penchants de chacun de ses acteurs sont épinglés dans un texte extrêmement savoureux, magistralement écrit. Le dialogue est l’un des principaux ressorts de cette création. Il s’y montre creux, factice, pure réactivation de positions convenues. Les pulsions irrépressibles se glissent dans ses écarts et déviations, d’autant plus jouissifs. C’est dans des aparté qui rompent avec les protocoles diégétiques que les protagonistes partagent leurs hantises, fantasmes, doutes et espoirs avec le public. Les échanges sur scène, même quand ils impliquent sécrétions et humeurs, restent dans le registre de la convention froide.

Il serait fort réducteur d’évoquer Fest en termes de volonté de dénonciation. Ivo Dimchev emploie la performance, jusque dans ses déclinaisons les plus crues – ce qui entraine des mises en garde sur la feuille de salle : Certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité du public et en particulier des plus jeunes –, pour opérer une mise à distance nécessaire pour mieux saisir les relations complexes à l’œuvre dans ce milieu de la création. L’excès a vocation à démystifier le regard. Le débordement est d’ailleurs subtilement contrôlé par des remarques bien serties. Au delà de la littéralité sans appel des gestes et postures, plusieurs niveaux de lecture sont toujours possibles, dans une pièce très attentive à préserver une autoréflexivité salutaire. Les portraits qui se dessinent en creux, celui du programmateur de spectacle vivant, travaillé par le désir de se voir reconnaître une certaine radicalité et audace, ou encore celui de l’artiste, tiraillé par des interrogations quant à sa propre pratique et ses ressorts intimes, se gardent de tout manichéisme. L’équilibre est fragile, il vacille à chaque réplique, mais reste pourtant admirablement maintenu jusqu’à la fin de la pièce quand le corps du performer est trainé hors du plateau sans trop d’états d’âme.

Un étrange état de tremblement se prolonge lors d’un moment déclinant dans son indétermination même, l’excitation, le climax (qui laisse déjà présager la dépression qui regarde dans le blanc des yeux les anfractuosités inhérentes à chaque pratique), le délire et l’égarement, la fureur enfin, partagé par les protagonistes et qui pollue leurs gestes et trouble leurs voix. Plusieurs équations sibyllines conjuguent gay, théâtre et dieu ou encore artiste et œuvre, sous le sceau du renouvellement de la performance. Leur mémoire s’amplifie dans cette configuration minimale du plateau qui marque la fin de Fest : deux chaises vides et une flaque de sang.

Smaranda Olcèse

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Crédits photos : Danny Willems

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