THE VALLEY OF ASTONISHMENT : PETER BROOK / MARIE HELENE ESTIENNE AUX BOUFFES DU NORD

THE VALLEY OF ASTONISHMENTTHE VALLEY OF ASTONISHMENT (P.BROOK, M.H.ESTIENNE) 2014

The Valley of astonishment : Une recherche théâtrale de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne / Jusqu’au 31 mai aux Bouffes du nord.

Peter Brook et Marie-Hélène Estienne présentent une « recherche théâtrale » en forme de déambulation dans les remarquables potentialités du cerveau. C’est à la fois drôle, poétique, fascinant et douloureux. Entre le jeu et la narration. Entre le scientifique et le sensible.

Dans un « espace (quasi) vide » cher à Peter Brook, avec un accompagnement musical sibyllin propice aux rêveries, il est question de synesthésie, de mnémonie et presque de télékinésie. On donne la parole et l’espace à des individus qui, dans leur perception des choses et du monde, fonctionnent par analogies, associent plusieurs sens, mêlent la vue et l’ouïe, accordent les couleurs et une symphonie. Ils sont pourvus d’une faculté peu commune, comme madame Costas, dotée d’une mémoire phénoménale. Ou comme cet homme, alité, qui raconte comment ses yeux l’ont aidé à retrouver la mobilité de ses membres, sans les sentir. Ou comme cet autre, pour qui la lettre A est rose. Pour Rimbaud, dans Voyelles, elle était noire. On s’amuse avec les sens, les sons et les mots, comme dans un sonnet symboliste, et on sublime la réalité. « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent », comme dans Correspondances, de Baudelaire.

Madame Costas, comme tous les super-héros, peine à assumer son pouvoir, qui est à la fois objet de fascination et poids. On lui fait répéter les premiers vers de « L’Enfer », de La Divine Comédie, de Dante, tellement idoines : Nel mezzo del cammin di nostra vita mi ritrovai per una selva oscura, ché la diritta via era smaritta… (Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai par une forêt obscure car la voie droite était perdue…) Parce qu’avoir une mémoire incroyable, c’est vivre des expériences intenses et éreintantes.

Mémoriser, pour elle, c’est comme respirer. Elle incruste les mots et ils restent, à vie. Les nombres sont des images, les voyelles deviennent des objets, qu’elle organise, place dans des rues. C’est amusant, elle se produit même comme bête de foire dans un théâtre. Jusqu’à ce que tout s’entasse et se chevauche dans sa tête. Elle brûle les mots imaginaires, aidée par son agent, mais vainement, dans une scène d’une tristesse absolue. Désenchantée, c’est au Laboratoire de sciences cognitives qu’elle retournera, déterminée à consacrer sa vie à la science, prête à passer toute une batterie de tests.

Trois interprètes fabuleux, tour à tour neurologues et patients, portent cette traversée dans le cerveau et ses mystères. Marcello Magni, co-fondateur du Théâtre de la complicité, avec Simon McBurney, magicien hors pair, médecin aidant. Jared McNeill, patron surprenant, agent artistique compréhensif. Kathryn Hunter, gracile et troublante, dont la frêle silhouette ne l’empêche pas d’avoir une magnifique et forte présence dans ce lieu sublimé par les projections lumineuses.

Caroline Simonin

http://www.bouffesdunord.com/fr/saison/518902192296d/the-valley-of-astonishment

Photo Pascal Victor

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