TARYN SIMON, « A LIVING MAN DECLARED DEAD AND OTHER CHAPTERS », LE POINT DU JOUR CHERBOURG

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Taryn Simon A living man declared dead and other chapters – I-XVIII / CAC le Point du Jour, cherbourg / Jusqu’au 31 mai 2015.

L’exposition se tient jusqu’au 31 mai 2015 au Point du jour, centre d’art situé à Cherbourg-Octeville. Il s’agit des œuvres de Taryn Simon, A living man declared dead and other chapters I-XVIII, dont le Jeu de Paume expose également des sections.

Pour constituer ces chapitres, il est avancé que Taryn Simon parcourt plusieurs aires géographiques, lors « d’enquêtes » génétiques, portant sur des lignées humaines, et plus rarement animales. Elles centrent une personne, son histoire et celle de la lignée, exposée par la suite dans des chapitres en trois sections. La mention d’« autres chapitres » renvoie à un dispositif romanesque, ou tout du moins à la fiction, et fait signe vers une autre recherche, que le visiteur pense peut-être en cours d’élaboration, et dont il ignore l’état d’avancement ou l’étendue de prédation.

Cinq chapitres sont présentés, référant notamment à un homme envoyé en Israël pour y étudier la possibilité d’un état, à la doublure du fils de Saddam Hussein. Ils contiennent des photographies, des documents, et une description écrite. Chaque membre de la lignée est photographié. Le fond sur lequel il se détache est uniforme, la logique de distribution des sections immuable. Au terme de ses enquêtes, ces photographies renseignent. Ainsi que les textes qui les codent, elles ne sont pas simples, mais exactes. Ces épreuves miment le duplicata administratif, sa réduplication. Le caractère mat de la photographie est étendu aux paragraphes documentés.

La puissance normative qu’induit l’histoire de ces lignées n’apparaît pas, elle est configurée par les sections méticuleuses de Taryn Simon. Les « chapitres » délivrent une nomenclature : celle du droit comme puissance, réel ou supposé, allégué, tel qu’il fonctionne dans les ensembles, non pas encore les « sociétés » mais ses éléments nucléaires. Les sections de Taryn Simon présentent les normes, une puissance obtuse de régulation. Elles filtrent un invraisemblable. Et Ronald Dworkin, philosophe du droit américain, s’est intéressé aux travaux de Taryn Simon, autant que peut en témoigner un texte produit pour une autre exposition, An american index of the hidden and unfamiliar. S’opposant à une définition du juriste comme « paragraphen automat », machine à construire des syllogismes, Dworkin a définit le droit comme « roman écrit à plusieurs mains » (dans L’Empire du droit) : ses règles sont rarement des règles au sens où on l’entend d’un jeu. Elles renvoient à des principes devant être interprétés, font l’objet d’ajustements au prisme de l’histoire humaine. Il est également connu pour avoir traité des droits des individus contre l’état. Au travers de ces questions, on retrouve l’amplitude des lignées exposées par Taryn Simon, étendant leurs contours jusqu’à rencontrer un obstacle, ou heurtant d’emblée la puissance normative. Principes, règles, croyances… sont des procédures d’encodage. Très liée à l’écrit documenté, la photographie joue peut-être ce paradoxe d’automate.

Ces procédures opèrent sur les portraits, situant des aspects indécelables ou méconnus : un relevé discrétionnaire. La loi renseigne sur l’individu parce qu’il la fait suivre, en est déformé ou simplement infléchi. Quand la photographie d’un membre n’a pas été exécutée, un plan inoccupé supplée l’individu, supposant pour lui et l’espace exposable.

La norme est un code indéchiffrable. Elle régit également les procédures photographiques. Dans ces sections ajustées à l’espace, il n’est plus seulement question pour la photographie de ressemblance ou de reproductibilité technique, mais d’encodage ou d’engramme, un jeu dont on ne peut parcourir toutes les règles. L’alignement précis entre paragraphes, l’administration mimée de la preuve, contiennent la fragilité des lignées en un arbitraire dérisoire ou inquiétant : distancié, inintemporel. Plusieurs « preuves » photographiques sont des reconstitutions, comme la mise-en-scène de décès d’un ancêtre, à l’effigie d’une réincarnation. Elle est rejouée par un descendant face contre table, bras étendus jusqu’aux signets de ses manches.

Dans ce contexte, les « chapitres » de Taryn Simon relatent avec intensité ce qui n’est pas codé par ces régulations. On pourra le trouver dans les yeux, la position singulière des personnes, la persistance d’une lignée par ses éléments, et le débord espacé, rigide, des sections noires.

L’histoire de plusieurs lignées est marquée par le secret politique, qui appelle son envers : le renseignement. Dans ces portraits la dimension secrète, toute positive, est exactement délinée. Et certains chapitres de Taryn Simon y font directement allusion : pour la lignée chinoise, le bureau de la propagande extérieure, codant comme un vide la société dont elle envoie les images. La règle génétique et sa puissance sont vus à même l’espace d’exposition. Des encadrements aux bords surveillés par notre regard extérieur.

Sabrina Bonamy

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