« LANDLORDS » : KESSLER, ASSIFF, AGUDIO, MONCHERI BRUXELLES

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LANDLORDS : Bradford Kessler, Michael Assiff, Alessandro Agudio / curated by Domenico de Chirico / monCHERI Bruxelles : September 11th – October 24th, 2015 / Opening Friday, September 11th, 2015 during the Brussels Art Days From 05 PM to 09 PM.

« Ils se transmettent depuis des siècles et nous avons très peu de moyens de défense contre eux. Ils ont créé le rire là où il y aurait dû avoir des pleurs. Des bébés naissent chaque jour en riant. Ils ont mis en place un système totalement sinistre fondé sur la faim, nous relâchant les uns après les autres dans le monde animal dans le seul but de nous éloigner de nos amis à poils en programmant un profond désir collectif de vénération des plantes et des insectes. Cette norme a provoqué un désordre mondial et d’éternelles luttes pour le pouvoir, puisque les espèces captives sont trop nombreuses pour trouver un terrain d’entente. Ils représentent la vaste obscurité de la nuit. Ceux qui les ont vus à la lumière du jour savent qu’ils ressemblent presque à du verre.

Confortablement installés dans le rôle des antagonistes, ils nous ont militarisés et éduqués au travers les enseignements de leur opposition minoritaire. Par des promesses de mobilité sociale, ils nous permettent de changer de nationalité et d’être absorbé par l’esprit de vie à un âge précoce. Ils nous demandent de considérer la Terre comme un organisme vivant et nous-mêmes comme des parasites dans le seul but d’exiger secrètement un dossier solidement documenté de la « terre » comme une maîtresse universelle unique et bien en chair. Les slogans gravés dans la pierre de leurs propriétés visent souvent à permettre à ceux qui se trouvent au-dehors de mieux accepter leur situation tout en y ajoutant de la confusion. L’un d’entre eux peut se traduire approximativement par « La possession n’est pas la richesse. La véritable richesse est catastrophique. » Au fil des années, cette propagande est devenue de plus en plus anormale. Ainsi, une banderole en vinyle accrochée à l’extérieur de notre école faisait la publicité d’une formule tout compris pour les vacances de printemps portant l’inscription « Plongez votre appendice habile dans un territoire tranquille et buvez. » Le slogan était assorti d’une image vintage représentant un moustique posé sur le cadavre bleuâtre d’une femme enceinte, piquant son ventre à moitié dégonflé. Autre exemple : sur la clôture extérieure de l’école, une publicité pour une compagnie d’assurance, recouverte de boue et abîmée par le vent, adressait le message suivant aux nouveaux diplômés : « Soyez aux premières loges de la transformation de votre corps en excréments à mesure que votre prédateur vous consume peu à peu. » Le texte était accompagné d’une image composite très réaliste mettant en scène un vieil homme saisi d’un rire convulsif retournant ses deux poches.

Les seuls souvenirs que nous gardons de notre éducation sont ceux de livres empilés sur des étagères contenant uniquement des schémas et des slogans se rapportant à la biologie. Nous avons suivi le programme de formation, obtenu une licence d’agent immobilier et acquis des compétences techniques insignifiantes oubliées aussitôt passée la porte de sortie. Ensuite, nos collègues et nous-mêmes avons été envoyés dans une usine sans comprendre exactement ce que nous fabriquions : de petites pièces de plastique destinées au secteur médical, ou à celui de l’armement, peut-être. Tous les ouvriers que nous ne connaissions pas avaient les mêmes noms que ceux des membres de nos familles. Nous avons fini par comprendre qu’il s’agissait d’informateurs qui essayaient de gagner notre confiance. En vain. Nous arrivions au travail à l’heure : c’est tout ce que l’on nous demandait pour conserver notre poste. Les seules autres exigences consistaient à être pourvu de suffisamment d’intelligence pour pousser sur des boutons et actionner des manettes au moment adéquat et, surtout, à faire preuve d’une obéissance servile (le mur au-dessus de nos têtes portait l’inscription « Nous sommes très, très loin d’être en PAIX »).

Cette nouveauté inexplorée, inégale, déstructurée, sous-saturée et inassouvie, que l’on appelle aussi « la nécromancie sans catharsis » nous plongeait dans des moments d’hésitation prolongée. Nous ralentissions le processus de l’usine pour contempler des signes et des symboles dont nous ne pouvions que conclure qu’ils représentaient l’absence de plaisir sexuel dans nos vies. Les propriétaires nourrissaient de l’aigreur à notre égard. Ils savaient que nous savions que les produits que nous fabriquions étaient destinés à leurs plans architecturaux. Chaque employé se voyait offrir une plage privée. C’était l’un des grands avantages mis en avant dans l’offre d’emploi. Mais souvent, nous trouvions nos dîners rationnés renversés dans le sable et nos dortoirs mis à sac par vengeance. Combien de fois n’avons-nous pas été forcés de manger cette nourriture pleine de sable jusqu’à la dernière miette avant d’avoir droit à nos deux heures de sommeil. Susceptibles d’être détroussés à tout moment, nous avons développé des pensées paranoïaques résultant d’une crainte profonde de déjà-vu. Nous étions loin de nous imaginer que cela nous entraînerait dans un avenir fait de langages dépourvus de sens.

Pour en revenir aux fondamentaux, nos patrons nous renvoyèrent un à un au moyen d’un appeau, et nous les fixions le regard vide. Nous pensions que les promesses de mobilité sociale nous permettraient de gravir les échelons, mais nous avons été dégradés jusqu’à toucher le fond : notre peau fut rangée dans des tiroirs en métal, nos yeux conservés dans des bocaux et nos cheveux soigneusement glissés dans des sacs en plastique. Peu à peu, nous avons vu nos nouveaux visages devenir des emblèmes figurant sur des panneaux écrits en rouge dans la nouvelle langue et assortis d’un symbole qui ne pouvait être universellement interprété que comme une représentation de la mort. Je vis une autre banderole proclamant : « Vous ne pouvez réellement posséder que ce que vous ne pouvez pas perdre, et un jour, vous perdrez votre corps. » Je commençais à comprendre que tout est mis en location, même mon corps. »

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