LE FEMME REBELLE : « LA REVOLTE » VERSUS « MEDEE, POEME ENRAGE »

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TRIBUNE : La Femme rebelle: La révolte versus Médée, poème enragé.

La révolte, texte d’Auguste Villiers Adam, mise en scène de Marc Paquien, Théâtre des Bouffes du Nord, du 2 au 25 avril 2015 / Médée, poème enragé, texte et mise en scène de Jean-René Lamoine.

Deux pièces présentées ce printemps mettent en scène des femmes rebelles. Ce sujet intéresse le théâtre car la femme insoumise, en défiant la Loi, renverse les codes et déconstruit les rôles assignés. L’identité de l’héroïne se tisse dans le temps de la représentation et c’est ainsi que La Révolte et Médée coulent en une seule longue scène parcourue d’une énergie électrique.

A contretemps
En mettant en scène ces héroïnes du passé, Paquien et Lamoine veulent montrer la résonance contemporaine de leurs raisonnements d’insurgées. Ainsi, l’antique Médée devient une figure futuriste et même stellaire : l’acteur/héroïne, le crâne rasé, le visage maquillé et le torse nu, ceint, pour partie, d’un drapé noir joue sur l’ambiguïté sexuel et temporel. Le texte de Villers de L’Ile-Adam est également avant-gardiste, mais sa réactualisation est manquée. L’esthétique d’époque devient, à la longue, lassante (il y a déjà la Comédie Française) et les soupirs de demi-folle geignarde de l’actrice parasitent la modernité de la parole d’Élisabeth.

La tentative vs. L’attentat
La rébellion, dans les deux pièces, suit le même mouvement, décomposé en trois temps : la genèse, l’exil, le retour. Ici, se distingue la révoltée de la révolutionnaire. Élisabeth, retourne, suite à sa tentative d’indépendance, chez son mari, la vague à l’âme. Médée, quant à elle, après avoir démembré son frère, noyé ses enfants dans sa piscine de luxe, revient, fière, sur sa terre natale. Cruelle, certes, Médée est dans l’action – l’attentat – plutôt que dans l’attente mortifère des contes de princesses. Médée crée sa propre légende et en ne se soumettant plus à la loi, à sa condition, c’est-à-dire à son destin de femme, et devient, par là même, une héroïne anti-tragique, seule maîtresse de sa destinée.

La femme barbare
Les héroïnes de ces deux pièces sont des femmes barbares; étymologiquement, celles dont on ne comprend pas la langue. Le discours d’Elisabeth, répété inlassablement, se heurte à l’incompréhension de son mari. En s’affirmant, elle devient étrangère pour lui, un autre menaçant. De même, Médée, raconte, une fois partie de Iolcos, où elle était sous la coupe des désirs de Jason, retrouver son état sauvage: elle range le maquillage qui couvrait sa peau mate, détache ses cheveux crépus et crie justement des injures barbares à ceux qui voulaient l’asservir. « Je vous encule », répète-elle. Et la véritable beauté des pièces tient à la place qui est faite au langage: la parole est libération, l’unique voix/voie de sortie de la femme, mais surtout de tout le monde.

Lou Villand

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Visuels : 1- La Révolte / 2- Médée poème enragé / copyright les auteurs

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