BIENNALE DE DANSE DE LYON : « IL N’EST PAS ENCORE MINUIT », COMPAGNIE XY

Il n’est pas encore minuit…

16e BIENNALE DE DANSE DE LYON : Compagnie XY : Il n’est pas encore minuit.

La scène est un conglomérat de corps. Des têtes, des bras, des troncs qui s’agglutinent de cour à jardin, de la face au lointain mais aussi, et c’est une spécificité de la compagnie XY, des cintres aux planches. La compagnie utilise et remplit de son humanité aussi bien l’axe des X, des Y que celui des Z. Il faut dire qu’il est extrêmement rare de voir un spectacle avec vingt-deux artistes sur scène mais ceux-ci ont la capacité d’occuper l’espace dans toutes ses dimensions comme personne. Même à quatre la magie fonctionnerait, tant elle n’est pas le reflet d’un truc mais d’un fonctionnement beaucoup plus profond. Toutes les décisions aussi bien artistique que de vie commune sont prises, tant que faire ce peut, à l’unanimité et cela rejaillit sur le plateau. C’est aussi un vrai plaisir de voir un plateau de jeunes/vieux ; hommes/femmes ; de toutes les couleurs… un plateau vraiment représentatif de notre société.

Il n’est pas encore minuit… c’est le temps de tous les possibles, celui de la fête, du rire et des confidences. Dans une ambiance très « sortie de guerre » (dans les costumes et dans le choix du Lindy Up comme toile de fond), les danseurs-circassiens déroulent le spectacle sans enfiler les numéros comme des perles. Même s’il n’y a pas de réelle dramaturgie, l’occupation réfléchie de l’espace et l’investissement généreux des corps suffisent à créer un univers et à nous raconter quelque chose. La pièce, même si elle est souvent drôle et très haletante peut provoquer une réelle émotion chez le spectateur. Car la discipline des portés inspecte par essence le rapport à l’autre. Il s’agit de se faire jeter ou de rattraper son partenaire : tout un programme de couple !

Même si certain portés s’escamotent un peu plus rapidement que prévu à cause d’un déséquilibre trop important, ces portés marchent. Car l’échec induit la prise de risque, et le risque c’est le vie, car frôler la mort c’est révéler au spectateur la vie dans tout son éclat. C’est donc bien un spectacle sur-vivant que nous offre, dont nous éclabousse la compagnie XY.

A chaque numéro correspond un fourmillement. Ainsi quand vingt-et-un sont occupés à créer une pyramide humaine ébouriffante, une danseuse vaque à ses petites danses du quotidien. Ce détournement de l’attention vers l’insignifiant a le don d’atténuer le démonstratif du magistral, sans en réduire la part de merveilleux. Il font du sensationnel, sans le montrer. Les XY sont des artistes généreux, capables de tout, mais sans éprouver un instant le besoin de s’en vanter.

On pourrait se demander ce que vient faire un spectacle de cirque dans une biennale de la danse ? Si Il n’est pas encore minuit… n’était qu’un spectacle de cirque, la question serait légitime. Mais, outre la question de la formidable écriture des corps dans l’espace, tout le travail qui est fait sur les déviations (il s’agira d’intervenir en cours d’un figure pour en changer la trajectoire) fait se mouvoir les corps d’une façon nouvelle qui se rapproche sensiblement de la danse. Le corps n’est plus qu’athlétique, il n’est plus droit et centré mais il se fait le réceptacle de l’intention du mouvement. Le corps danse, les yeux s’éclairent et la magie opère.

Bruno Paternot
envoyé spécial à Lyon

Le grand C

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