« NATURAL BEGINNERS », ALEX CECCHETTI ET BLANCHE DE LESTRANGE, LA ROUVRAIE

lenio

Natural Beginners : Nuvolari (Alex Cecchetti et Blanche de Lestrange) / La Rouvraie / 28 mars – 17 mai (visites sur rendez-vous).

De Hokusai aux miniatures de Carlos Motta et aux pratiques sexuelles des populations autochtones avant la Conquista, des créations de Giles Round aux estampes érotiques chinoises, un vaste espace imaginaire et autant de fictions possibles prolifèrent, attisés par des visites performatives, trouvent appui et se focalisent parfois autour de détails surprenants, se reconfigurent dans des rapports sensuels étendus, qui donnent la tonalité entêtante du projet curatorial Natural Beginners.

Comme se plaisent à nous le rappeler Alex Cechetti et Blanche de Lestrange, chaque détail a sa signification dans l’art ancien des images érotiques orientales, et cette forme de sensualité périphérique des rapports, sans cesse reconfigurés, entre les œuvres et les différents médium, des terres cuites à la performance, en passant par la vidéo et le design, infuse l’ensemble de l’exposition.

Il y a d’abord cette belle demeure, nichée dans un parc où le printemps commence à imposer ses droits, bercé par des chants d’amour, tubes et mélodies populaires qui disent la fièvre et la passion, sur une note légère et enjouée, diffuse et parfois étonnement proche, comme un souvenir.

Le dosage est finement trouvé : les objets de la vie quotidienne s’accoquinent avec les pièces de la collection Ferdinand Bertholet, absorbent avec engouement l’exotisme extrême oriental, dont ils préservent une nuance piquante, intemporelle. Nous ne sommes pas surpris de découvrir dissimulées derrière un rideau, dans la salle à manger, des œuvres du fameux grand-père de Laure Prouvost, nous nous prenons même à rêver que son désormais mythique (après le Turner Prize) tunnel vers l’Afrique passait par les Yvelines !

L’exposition enclenche un type d’attention particulière, joue de la familiarité tout comme de l’incongru. La maison a ses secrets, qu’elle livre avec un brin de malice et beaucoup d’esprit, elle aime faire des cachoteries. Ainsi, ce nuage de 130 coussins en velours et satin que Patrizio Di Massimo fait descendre au milieu du salon – tombé du ciel, dira Alex Cecchetti lors d’une visite performative – imposant et voluptueux. Une main et parfois un pied menu glissent des coussins, s’exposent langoureusement. Quant aux Shadow Drawings, les installations quelque peu abstraites de Laure Prouvost, il suffit d’actionner un interrupteur pour qu’elles se nimbent d’un halo érotique ! Dans le cabinet de travail, nous sommes invités à nous emparer de cette lentille grossissante pour regarder de plus près les figurines de Carlos Motta. Le flou est dense et riche. Une question de distance et d’ajustement. Le corps du visiteur est subtilement mis en jeu et en mouvement.

Dans l’intimité de la salle de projection du sous-sol, les pièces vidéo imposent leur temporalité propre. Sensualité, immédiateté des sensations nous happent littéralement dans le travail de Laure Prouvost, Swallow. Cette plongée dans la chair du monde, fraiche et parfumée, pleine de terribles saveurs est subtilement placée dans une perspective historique, par le film de Carlos Motta, Nefandus. Nous voici entrainés dans une dérive poétique, dans un rapport contemplatif au paysage sur lequel planent encore les traumas d’une histoire qui a marqué à jamais les imaginaires et les corps.

C’est toujours dans cet écrin secret, camera obscura propice aux apparitions, que Lenio Kaklea choisit d’invoquer des éléments d’une constellation plus vaste qui nourrit sa prochaine création prévue fin mai au Centre Pompidou.

Partitions minimalistes, dessinées d’un trait fluide sur le papier absorbant, les œuvres d’Alex Cecchetti sont de véritables embrayeurs d’imaginaire, supports d’une nuée d’histoires partagées avec verve, intelligence et sensualité enjouée.

Du toucher au son, du frémissement d’un contact pressenti à sa réitération à la fois fictionnelle et documentaire, à travers des échos qui agissent en deçà du sens et s’insinuent dans les chairs, De l’un l’autre, la performance imaginée par Antoine Davenne pour Nuvolari instille un trouble exquis des catégories cognitives et sensorielles.

Quant au Love Bar d’Alex Cecchetti et ses complices, nous n’en dirons rien de plus ! Il faut venir y gouter par vous même. Les confidences que vous y recevrez doivent rester entre les quatre murs. Alex Cecchetti et Blanche de Lestrange n’en sont pas à leur première frasque. A l’automne dernier, une exposition avait déjà eu lieu, à une adresse gardée secrète au moment de la FIAC et le projet à vocation à se réitérer.

Se tenir à l’endroit du commencement avec ses promesses et potentialités, voici avant tout le don de Natural Beginners.

Smaranda Olcèse

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