ENNUI SOMBRE ET SOMBRE ENNUI AU BALLET DE GENEVE

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Ballet de Genève : « Lux » de Ken Ossola & « Glory » d’Andonis Fioniadakis.

Il y a quelques années, le Ballet du Grand théâtre de Genève avait cette particularité de proposer des corps multiples, des musculatures et des rondeurs particulières, des têtes et des couleurs de peaux toutes les plus différentes les unes des autres. Cette spécificité dans l’univers des ballets classiques en faisait une compagnie de rayonnement internationale unique en Europe. Aujourd’hui, beaucoup rentrent dans le rang et les nouveaux recrutements ont eu tendance à effacer les différences.

Pour cette nouvelle production, fini les têtes d’affiches. Les Joëlle Bouvier, les Tashigawara, les Cherkaoui. Place à deux chorégraphes moins connus, beaucoup moins reconnus : Ken Ossola et Andonis Foniadakis (dont on avait déjà pu voir le joli Selon Désir, composé pour ce même ballet). Dans Lux, chorégraphie étrange de Ken Ossola, tout le parti pris est de jouer sur le corps de ballet unique et androgyne. La danse, sur le Requiem de Fauré, représente une série de corps sans peau qui oscillent entre la vie passée et la mort future, un véritable sacre de l’hiver.

On pourrait aller vers un tableau stupéfiant, mais la danse et les costumes restent tout en mignardises qui jurent avec le parti pris dramaturgique. En effet, les muscles et viscères des costumes des écorchés scintillent de paillettes et les mouvements cherchent sans cesse la grâce, que l’on n’obtiendra presque jamais. En effet, la majeure partie des danseurs s’ennuient et leurs visages impassibles traduisent une certaine langueur qui se communique au public. Hormis Yu Otagaki qui défend complètement ces deux pièces, on a l’impression de venir voir des interprètes permanents qui font le job et plutôt bien, mais sans aucune conviction. Ces âmes errent dans le Styx, en voulant rejoindre les spectateurs du côté de la vie. Mais cette première partie reste coincée dans un instinct de mort qui fuit le morbide.

La seconde partie, Glory d’Andonis Fioniadakis réussit le tour de force de présenter un spectacle outré, ringard et poussif à la fois. Les costumes ont certainement été volés à Cunningham en 1983 quand il projetait de faire un spectacle sur Batman (beaucoup de tissus entre les bras des filles qui les font ressembler à des chauves-souris). Un de ces costumes s’est certainement détrempé au lavage car il est plus vert que noir ! Passons sur l’utilité d’affubler certains des hommes de jupettes à volants…

Entrecoupées de tableaux posés qu’on croyait oubliés dans les tréfonds des académies de danse rétrogrades, la recherche de l’esthétisme des pièces à tout prix frôle le ridicule. La danse est affrétée, confond virtuosité et précipitation.

Les deux chorégraphes se reconnaissent des pairs (l’un Jiri Kylian, l’autre Maurice Béjart) qu’ils copient allègrement, mais en beaucoup moins bien. Outre le fait qu’on peut se poser la question de la pertinence de reprendre en 2014 un dessein qui fut novateur il y a trente ans, le trait sans le génie n’a plus grand intérêt.

Bruno Paternot

Visuel : « Lux » de Ken Ossola / Photo copyright G. Batardon

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