LYLLIE ROUVIERE, « SHWÄRMEN » : UNE PREMIERE PLEINE DE PROMESSES

Schwa-rmen (c) Mélissa Boucher

Lyllie Rouvière, Schwärmen : une première pleine de promesses > Au Théâtre de Vanves, dans le cadre du festival Artdanthé, le 30 mars 2015.

Au début de la pièce : deux jeunes gens en jean, le torse et les bras nus, tout juste recouverts d’autocollants en forme de dinosaures. Une lumière crue et un plateau vide. De quoi laisser perplexe le spectateur qui s’assied et jette un coup d’œil sur ces deux corps qui le regardent nonchalamment. Soudain, leur regard se biaise, furète sur les côtés. Leur tête se penche, incontrôlable, amorçant de petits mouvements saccadés et drôles qui ne sont pas sans rappeler l’esthétique du cinéma muet américain.

Pourtant, cette pièce n’est pas à proprement parlé muette. Les interprètes parlent – en anglais – pour nommer des parties de leur environnement domestique ainsi que les objets quotidiens qui y cohabitent. Ils éructent aussi, tels des animaux bizarres, comme si leur personnage d’humain devenait hybride. Une drôle de façon d’occuper les lieux en somme, toujours sur le fil du rasoir, à la frontière avec le paranormal.

Et si Schwärmen met un peu de temps à s’installer, la pièce finit par occuper l’espace et à le faire vivre. Les deux danseurs en viennent en effet à arpenter tous les espaces scéniques que leur offre la petite salle de la Panopée du Théâtre de Vanves. Un ascenseur caché derrière un rideau que la Hongroise Virág Arany utilise à une fin perdue, un sas d’entrée qui fait office de cache à trésors, une poutrelle à laquelle le Suédois Ivan Ekemark se balance avec candeur.

L’espace se livre sans que la jeune chorégraphe ait recours à des procédés phénoménologiques ou à une intellectualisation pompeuse que le texte de présentation laissait pourtant présager. Dans une économie de mouvements et une propension à l’absurde, les corps se touchent et caressent l’air avec parcimonie. Cocasses et un brin naïfs, ils créent un décalage qui nous distancie de la danse en même temps qu’il nous la rend plus étrange et donc plus présente à ce qu’elle veut dire.

Drôle de parcours que celui de Lyllie Rouvière. Architecte de formation et de cœur, chorégraphe de métier et de corps. Cherchant à toucher l’espace de la pièce (architecturale) plutôt qu’à le traverser. Y rester un peu, en démontrer la paradigmatique singularité pour y sortir très vite, de peur d’en déranger l’ordre quotidien. Pourtant, et c’est peut-être là que se situe toute la réussite de la pièce (chorégraphique), Schwärmen révèle l’étrangeté dans la normalité du bâti.

Ce soir, c’était la première fois que cette pièce était présentée au public. Courte, on aurait aimé qu’elle dure un peu plus, quitte à percer le voile qui nous sépare de la dimension extravagante de l’espace scénique. On devine alors qu’il y a là matière à une composition beaucoup plus audacieuse qui, avec davantage d’interprètes, pourrait aller plus loin dans l’excentricité et la folie. Une prochaine fois sans doute…

Quentin GUISGAND

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