INTERVIEW : ADRIEN VERMONT, UNE HISTOIRE SURNATURELLE

2067-full

INTERVIEW : Adrien Vermont. Exposition Adrien Vermont : Une histoire surnaturelle / Galerie Polaris, Paris / Samedi 15 mars 2014 > Samedi 19 avril 2014.

La Galerie Polaris accueille la nouvelle exposition d’Adrien Vermont : Une histoire surnaturelle. Il dessine de manière impudique, violente et cruelle. Il dessine les animaux, attitudes par attitudes, leurs mouvements, leurs expressions, leurs regards. Il scrute l’intérieur comme l’extérieur pour en dégager une expressivité intense et désarmante. Armés de crayons de couleurs, de pastels et de stylobilles, Adrien Vermont procède à la mise en œuvre d’un rayonnement de la présence animale. Pour cela, il s’approprie les planches de l’ouvrage d’histoire naturelle de Conrad Gesner (Historia Animalium – 1551-1558) pour lesquels il conserve les notices écrites et substitue les représentations animales originales au profit des siennes : délirantes, subversives, bavardes, ironiques et jubilatoires. Aux modèles et aux vérités imposées par le corps scientifique, il préfère leur apporter de nouvelles réalités. (Extrait du texte de Julie Crenn)

Inferno : Pourrais-tu nous parler de ta rencontre avec la Galerie Polaris ?

Adrien Vermont : Je me suis toujours dit : je vais d’abord travailler, produire et puis trouver mes contacts. Et vite je me suis rendu compte que cela ne peut pas marcher. C’est difficile de soigner ses relations professionnelles, mais en tant qu’artiste il faut y arriver. Récemment grâce à ma compagne, l’artiste Morgane Denzler, j’ai eu la chance de rencontrer la commissaire d’exposition et critique d’art Julie Crenn. Elle a beaucoup aimé mon travail et m’a tout simplement conseillé de le mettre sur Facebook, pour le faire connaître. J’ai eu une super chance car quelques semaines après le directeur de la Galerie Polaris, Bernard Utudjian, il a vu mon travail, l’a trouvé intéressant et m’a demandé de se rencontrer. Et là tout est allé très vite : aujourd’hui je fais partie des artistes représentés par la galerie et j’ai ma première exposition monographique. J’ai rencontré beaucoup des professionnels de l’art dans les années après les Beaux Arts : il est rare de trouver quelqu’un comme Bernard Utudjian, attentif et intéressé.

Qui est-il vraiment, Adrien Vermont ?

Je m’appelle Adrien Vermont, je suis né en 1981 et je suis endocrinologiquement un homme, même si mon comportement tire plus souvent vers l’animal… Apres des études classiques, que j’ai vite abandonnées, grâce au soutien et aux conseils de ma mère, j’ai commencé à dessiner. A faire ce que je sais faire de mieux : dessiner. Au début j’étais plutôt attiré par le dessin technique, faire des études d’arts appliqués. Puis je suis rentré dans une prépa et là j’ai rencontré quelqu’un qui dessinait énormément et qui m’a fait partager ce goût pour l’art, la production de son propre travail. Ensuite je suis rentré aux Beaux arts de Paris et là j’ai passé cinq ans de ma vie à dessiner.

Et après ?

J’ai essayé de me trouver au plus vite un atelier. En fait quand tu sors des Beaux Arts la vie change vraiment : pendant tes études tu es beaucoup aidé, soutenu, tu as un espace et des gens qui t’entourent avec qui tu peux travailler… cela t’encourage beaucoup dans ta pratique. Dès que tu sors des Beaux Arts tu passe de tout à rien ! Là c’est à toi de tout faire, donc il faut avoir conscience que tu dois trouver un lieu, tu dois trouver les bonnes conditions pour faire ton art. C’est à toi de te structurer, d’être un peu carré sur ton emploi du temps. J’ai passé quatre ans de ma vie à Rungis dans un atelier vraiment pourri (il rit) à travailler comme un fou.

Pourquoi as-tu choisi le dessin ?

La vraie raison, au moins initialement, était financière. Je voulais faire du dessin technique, de la communication ou de la publicité. Quand je suis rentré en prépa je faisais de la bande dessiné, mais je ne pensais pas à l’art à l’époque. Pendant ces études j’ai appris les bases, comme le nu, mais aussi de la peinture. Je voulais apprendre et commencer du début puisque je n’avais vraiment aucune connaissance artistique. Et là aussi j’ai travaillé dur, j’aime bosser à fond. Je n’avais pas d’argent : j’ai acheté des carnets qui coutaient un euros, des stylos Bic et je me suis mis à dessiner tout ce que je voyais, tout ce qui m’entourait. Puis j’ai découvert un plaisir et plus je dessinais, plus surgissaient en moi des questions propres à la pratique du dessin : je voulais trouver les réponses. C’était le début de mon chemin de croix. Aujourd’hui ça fait dix longues années que je me consacre exclusivement au dessin, avec un rapide détour par la peinture pour me rendre bien compte que c’était trop épuisant de nettoyer ses pinceaux à chaque fois (il rit). J’ai choisis le dessin aussi parce que j’y ai découvert quelque chose de très brut, un peu primitif. Pour moi c’est le bon médium pour tenter d’éclaircir les choses du monde, pour mieux les comprendre, les analyser. Pour moi le trait est le début de la représentation, c’est le premier moyen que l’homme a trouvé pour décrire les choses autour de lui. Ce qui est presque magique puisque le trait n’existe pas dans la nature: ce n’est qu’une capacité humaine le pouvoir de synthétiser une forme sur une autre en la délimitant uniquement par son contour.

Pourrais-tu nous parler de ta technique ?

Je ne dessine qu’au trait. Ensuite des tâches et quelques gribouillis vont compléter. Chaque médium produit une sorte de trait différent que j’essaie d’utiliser selon mes besoins. En gros, j’utilise le plus souvent 4 outils: des stylos plumes anciens pour les dessins « naturalistes » des planches bipolaires, des stylos billes pour tout ce qui est annotation dans mes planches, bien entendu des crayons de couleur (uniquement les polychromes de Faber-Castel car ils ne sont ni trop secs, ni trop gras, et la couleur est très présente), et enfin pour les plus grand format, des pastels à la cire, je déteste les pastels gras, c’est nul. Mes prochains travaux en revanche seront faits pour la première fois – et je vous le dis en exclusivité mondiale (il rit) – au pinceau et à l’encre.

Pourquoi as-tu choisi de représenter les animaux ?

Je faisais la même chose avec des sujets humains. C’était très mal vécu, même quand les gens adoraient mon travail, tout en appréciant la technique, mon style, ils n’osaient pas exposer mes dessins. Voir l’animalité de l’homme semblait embarrasser, déranger. Alors j’ai voulu trouver un autre sujet pour raconter cette animalité, ce trivial qu’il y a dans l’être vivant : j’ai essayé avec les animaux. C’est beaucoup mieux accepté. Cela choque quand même, mais il y a un côté marrant qui remplace la peur qu’on pouvait éprouver face à l’autre moi même que je ne veux pas reconnaitre. Les gens détestent être ramenés au stade animal, cela leur fait peur. Ce n’est pas parce que tu es un animal que tu ne peux pas être dieu, pour moi les deux sont possibles (il rit).

Julie Crenn parle de ton art en écrivant : Dessiner le monde vivant. Qu’est que cela veut dire pour toi ?

Je suis intéressé par la figure humaine, l’animal et le monde végétal. Pour moi il s’agit d’ouvrir ses yeux et voir le monde qui m’entoure, qui est comme moi et qui pousse, qui vit. Voir aussi dans ce monde tout ce qui est très bizarre et différent de moi. Les animaux, les végétaux forment avec moi le monde vivant, cette grande famille dégénérée qui est la mienne et à laquelle j’aimerais rendre hommage, car comme n’importe quelle famille, elle a beau te pourrir, elle reste malgré tout ta famille (il rit).

Parle-nous de ton rapport au tabou, à l’impudence ?

Je pense que chaque époque a ses tabous. Et je pense aussi que cela est insupportable. On devrait avoir le droit de parler de tout. J’aime bien penser que je suis un peu transgressif, insolent, mais en vérité je le suis vraiment ? Dans mes dessins je montre la réalité, ce qui appartient à tout le monde : organes génitaux, nos partis intimes, le corps des être vivants. Pourtant cela dérange. Pour moi c’est évident de montrer ce dont nous sommes fait et dont nous avons pourtant honte de parler. Je veux montrer cette partie triviale, qui existe dans la nature et que notre société dénigre en permanence. Cela est tellement stupide. Mon art est considéré transgressif alors que je montre que la nature. Il n’y a rien de transgressif dans un trou du cul d’un chat. C’est juste naturel et appelons les choses telles qu’elles sont.

Quelles sont tes ambitions pour le futur ? Tu te vois comment ?

Je suis allé voir une voyante y a pas longtemps et elle m’a dit que je serai riche et célèbre; et que si je lui donnais 100 balles de plus, je ne serai plus chauve et que j’aurai toutes les femmes que je veux. J’y crois à mort. Je lui ai donné 300 euros (Il rit).

propos recueillis par Cristina Catalano

2066_full

Visuels copyright adrien Vermont / Courtesy Galerie Polaris

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives

%d blogueurs aiment cette page :