KADER ATTIA : « CONTRE NATURE » AU BEIRUT ART CENTER

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KADER ATTIA : « Contre Nature » / Beirut Art Center, Beyrouth (LB) / 22 mai – 22 août 2014 / Vernissage: jeudi 22 mai de 18 à 21h.

Le Beirut Art Center présente « Contre Nature », une exposition personnelle de Kader Attia, artiste Algérien qui vit et travaille à Berlin.

Contre Nature résulte d’une recherche interdisciplinaire à long terme entreprise par l’artiste autour de la notion polysémique de « réparation ». Au travers d’appropriations et de « réparations » inattendues, les oeuvres d’Attia soulèvent des questions fondamentales sur les liens et les distinctions entre les notions de nature et de culture, en des temps et des lieux différents. L’exposition recourt à une grande diversité de médias : installations, sculptures, collages, vidéos, projections de diapositives, photographies, coupures de journaux et objets.

Contre Nature s’ouvre avec Mimesis as Resistance (2013), une installation vidéo sur la pratique du « camouflage en tant que mimesis », une forme de « réparation » parmi d’autres. La vidéo l’aptitude exceptionnelle de l’oiseau- lyre à reproduire n’importe quel son, naturel ou culturel. Lorsqu’il imite le bruit de tronçonneuses provenant d’une déforestation et le craquement d’arbres qui tombent, l’oiseau-lyre incarne la capacité de survie de la nature, ce que Darwin et Wallace ont nommé « sélection naturelle ».

La notion de réparation est également convoquée dans certains projets culturels à grande échelle. Le hall central du Beirut Art Center est occupé par Kasbah (2009), une installation in situ. Suivant un procédé de construction comparable à ceux des travailleurs algériens pour les baraquements où ils vivaient sur le modèle de la Kasbah dans les chantiers coloniaux il y a une soixantaine d’années, Kader Atia a constitué cette installation avec des matériaux de récupérations de Beyrouth et de ses environs. Collectés puis assemblés, ils ont été posés au sol en référence aux logements sociaux éphémères comme les bidonvilles. Cette réappropriation de déchets urbains renvoie également à la conception de la «réparation» qui a inspiré la construction d’unités de logements gratuits, minimalistes, et hautement fonctionnels, dont les proportions ont inspiré une génération d’architectes comme le Corbusier et Roland Simounet.

Lors du dernier Congrès international d’architecture moderne (1959), un groupe d’architectes inspiré par Simounet remet en question le dogme moderniste—incarné par Le Corbusier, Mies van der Rohe, et Walter Gropius—dont le but était d’exporter des méthodes de construction occidentales dans le reste du monde. Un an plus tard, certain de ces architectes forment le Groupe X et donnent naissance à un mouvement qui vise à adapter l’architecture aux spécificités sociales et écologiques de son contexte, rétablissant ainsi une réciprocité dans lesrelations entre culture et nature.

Attia attire également l’attention sur les différentes formes de réparation entre la civilisation moderne occidentale et les communautés traditionnelles, non occidentales. Dans les sociétés modernes, réparer un objet consiste à le remettre dans son état d’origine, ou à lui donner un air nouveau. Ici une série d’objets trouvés témoigne du désir de rendre l’acte de réparation aussi visible que possible. La réparation de la carrosserie d’un scooter avec de la fibre de verre et des bouts de carton, ou celle d’un « oud » avec le casque d’un soldat français de l’armée coloniale, sont lues ici simultanément comme une signature « artistique » et un geste politique de réappropriation.

Même si ces pratiques sont différentes, elles doivent êtres comprises comme signes du désir quasi constant de l’homme de dominer la nature. Une partie de l’exposition sera consacrée au corps comme lieu de réparation et siège d’enjeux politiques considérables. L’oeuvre d’Attia relie tout à la fois la chirurgie esthétique et prothétique, les masques Africains, les visages blessés de soldats qui ont combattu pendant la Grande Guerre, et les conditions liminales du transgenre. L’itinéraire du visiteur de Contre Nature se termine avec un acte de réparation, celui des murs du Beirut Art Center.

Dans le cadre de l’exposition, Kader Atia donnera une conference sur ses recherches dans le domaine de la
musique intitulée « Du matériel à l’abstrait : L’hypothèse de la reine rouge » le vendredi 23 mai à 19h.

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