AU 104 : HALORY GOERGER, UN « CORPS DIPLOMATIQUE » PAS COMME LES AUTRES

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Halory Goerger : un Corps diplomatique > Au 104, du 14 au 19 avril 2015.

Corps diplomatique est une farce qui fait passer la force analytique de la pensée par le filtre d’un imaginaire puissant et exploratoire, le tout cuisiné à la sauce d’un humour caustique. Le spectateur rit et passe un bon moment à regarder les acteurs se jouer d’eux-mêmes, en même temps qu’ils jouent pour nous des personnages taillés dans le costume de certains Robin des bois. L’ironie feinte de leur propos et l’absurdité de certaines situations n’est en effet pas sans rappeler le style des sketches satiriques et télévisés de ce groupe de joyeux drilles à la fin des années 90.

Le sacerdoce de l’art
Cinq hominidés élus sont propulsés dans une sonde spatiale. Leur mission : entrer en communication avec une possible forme de vie extraterrestre par le biais d’un spectacle de théâtre, créé à travers les générations. Car c’est là que la farce commence son invraisemblable travail de sape : ces cinq aventuriers ordinaires sont stériles, absolument néophytes en art de la scène, convaincus de la portée universelle de leur tâche et enfin, ils sont conscients que seuls leurs descendants – obtenus par manipulation génétique, seront en capacité de compléter cette mission.

A travers une plongée vertigineuse dans le temps – les années défilent à une vitesse sonique alors que les dates et les secondes s’égrènent à fond la caisse sur une horloge en fond de scène – nous voyons ces missionnaires se débatte entre leur sens moral et la réalité de leur ennui. Ils nous montrent l’évolution une mini-société en vase-clos. Totalement détachés de leurs racines historiques en vue d’une rencontre du troisième type, ils réinventent, à travers différentes péripéties, une toute autre interprétation de leur tâche.

Penser l’Homme et penser le théâtre.
Cette pièce manifeste alors une pensée double : Halory Goerger est cet homme qui interroge l’espèce humaine en la projetant dans l’inconnu – l’espace intersidéral. Il est aussi un artiste de théâtre qui questionne ce que peut devenir sa pratique de la scène. Dans les deux cas, ce questionnement prend appui sur une imagination teintée d’une bonne dose d’autodérision. Attention, esprit de sérieux : s’abstenir ! Ce spectacle de théâtre est ainsi une dérive, aussi bien dans le thème qu’il aborde que par la parabole qu’il crée.

Les déchirements du groupe sur l’objectif de son existence renvoient aux déchirements esthétiques qui bouleversent depuis toujours le monde du théâtre. Corps diplomatique pose la question du langage à travers le théâtre, comme si ce dernier représentait la forme de communication la plus universelle qui soit. Si les personnages se demandent comment entrer en contact avec une espèce extraterrestre qu’ils ne connaissent pas encore ; le metteur en scène, dans un mouvement de mise en abyme loufoque, interroge le medium théâtral comme moyen de faire passer un message.

« The Medium is The Message »
Si ce spectacle un brin irrévérencieux ennuiera ceux qui n’y verront qu’une farce sans conséquence, il ravira les amateurs d’une ironie puissance dix, mise en scène avec l’aide d’une causticité raisonnable. Car sa profondeur ne se situe pas forcément là où on pourrait s’y attendre. Se présentant souvent sous une forme dérisoire, les personnages débutent la pièce emprunts de sérieux pour finir complètement perdus dans un ravissement new-age qu’il est difficile de prendre à l’emporte-pièce.

Avec le style si particulier de l’amicale de production, cette cellule artistique et pluridisciplinaire où gravitent divers comparses de la scène, Corps diplomatique est un pur produit de divertissement intelligent qui atteint le cerveau aussi bien que les zygomatiques. Il est aussi sans doute symptomatique de son époque : l’Homme est bien modeste dans ses emportements alors que le monde s’épuise dans de dérisoires efforts pour se comprendre et se déchirer dans un même mouvement.

Quentin Guisgand

Corps diplomatique sera présenté au Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles du 13 au 15 mai 2015.

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