RETOUR SUR LES RENCONTRES DU CINEMA ET DE l’ART CONTEMPORAIN, A LA GAITE LYRIQUE

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Retour sur les Rencontres Internationales du nouveau cinéma/  La Gaité Lyrique, Paris / 1 – 7 décembre 2014.   

Rêves éveillés au cinéma.

Les Rencontres internationales du nouveau cinéma et de l’art contemporain, c’est un titre qui laisse présager une sorte de cataclysme artistique, un truc jamais vu depuis trop longtemps. Enfin le cinéma se renouvelle, sort des salles de projection trop convenues et part à l’assaut des nouveaux lieux comme la Gaité Lyrique. Au programme, plus de 150 films expérimentaux de plus de quarante nationalités différentes, projetés en bloc tous les aprèm du premier au sept décembre. Plus qu’un festival, un marathon vidéo, donc, où il a fallu traverser plusieurs états contraires, entre l’émerveillement, l’hallucination et l’ennui le plus total.

À l’entrée, dans le Hall de la Gaité, plusieurs tribus se croisent sans se rencontrer : des groupes scolaires venus pour l’exposition Capitaine Futur, des amateurs de culture numérique, rivés aux écrans de la bibliothèque et des passionnés de cinéma, spectateurs et réalisateurs venus expérimenter quelque chose de très spécial. Coupées un instant de l’agitation urbaine et de ses films à grandes affiches, les deux salles de projection ont peut-être permis à quelques uns de voyager dans une nouvelle dimension. Voilà des films qui auraient pu passer tout à fait inaperçus, qu’ils soient reconnus par le monde de l’art expérimental comme Comma Boat (R. Trecartin) ou Voilà l’enchaînement (C. Denis), ou qu’ils soient complètement invisibles comme Occidente (A. Vaz) ou Washingtonia (K. Kotzamani). Pas de sélection ou de titre honorifique mais plutôt l’expérience d’un public pour ces films en marge des salles de cinéma.

Ce qui a fait la richesse du festival, c’est la présence des réalisateurs venus parler de leurs œuvres. Pour la plupart, ils se définissent comme des auteurs. Partant d’une maîtrise plus ou moins professionnelle de la vidéo, ils tentent d’extirper quelque chose d’intéressant du monde contemporain. Si leurs souhaits ne sont pas toujours exaucés, tous ces films partent d’un regard subjectif et individuel qui, dans le meilleur des cas, ne se laisse pas enfermer dans un documentaire plat ou le rêve d’un insomniaque épileptique. Souvent, la fiction, à petite dose, permet de décoller du réel. C’est le cas de Battre, enlever de Manuel Billi, un film italien réalisé à partir d’un stock de vidéos accumulées sans ordre sur un iPhone. Une fiction, qui met en scène un émigré en fuite, est construite à partir de vidéos personnelles tirées de la vie du cinéaste. On retrouve cette réappropriation du réel par l’imaginaire dans le long-métrage de Neil Beloufa Tonight and the People. À partir de plusieurs discussions philosophiques, suscitées auprès de divers groupes de nationalité américaine, une sorte de western imaginaire a été inventé.

Un autre fait qui les réunit et qui les apparente aux autres films de la programmation : les personnages ne sont pas des héros et leur présence cinématographique ne crève pas l’écran. Parfois effacés, ils nous révèlent leur infirmité, autant d’un point de vue de leur histoire fictionnelle que de leur performance d’acteur. On retrouve cette fragilité dans le long-métrage de Teboho Joscha Edkins Gangster Backstage et dans le film court de Natacha Nisic Nord-Ouvrier-ouvrière. T. J Edkins a suivi des ex-gangster au Cap Vert et Natacha Nisic des ouvriers dans la même chaîne d’une usine textile du nord de la France. Dans ces deux films, les personnages sont des personnes réelles, à qui il est demandé de témoigner sur leurs activités respectives. Le travail, qu’il soit illégal ou non, apparaît comme un fantôme qui habite les corps, les marque à vie, à force de cicatrices, de tatouages et de gestes automatisés. La présence corporelle hallucinante de ces témoins déborde totalement sur le récit, que ce soit celui qu’ils peinent à articuler comme celui du cinéaste. À l’extrême opposé de ces figurines ordinaires, les zombies gonflés aux barbituriques de R. Trecartin. Maquillés comme des Apaches, les corps dérangent car ils débordent. Ils sont coloriés, hystériques, transgenres, effrayants.

Festival au bord du monde, voilà le nom qu’aurait pu porter ce moment de rencontre cinématographique. Ce qui se questionne à présent, c’est l’instant limite où l’image déborde sur le réel, entraînant une sortie, toujours par l’imaginaire, du spectateur hors de la salle, dans la rue, dans le monde.

Alix Rampazzo

Comma Boat, 2013 (1 Screen) from Ryan Trecartin on Vimeo.

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