BIENNALE DE DANSE DE LYON : UN BILAN

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16e BIENNALE DE LA DANSE DE LYON : LE BILAN

La biennale est finie, vive la biennale !

646 artistes, 43 lieux, plusieurs millions d’euros de budgets, 5000 participants au défilé… les chiffres de la Biennale de Lyon 2014 sont vertigineux. Mais outre une litanie des nombres, cet événement nous apprend beaucoup de choses sur la danse, l’art et son mode de présentation : Tentative de bilan.

Ces grosses machines que sont les festivals, symposiums et autres biennales permettent, outre la possibilité pour le spectateur de consommer massivement de la culture, de se rassembler autour de l’art, de régler la focale et de faire le point sur la danse d’aujourd’hui.

Le projet de Dominique Hervieu, directrice artistique de la Biennale depuis l’édition 2012 est « d’élargir le curseur de la diversité ». Le pari est réussi sur le plan comptable puisque les salles ont été aussi remplies quand il s’agit d’une proposition contemporaine de 8h que sur les spectacles de hiphop grand public. Cela correspond au public très diversifié qui s’est relayé pendant un mois pour assister aux quelque 45 spectacles présentés. Il y a réellement des publics pour la danse à Lyon et la Biennale n’est pas du tout conçue pour les happyfews. Y compris dans les même lieux (l’Opéra par exemple), on a pu croiser des publics très variés, qu’il s’agisse de Yoann Bourgeois ou des bourgeois (on ne mettra pas de majuscule à ceux-là) abonnés à l’année au ballet.

Comme tous les grands festivals, l’enjeu est d’arriver à trouver un équilibre entre têtes d’affiches (Kader Attou, Dada Masilo) et nouveautés (Senatore, Ousmane), entre formes légères (Merzouki, African Delight) et ambitieuses (Dorsen/Juren, Fabre), entre compagnonnage habituel et accueils plus récents (Maguy Marin est invitée pour la septième fois sans discontinuité, alors que Forsythe n’était jamais venu avec sa compagnie).

De cette 16e Biennale, on retiendra de grandes réussites notamment Bit, la nouvelle création de Maguy Marin. Tout en restant attachée à ses principes et à ses obsessions, la chorégraphe réussit à se renouveler dans une pièce extrêmement dense (et contrairement aux dernières pièces, extrêmement danse aussi!) faite d’une longue farandole heureuse et endiablée, entrecoupée de fantasmes plus renfrognés les uns que les autres. Le tout dans une esthétique et une recherche éblouissante de la picturalité du corps. On a l’impression, en une petite heure, de parcourir les cinq derniers siècles de l’histoire de la peinture et de la danse.

Si la programmation apporte son lot de déceptions et de ratés (surtout la forme vaine et racoleuse de Dada Masilo, mais c’était une création), cette édition 2014 est un beau cru, qui réussit souvent à relier les univers, à proposer un danse qui s’éloigne des formes pures pour nous faire découvrir une danse de la maturité, transformée/bougée/mâtinée des autres arts. La nouvelle génération des chorégraphes, de Maud Lepladec à Noé Soulier, de Yoann Bourgeois à Simon Tanguy parvient à convoquer à Lyon une grande fête du corps et de l’esprit.

Comme le dit Dominique Hervieu (voir notre entretien), « Les jeunes artistes réfléchissent de manière très sérieuse, très érudite. ». Tous ces trentenaires réussissent à faire de la danse du XXIe siècle un art mêlant performance et performance. L’histoire de la danse au siècle dernier nous montre un art qui est passé du performatif (exaltation des capacités sportives du danseur et de ses prouesses techniques) à une pratique de la performance (exposer, même dans la non-danse, un point de vue politique sur le monde 1). Les années à venir nous montreront certainement un art à son apogée car il maniera parfaitement les deux dans une alliance rigoureuse et cohérente du corps et de l’esprit, du charnel et du politique, du physique et du métaphysique (et pourquoi pas du pataphysique!). Dans une grande fête bien évidemment, quand on connaît les spectacles du duo Montalvo/Hervieu, on se doute bien que sa programmation rassemble avant tout des chorégraphes du réjouissant (Villa Lobos, Senatore, Masilo etc.).

L’intérêt d’un temps fort, c’est aussi de poser tout un tas de questions, qui ouvrent autant de chantiers pour les organisateurs et autant de sujet de critiques et de réflexions pour la presse.

– Comment évaluer la réussite de ce type d’événements ? Certainement pas uniquement sur le taux de fréquentation ou sur une politique du chiffre. C’est malheureusement bien trop souvent le cas. Regardons plus du côté du choix des lieux partenaires, du nombre de représentations par spectacle, de la qualité artistique, la prise de risque, la cohérence et la dynamique des fils tissés entre les spectacles. Toutes ces questions nous font penser que cette Biennale est une belle réussite, malgré une certaine tiédeur rassembleuse des grosses productions qui dilue la spécificité artistique et contraint à une uniformisation internationaliste des festivals.

– Ces grands temps de rassemblement ne doivent-ils pas aussi être des endroits de workshop, de fourmillement, de rencontre entre les artistes en dehors des buffets et couloirs, mais bien dans les studios de répétition ?

– Le ballet de Lorraine a proposé un spectacle autour de Piccabia et Satie. Le compositeur disait faire de la « musique d’ameublement ». Aujourd’hui, quand nous sommes envahis de musique et de danse pour ascenseur, ne faut-il pas lutter farouchement contre cette dérive et proposer surtout, principalement, uniquement de la danse de création qui interpelle le spectateur plus qu’il ne l’endort ?

– La présence de la danse à la télévision est vantée comme une réussite avec quatre captations. Quels sont les chiffres de visionnage, va-t-on un jour voir de la danse en prime-time en dehors des jeux télévisés ?

La Biennale est finie, vive la Biennale ! On reviendra très vite pour la Biennale d’Art contemporain et on attend avec impatience et réflexion la Biennale 2016 qui, si les budgets ne s’effondrent pas, promet beaucoup.

Bruno Paternot
envoyé spécial à Lyon

(1) -NDlA :Les définitions entre parenthèses sont toutes personnelles et très réductrices.

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