BELEN MAYA & MAYTE MARTIN AU FESTIVAL FLAMENCO DE NÎMES

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25e Festival Flamenco de Nîmes : Belén Maya Los Invitados / Mayte Martίn Por los muertos del cante / Les 18 et 20 janvier 2015.

Aujourd’hui souvenir

Dimanche 18 Janvier 2015, la reina del Flamenco Belén Maya présentait au Théâtre de Nîmes, scène conventionnée pour la danse contemporaine, son dernier opus : Los Invitados, où elle laissait la part belle au chant, en hommage à sa mère actrice et à son histoire personnelle. Soirée Hommage aussi Mardi 20 Janvier avec Mayte Martίn et son Por los muertos del cante. La cantadora sort de son répertoire personnel pour chanter les voix qui l’ont marquée de son enfance à aujourd’hui. Entre émotions et retrouvailles.

A chacun des passages nîmois de Belén Maya, la salle est comble. Il en va de même pour le 25e Festival Flamenco à Nîmes 2015. Comme souvent dans ce type de spectacle, la danseuse ou le danseur phare s’entoure de musiciens : guitares, percussions, palmas (l’art de frapper dans les mains), de chanteurs et/ou d’autres danseurs. Tout l’art de la mise en scène et de la direction scénique est d’arriver à faire un spectacle qui se tienne et non une alternancs de scènes, suite de petits moments de brio pour chacun des interprètes. La première image est prometteuse et troublante : derrière un tissu en tulle tous les invités entonnent un chant religieux magnifique. Puis, la soirée ne prend pas et on a plus l’impression d’assister à une accumulation de propositions, brillantes, mais sans réelle construction dramaturgique. Malgré tout, les artistes étant tous d’immenses pointures dans leurs catégories, on en prend plein le cœur et les mirettes. Cette fois-ci, la part belle est faite aux chanteurs. S’ils sont tous formidables, on retiendra surtout la présence fine et écorchée de David Lagos, qui chante tout en nuances et porte la danseuse sans chercher à se faire remarquer. Les palmas, accompagnement essentiel et bien plus important qu’il n’y paraît sont menées d’une main d’acier par Felisa de la Cruz qui tient la scène et la rythmique comme personne. L’effet zapping d’une scène à l’autre explique aussi le succès du Flamenco comme art populaire car finalement peu exigeant pour la concentration du spectateur. Heureusement, beaucoup d’artistes ne se contentent pas de ça et réinventent la mise en scène.

Sur la scène, des chaises et des fauteuils, tous différents. Comment trouver sa place quand on a deux monstres de parents qui existent tant ? Comment s’apaiser un peu des tourments ? Dans un spectacle assez long (vingt minutes de plus que le temps annoncé, à quoi s’ajoute le quart d’heure de retard habituel pour le Festival de Flamenco, comme un « espagnolisme » obligé ?), Belén Maya répond aux questions qu’elle se pose et semble plus sereine qu’à l’habitude. Elément étonnant, cet épanouissement vient de la musique jazz et de la danse des comédies musicales. La danseuse regardant vers l’ailleurs, les topoï de l’american dream et la fascination pour la culture américaine troublent par rapport à un flamenco qui est souvent l’art même de l’exaltation identitaire. De plus, en 2014, l’attraction pour le musical à l’américaine semble un peu dépassé… Heureusement, on a pu assister avant à toute la fougue de Belén Maya et à sa maitrise chorégraphique : vélocité incroyable des jambes, gestion toute en ruptures des rythmes des mains. Le duo qu’elle exécute avec la jeune étoile Patricia Guerrero est tout simplement sublime. Plus que de regarder en arrière vers la génération précédente, la très classique Belén Maya réussit beaucoup mieux son coup quand elle va de l’avant et transmet à la génération suivante.

S’il faut que le son monte jusqu’au fond du balcon (la salle Bernadette Lafont contient plus de 800 places), le parterre a subi un son un peu trop fort qui empêchait d’écouter la finesse des propositions vocales.

Et quelle finesse, pour le tour de chant de Mayte Martín ! Sa voix amaretta si douce se love au creux de nos oreilles pendant près d’une heure trente. On en prendrait bien une heure de plus, mais, Festival oblige, les spectacles s’enchaînent et la durée est limitée.

Remplie d’émotion, le chanteuse nous raconte pourquoi elle a choisi tel chant, quel hommage elle souhaite rendre à quel artiste et dans quelles conditions. Le tout dans un espagnol à l’image de son chant : très simple et dénué de scories. La salle entière fut bercée par la Milonga del Solitario car interprétée toute en retenue mais avec une grande intensité : le paradoxe des grands artistes sensibles mais discrets.

Triomphe est fait : la salle est débout et juste avant le rappel, quelqu’un scande dans la salle : « Mayte, merci d’exister ». Et la chanteuse de répondre : « Merci. Et merci à vous aussi. Car si vous n’existiez pas, j’existerais moins. »

Bruno Paternot

Los Invidados :
Danse Belén Maya et Patricia Guerrero (artiste invitée)
Chant David Lagos, Tomás de Perrate, José Anillo (artistes invités) 

et Gema Caballero
Guitares Javier Patino et Rafael Rodríguez
Palmas Laura González et Marina Valiente
Acteur Javier Centeno
Dramaturgie et direction scénique David Montero
Direction artistique Bélen Maya et David Montero
Chorégraphie Belén Maya, Patricia Guerrero (de su pieza)
Belén Maya, Manuel Liñán et Chloé Brulé (cantiñas)
Costumes Andrés González
Musique originale Javier Patino
Vidéo Rocío Huertas
Création lumières Manuel Colchero (collaboration d’Antonio Valiente)
Réalisation costumes Andrés González et Amay Flamenco

Por los muertos del cante :
Mayte Martín chant
José Luis Montón et Juan Ramón Caro guitare
Chico Fargas percussions

Mayte_Martin_Copyright_Jean_Louis_Duzert_TDN

Photos copyright J.L. Duzert / TDN

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