RENCONTRE : MIGUEL GUTIERREZ, « THE AGE & BEAUTY SERIES »

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Rencontre avec Miguel Gutierrez, performeur queer de la scène new-yorkaise : retour sur The Age & Beauty Series, New York, Novembre 2015

L’entretien est perdu, effacé. Des fragments de la conversation avec Miguel Gutierrez échangée dans un dinner à Meatpacking, les gestes de plus en plus flous du danseur, son pull-over scintillant, ses cheveux jaunis à la javelle pour sa prochaine performance me reviennent, par bribes, en mémoire. A partir de cet ensemble approximatif, il faut remembrer les phrases, les postures – remember, comme il dit. Faire à la manière de Federico Leon dans Las Ideas, profiter du coma numérique pour coudre bout à bout les moments mémorables, donner du sens aux tessons de réalité.

Installé à une table du restaurant Good Stuff Dinner, Miguel Gutierrez me parle de sa dernière création The Age & Beauty Series présentée à Paris fin novembre dans le cadre du Festival d’Automne. Elle évoque la crise de la quarantaine d’un artiste queer (lui même). Après avoir fini en 2012 une performance dont la réalisation avait pris plusieurs années et impliquant une grosse production, il revient maintenant à quelque chose de plus intime. On parle du titre, Age & Beauty, beau et clinquant comme un conte de princesse. Il l’a choisi au hasard ou il l’a rêvé. Il me dit l’aimer pour son côté allégorique, sa résonnance antique. Age & Beauty et non Youth & Beauty, comme si ces concepts pouvaient ne pas toujours être antithétiques ; la brèche est ouverte.

Je l’interroge sur le fétichisme de la jeunesse dans la culture queer. Il me parle de la difficulté pour un danseur de voir vieillir son corps. Puis du moment précis où un artiste se retourne sur son travail et se demande franchement ce que ça vaut. Il continue, évoque le besoin reconnaissance compulsif chez les artistes, qui substitue probablement le manque d’argent – je comprends que l’on ne devient jamais riche en étant performeur aux Etats-Unis. On revient à lui, à sa carrière. Certains universitaires l’étudient, mais il sent qu’il peut à tout moment sortir du circuit. Puis, plus tard, il me confie qu’il aimerait se moquer de la reconnaissance. Mais il ne sait pas à quel point c’est vrai, à quel point c’est honnête de dire ça.

Alors pourquoi continuer ? Parce que c’est ce qu’il sait faire. Il enchaîne d’emblée sur le premier opus, d’Age & Beauty. Il l’a imaginé avec Mickey Mahar, un jeune danseur qu’il avait repéré à une performance d’Adrienne Truscott. Il évoque le plaisir de travailler avec quelqu’un qui ne connaît pas son travail, avec qui il est donc libre de créer. Sortir de soi, exploser l’identité monolithique, sentir que quelque chose vient, ou quelqu’un, fendre la continuité… Pourquoi alors se revendiquer « queer », se coller soi-même une étiquette ? Il m’explique longuement la différence entre le concept de gayness et celui de queerness. Je n’y comprends pas grand-chose. J’ai l’impression que le label « queer », c’est finalement un peu ce qu’on décide d’y mettre. Mais ça doit rester sexuel, sexy.

De fil en aiguille, on en vient à la forme de ses créations, toujours des performances. Peut-être pour transcender les disciplines, abolir les frontières entre des champs artistiques – bref s’étendre. On évoque l’aspect sériel de The Age & Beauty Series. Il veut être large, avoir de la place, repousser les contraintes de l’unité de temps, plutôt en trois qu’en quatre parties d’ailleurs. Pour mieux m’expliquer, Miguel Gutierrez dessine un triangle isocèle sur la table, montre que les côtés communiquent les uns les autres. Je comprends que ce qui importe au performeur, c’est de créer des liens, que ce soit sur le plateau, avec le public, entre les différentes parties de sa série, dans une logique de circulation du désir.

Lou Villand

Age & Beauty Part III : du 25 au 29 novembre au Centre Pompidou
Age & Beauty Part II : du 1er au 4 décembre au CND
Age & Beauty Part I : du 7 au 11 décembre au CND

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