« LE HIP HOP A UN FORT IMPACT SOCIAL…. » : ENTRETIEN AVEC MOURAD MERZOUKI

mourad

ENTRETIEN AVEC MOURAD MERZOUKI.

« Le hip hop a un fort impact social… »

ll est devenu l’une des références du hip hop en France et bien au-delà des frontières de l’Hexagone où il se produit sur les plus grandes scènes.  A 40 ans, Mourad Merzouki est l’un des deux seuls directeurs issu du hip hop (avec Kader Attou) à diriger un Centre chorégraphique national en France. Rencontre avec un artiste qui n’a pas oublié ses origines.

Inferno : Vous dirigez depuis 2009 le CCN de Créteil/Val de Marne, en quoi ce lieu se différencie des autres ?
Mourad Merzouki : J’essaye dans ce lieu d’ouvrir la danse au plus grand nombre. Je suis issu du hip hop, un art de la rue à l’origine, je ne sors pas du conservatoire. Aujourd’hui par la singularité de mon parcours, j’essaie de faire connaître le hip hop pour que cette danse continue son chemin… Qu’elle fasse encore des aller-retour entre la scène et la rue, entre les quartiers et les centre-villes. J’essaie de désacraliser la danse, de dire qu’elle n’est pas destiné à un seul public mais au plus grand nombre.

Vous êtes venu l’hiver dernier pour la première fois aux Hivernales*, étonnant non ?
Je suis venu plusieurs fois dans le Vaucluse. Je connaissais de nom « Les Hivernales »… Mais je sais que dans le Vaucluse, il y a un public fidèle à la danse, un public attentif. Après, c’est le Sud. On repart toujours avec de la lumière.

Vous mélangez la danse et les arts numériques. Comment trouvez-vous le juste équilibre ?
Je travaille en ce moment sur le projet « Pixels ». La première aura lieu en novembre 2014. C’est un véritable défi. J’essaie que la danse soit au service du numérique. J’aime bien innover et intégrer d’autres disciplines artistiques Je fais le pari de proposer quelquechose de différent en respectant l’équilibre entre les deux disciplines. Ce n’est pas simple. Mais je me rends compte que j’en ressors grandi.

Pourquoi avoir baptisé votre compagnie Kafig en 1996 ?
Totalement par hasard ! Je venais de quitter Kader Attou en 1995. On était des ados avec des étoiles plein la tête… Je reçois une commande pour un solo et je travaille alors une pièce qui s’appelait « Kafig », qui signifie en arabe et allemand “La cage” et qui avait pour thème le rejet, l’enfermement. Peut-être car j’ai grandi dans ce quartier de Saint-Priest, dans la banlieue lyonnaise, et que cette population était considérée en marge de la société. Ensuite, comme je n’avais pas de nom de compagnie, lorsque les gens téléphonait, il demandait toujours M. Kafig. Ce nom est donc resté.. alors que je voulais surtout dire que grâce à la danse on peut s’ouvrir, s’envoler…

Vous pratiquez depuis l’âge de 7 ans les arts martiaux et les arts du cirque, qu’est-ce qui vous a attiré à 15 ans vers le hip hop ?
Là aussi c’est le hasard. Mon père m’inscrit aux arts martiaux. Et dans le club, il y avait du cirque, des spectacles… J’étais sensible au hip hop. Tout le monde le pratiquait dans mon quartier et j’adorais les acrobaties. C’était pour moi une résonance naturelle avec les arts martiaux et ceux du cirque. Et comme on mélangeait les trois arts, on a vite été repérés par toutes ces personnes qui ont accompagné le hip hop de la rue vers la scène, jusqu’à atterrir en 1999 à la Biennale de Lyon et danser accompagnés de grands chorégraphes comme Josej Nadj , Maryse Delente. On était loin d’imaginer qu’on pouvait faire de la danse un métier !

Que reste-t-il de vos racines lyonnaises ?
Je suis très attaché à mes racines. Lyon est une ville qui danse. J’accorde beaucoup d’importance à ce travail dans les quartiers. Les choses bougent, même si c’est à petite échelle.

Selon vous, qu’est-ce qui a fait que le hip hop est passé de la rue à la scène ?
A l’époque, l’arrivée du hip hop dans le paysage de la danse contemporaine lui a fait beaucoup de bien. Il lui a donné un nouveau souffle. Nous, on arrivait avec une certaine générosité, du dynamisme et une dose de naïveté, une nouvelle écriture engagée et un nouveau vocabulaire… Certains programmateurs ont su nous faire confiance. Ça nous a permis de travailler en profondeur nos spectacles. Il y a eu deux étapes. Dans les années 80 d’abord mais ça n’a pas duré longtemps. Puis en 90, il y a une l’explosion du rap.

Le hip hop semble avoir aujourd’hui le vent en poupe.  Non ?
Je ne pense pas que ce soit un phénomène de mode ! On m’a déjà posé cette question il y a deux ans, il y a quatre ans, il y dix ans. .. Si on regarde dans le rétroviseur, on se rend compte que des danseurs comme Kader Attou, Anthony Egéa, ont fait évoluer le hip hop. Je pense plutôt que le hip hop poursuit son chemin.  Le hip hop est présent dans 2 centres chorégraphiques sur 19. Le hip hop a un fort impact social, c’est une force de frappe dans les quartiers.

Vous avez créé “Récital” en 1998 à six danseurs. Ils sont passés à 40 sur scène !
J’ai réuni trois générations cette fois-ci sur scène. “Récital” est un spectacle important pour moi. Je l’ai créé dans le cadre de la Biennale de la danse de Lyon. J’ai réuni 40 danseurs qui répondent à la question de la transmission, de la formation, en attendant que les conservatoires ouvrent leurs portes au Hip Hop…

Quels sont vos projets ?
Je me bats pour que le hip hop soit enseigné dans les conservatoires, qu’il soit instauré un diplôme. La question est posée et est remontée jusqu’au ministère. Les tentatives jusque-là n’ont pas abouti. J’essaie au Centre chorégraphique « Pôle Pik » à Bron de répondre à ces questions-là. C’est une sorte de laboratoire qui permet de travailler sur cette question du diplôme.

Quelle est votre définition de la danse ?
C’est d’abord un corps en mouvement, un art qui permet de s’exprimer, de faire bouger les choses. Un langage qui m’a permis de prendre confiance en moi. La force de la danse, c’est de faire exploser les frontières… C’est un langage universel que tous comprennent même à l’autre bout du monde !

Propos recueillis par Violeta ASSIER

*Les Hivernales d’Avignon se tenaient cette année du 1er au 8 mars 2014. Les Hivernales d’été, elles, se tiendront du 10 au 20 juillet 2014 , pendant le 68e Festival d’Avignon. Programme sur : http://www.hivernales-avignon.com/

0368-2825

Compagnie Käfig CCN de Créteil et du Val-de-Marne Mourad Merzouk

Visuels : 1- Portrait M. Merzouki / 2- Recital à 40 / 3- Boxe / Photos DR – Copyright Mourad Merzouki/Cie Kafig

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