« DISCOURS A LA NATION » : SPECTATEURS, INDIGNEZ-VOUS !

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« Discours à la nation » : Ascanio Celestini / Théâtre du Rond-Point, Paris / 6 janv. – 1 févr 2015.

« Bonsoir, bienvenus dans mon pays (…) Il pleut de manière continue, jamais dévastatrice, jamais insistante (…) Ah, et il y a la guerre, j’allais oublier, c’est important de le rappeler. » C’est sur cette double parabole que David Murgia, interprète enthousiaste du texte d’Ascanio Celestini, inaugure son « Discours à la nation ». En fait de discours, il s’agit plutôt de témoignages, de confidences, dispensées par les puissants de ce « pays » dystopique, que l’auteur et metteur en scène a souhaité anonyme mais dont toute ressemblance avec des états existants n’est bien sûr pas fortuite… Avare ni de caricatures ni de métaphores, Celestini offre un pamphlet grinçant et cynique, qui attaque nos démissions démocratiques, et touche ses cibles. Nul n’est épargné: les syndicats, l’homme ordinaire, et même les doux rêveurs, tous sont complices, ou victimes consentantes. Pas de résistants dans ce pays là, tout entier assujetti à un ordre social et économique injuste et absurde. C’est bien cette injustice là, et les discours qui la légitiment, que Celestini entend révéler, humour noir au poing.

Accompagné par un musicien, aidé d’un décor a minima –quelques caisses de bois- David Murgia donne vie à une galerie de personnages qui ne partagent que leur absence de scrupule et leur franchise passagère: politiciens, patrons, entrepreneurs… L’un d’eux nous explique sa supériorité d’homme possesseur de parapluie dans ce pays si pluvieux, où les parapluies manquent; un autre se revendique sniper démocratique: tirant au hasard sur les passants, il entend participer à la fois à la baisse du chômage et au bon moral de ses concitoyens; un autre encore, inspiré par la « modeste proposition » de Jonathan Swift, expose sa solution cannibale au trop grand nombre d’immigrés et de chômeurs…

Une pièce sombre et engagée, qui convoque l’esprit d’Antonio Gramsci, le vocabulaire marxiste et bourdieusien, et qui n’hésite pas à forcer et simplifier le trait pour mieux susciter les réactions.

C’est bien là l’atout de ce « Discours à la nation »: inciter chacun à questionner l’ordre établi, à contrer les manipulations rhétoriques, surtout à se forger sa propre conscience politique. Le succès de cette pièce, Prix de la Critique 2012-2013 en Belgique ainsi que Prix du Public Off d’Avignon, en dit long sur le cruel besoin d’indignation de notre société.

Christelle Granja

« Discours à la nation » : conception, texte et mise en scène Ascanio Celestini / conception et interprétation David Murgia / composition et interprétation musicale Carmelo Prestigiacomo / http://www.theatredurondpoint.fr/

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Photos copyright Antonio Gomez Garcia

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