KADER ATTOU : « OPUS 14 », SANS HYSTERIE MAIS AVEC DETERMINATION

Opus 14

16e BIENNALE DE DANSE DE LYON : « Opus 14 » de Kader Attou / Pièce pour 16 danseurs — Création 2014 — Durée 1h / Direction artistique et chorégraphie : Kader Attou / Le Toboggan – Décines.

Avant que le rideau ne s’ouvre, un beat -un bruit de cœur ?- monte. Opus 14 de la cie Accrorap sera un spectacle créé sous le signe du rythme et de l’humain : quelle promesse ! Dans une certaine mesure, cette promesse est tenue par le chorégraphe Kader Attou, gône de St Priest et invité à la Biennale de la danse de Lyon depuis vingt ans maintenant.

A l’image des costumes et des danseurs, le public de la salle est très varié, hétérocycle au maximum. A l’image de la scène, la salle était bien remplie, ce qui sera le cas pour toutes les dates au Toboggan (lieu partenaire de la Biennale) et certainement pour une majorité des dates de tournée. Si les femmes sont peu représentées (deux interprètes sur seize), elles ont un rôle décisif dans l’exécution du mouvement, elles sont le creux de la vague chorégraphique.

« Opus 14, ce n’est pas pour 2014 ni pour célébrer un centenaire important, c’est parce qu’il s’agit de ma 14e création. » explique le chorégraphe. Et pourtant, Opus 14 fera certainement date comme une des pièces charnières de l’histoire du hip-hop français de création. Et pourtant, il s’agit bien d’une guerre : la guerre de l’homme contre l’aliénation du présent.

Le spectacle fera date dans le parcours de Kader Attou car il marque un tournant : pas de métissage avec d’autres danses, pas de regard en arrière ou de tentative de bilan. Juste une création de recherche. En assumant pleinement le rôle d’un directeur de Centre Chorégraphique National spécialisé dans un style de danse, en investissant cette danse tel quel, sans lui apporter la légitimité du temps (le bilan) ou d’un autre art, il place le hip hop comme une discipline d’art et de recherche méritant les budgets d’un plateau pléthorique. La prochaine étape sera d’avoir une troupe permanente en France comme peuvent l’avoir les ballets classiques (Opéra de Paris…) ou contemporains (Ballets de Lorraine…)

La pièce commence par la violence, l’urgence, le déchaînement du corps qui, empli d’un rage certaine, éprouve le besoin de protester contre la case dans lequel il est enfermé : la lumière crée des espaces très délimités, cloisonnant le monde et les hommes. L’homme est en guerre mais, contrairement au siècle précédent, en guerre contre la machine, en guerre contre le système et plus en guerre contre l’homme lui-même. S’en suivra une série d’images belles et fortes tel un radeau rempli de naufragés (l’homme perdu), un bord de mer humain fait du flux et du reflux de l’eau (l’écume de l’homme), une usine où l’on travaille à la chaîne (l’homme machine), un disque rayé (l’homme rayé)…

Des grands ensembles au solo, la danse est extrêmement performative, interprétée au cordeau par des danseurs d’exception. On regrettera que les moments de silence, de déplacements ne soient pas plus nombreux : ils permettent à l’humain de prendre une importance considérable. Celui-ci n’est plus un corps dansant presque désarticulé (et donc décérébré) mais devient un corps mouvant donc un corps pensant. Certes, ces rares instants sont d’une beauté ou d’une élégance forte, mais trop rares ou trop fugaces pour contrebalancer la charge émotive des autres étapes du spectacle. Au pays de Descartes, où l’opposition racinienne entre raison et passion se veut insurmontable, le choix d’une constante charge émotionnelle fait basculer le spectacle souvent, très souvent (trop souvent?) dans l’affection plutôt que dans la réflexion. Pourtant, toutes les scènes portant sur l’enfermement de l’homme dans un métro/boulot/dodo, dans une aliénation suiviste qui le pousse à reproduire son prochain sont très réussies, touchent juste et nous atteignent droit au cœur.

Le Hiphop, c’est un peu de la GRS pour garçons. Surtout quand le décor (qui a failli être de Roger Harth) est une toile peinte façon papier-peint des 70’s. Heureusement, la brutalité du mouvement, le temps de maturation de la création et les choix dramaturgiques dévient ce spectacle de ses écueils pour en faire une pièce forte, démonstrative et rugueuse d’une société en déliquescence. A la fin du spectacle, les applaudissement montent jusqu’à l’ovation, sans hystérie mais avec détermination : à l’image d’Opus 14 de Kader Attou.

Bruno Paternot
envoyé spécial à Lyon

Création les 12, 13, 15, 16 et 17 septembre au Toboggan centre culturel de Décines dans le cadre de la Biennale de la danse de Lyon 2014

Tournée :
Octobre 2014 le 11 à Sainte-Maxime, le Carré Léon Gaumont
Novembre 2014 les 6, 7, 8 et 9 novembre à Sceaux, Les Gémeaux, Scène Nationale
Décembre 2014 du 17 au 20 décembre à La Coursive, Scène Nationale de La Rochelle
Avril 2015 le 21 et 22 avril au CNCDC de Châteauvallon
Automne 2015 Miramas, Théâtre La Colonne.
Décembre 2015 du 14 au 17 décembre à Montpellier – Le Corum.
du 25 décembre au 1er janvier à Paris – Théâtre National de Chaillot.

Opus 14

Photos Copyright K. Attou / Biennale de Lyon

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