L’ATELIER DE LA SOURCE DU LION, VIVES RENCONTRES ARTISTIQUES À CASABLANCA

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Correspondance à Casablanca.
L’ATELIER DE LA SOURCE DU LION / Casablanca 8-10 avril 2014 / Mucem Marseille, 21 juin- 8 septembre 2014.

Les 8, 9 et 10 avril 2014 ont eu lieu à L’Atelier de la Source du Lion à Casablanca, au Maroc, plusieurs interventions artistiques sous la forme de rencontres-performances. La plateforme artistique casablancaise en co-commissariat avec le MuCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) organisait la neuvième « passerelle artistique » rassemblant artistes, historiens de l’art, journalistes et un public averti impatient de prendre la parole.

L’Association de la Source du Lion, fondée par l’artiste marocain Hassan Darsi en 1998, invitait cinq artistes en résidence à présenter leur travail en cours comme une étape collective avant l’exposition au MuCEM du 21 juin au 8 septembre 2014. À Marseille, l’exposition inscrite dans le cycle « artistes dans la cité », dédiée à la création contemporaine au Maroc, restituera chaque intervention sous la forme de capsules vidéos associées aux créations vidéos de chacun. Si la thématique « étrange paradoxe » de ces trois jours s’annonçait fragile, la rencontre entre les artistes et la cinquantaine de personnes venues chaque soir n’en a pas moins été passionnante. Parole précieuse que celle qui circulait au 6 ème étage d’une Casablanca où les espaces d’art contemporain ne courent pas tant les rues. La Source du Lion conserve une indépendance qui lui permet d’offrir un espace de parole dynamique qu’étudiants en art de Casa, de Tétouan ou de Rabat viennent aussi régulièrement fréquenter.

De New-York, Yto Barrada est venue présenter les coulisses de son dernier projet articulant le travail textile essentiellement féminin et ses formes de résistance. Dans une atmosphère studieuse, l’artiste franco-marocaine exposait au public ses recherches en cours sur le textile dans l’Histoire de l’art comme autant de ressources à l’oeuvre. Yto Barrada qui a étudié en France l’Histoire et les Sciences-politiques poursuit un travail photographique, plastique cherchant à déconstruire une réalité mondialisée à partir de stratégies documentaires. Avec humilité, l’artiste originaire de Tanger, émigrée aux États-Unis pour un temps, invitait un public déjà conquis à nourrir de plus belle ses recherches.

Telle une véritable chorégraphe, Martine Derain a emmené tout le public dans une promenade à Marseille où elle vit et travaille, le long d’un récit qu’elle nomme de « l’hospitalité ». Dans la même veine de documentation, l’artiste a fait circuler des images d’archives ainsi qu’un film tourné à Marseille lors d’une manifestation de travailleurs immigrés à la retraite. L’image est frontale, le spectateur ne semble pas avoir d’autres choix que de regarder ces portraits d’hommes âgés aux lueurs mélancoliques. Martine Derain réaffirme son souci de ne pas instrumentaliser l’image expliquant que cette image présentée ainsi est à nouveau filmée et passera par une nouvelle strate encore, afin que se voient, que puissent se regarder ces visages.

L’exercice fut plus difficile pour de jeunes artistes que le discours intimide. Parler de son travail inachevé devint une prise de risque parfois douloureuse face à un public en alerte. Younès Baba-Ali, jeune artiste travaillant entre la Belgique et le Maroc, qui doit présenter au MuCEM un projet de vidéo-surveillance par lequel il veut relier le public de Marseille à celui du musée national d’art contemporain près d’ouvrir à Rabat, a choisi d’organiser à Casablanca une performance du public filmé en direct. L’essai épuisé, c’est tout le public en attente qui tenta de bousculer le jeune artiste faisant œuvre presque collective.

De même Mohamed Laouli, jeune artiste originaire de Salé au Maroc, se défendant de devoir discourir, ne manqua pas d’être pris dans les mailles du public après la projection d’extraits-vidéo dont on voit les mains d’une femme en train d’écrire. Mohamed Laouli a filmé Amina, une femme âgée passant ses jours à écrire convulsivement à Rabat, sans s’arrêter, dans l’espoir de rencontrer le roi, dans un espace public dont le cadre serré suggère paradoxalement l’indifférence.

Et si le débat s’égarait, les intervenants invités ne manquaient pas de le ramener aux questions proprement esthétiques. Zahia Rahmani, écrivain et historienne de l’art, rappela vivement qu’il était ici question d’image, que c’était ce cadre-ci qui devait faire l’objet de la discussion et non son contexte social exclusivement. C’est ainsi que les discussions s’enflammèrent après la projection de la vidéo de Hassan Darsi. L’artiste avait ralenti une vidéo de dix minutes montrant la façade d’un immeuble de Casablanca repeinte en blanc par un ouvrier au bord du vide, avant le passage du roi. Ralentir ce geste exécuté dans l’urgence tâchant de dissimuler un bâtiment en l’occurrence abandonné pose inévitablement la question d’une esthétique de la politique. Filmer ce vertige, au risque du politique.

S’il fallait régulièrement apaiser les dispersions du débat, la chorale de spontanéités, la parole qui circula ces soirs à Casablanca de printemps fit entendre une singulière énergie collective à l’Atelier de la Source du Lion. Comme une impatience à se dire, à dire en cohérence un art contemporain effervescent.

La suite à Marseille.

Flora Moricet

Informations pratiques :
Exposition « Artistes dans la cité #2 Passerelle artistique : étrange paradoxe » du 21 juin au 8 septembre 2014, au MuCEM (Marseille)
http://www.espaceculture.net/nsite/index.php option=com_rechercheagenda&view=details&layout=details&Itemid=35&param1=3898

Rencontre_I_Mohammed_Laouli_crédit_photo_Corinne

Rencontre_I_Martine_Derain_2_crédit_photo_Corinne-1

Photos Corinne

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