FESTIVAL D’AVIGNON : « THE FOUNTAINHEAD », UN THEÂTRE PRÊT A PENSER

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68e FESTIVAL D’AVIGNON : « The Fountainhead » La Source Vive / d’après Ayn Rand / mes Ivo Van Hove / Cours du Lycée Saint-Joseph / 13,15,16,17,18,19 juillet 2014.

Ivo Van Hove s’empare dans la cour du Lycée Saint-Joseph du roman de la romancière Ayd Rand initulé the Fountainhead et agite ainsi les questions relatives aux activités artistiques dans une société de consommation. L’histoire retrace la rivalité entre deux architectes, elle a connu par ailleurs un vif succès aux Etats Unis dès 1943. Ivo Van Hove convoque sur le plateau deux personnalités antagonistes, l’une s’avèrant être largement inspirée par l’un des plus grands architectes américains de l’histoire, Franck Llyod Wright. Celui-ci même qui manifesta toute sa vie le désir absolu d’élever l’art par dessus un marché ahuri. Quand à l’autre protagoniste, plutôt minable, il conçoit un attrait incommensurable pour la visibilité et les petits arrangements en tous genres.

Le plateau est copieusement visuel, mélangeant pêle-mêle deux esthétiques singulières de la scénographie. Survient alors en mémoire Un Ennemi du Peuple de Thomas Ostermeier et Mademoiselle Julie de Katie Mitchell. Contigu à l’espace des acteurs qui déclament d’une manière on ne peut plus académique le texte d’Ayd Rand, des studios, où apparaissent les instruments qui élaborent en live le son du spectacle. Malgré l’effort visible à soigner les moindres choses dans l’espace, rien n’y fait, tout semble être forclos.

Témoin de cette opacité à l’œuvre durant les précédentes heures du spectacle, cette dernière période, où est ressassé ce qui s’est dit et passé au cours du déroulé de The Fountainhead . Cela fait peine à dire, mais l’impression d’être en tant que spectateur totalement crétinisé dans ce dernier temps atteint sa dimension paroxystique. Si elle revêt en apparence la forme d’une déflagration théâtrale, cette ultime partie s’essouffle très vite, happée par de très lourdes et insistantes redites.

On passe loin du sujet pourtant énoncé et martelé : le génie. Car d’emblée, on doit ployer l’esprit devant sa supposée existence. Ivo Van Hove ne tente pas d’interroger ce que la société ou les institutions nomment génie. Du coup la pièce glisse, donnant d’elle une image de théâtre prêt-à penser, et la dimension peut-être fortuite du génie disparaît sous une pluie de certitudes. Qu’est ce qui a provoqué le fait que l’un des protagonistes ait saisi à bras le corps et bouleversé architecturalement son époque ? Quelle fut sa boussole ? L’accent est d’avantage mis sur la querelle entre les deux hommes, qui se débattent au sein d’un monde profondément déjeté par l’argent.

Les enjeux théâtraux finissent sous le coup du communicable, du visible, du lisible. On sait aujourd’hui que le marketing est une maladie, qu’il a la faculté de ravager l’art. Ivo Van Hove ne prend pas acte de l’importance croissante que revêt dans la société la composante communicationnelle, notre véritable compulsion à communiquer et à assurer la communicabilité. The Fountainhead en faisant passer le langage au tout premier plan tombe dans la stérilité propre à nos temps, ayant tout d’un naufrage dans la fête avignonnaise.

Quentin Margne

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Photos C. Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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