DE WARHOL A BASQUIAT, LA COLLECTION LAMBERT A VENCE

Jean-Michel Basquiat Asbestos 1981-1982

De Warhol à Basquiat : Les chefs-d’œuvres de la collection Lambert / Musée de Vence – Fondation Emile Hugues / 20 Fevrier – 22 Mai 2016.

FIGURATION LIBRE

Ainsi, c’est la troisième fois qu’Eric Mézil, l’irremplaçable commissaire des expositions de la collection Lambert d’Avignon, organise au Château de Vence – bâtisse léguée par l’ancien Maire et Ministre Emile Hugues – une exposition tout à fait remarquable.

Cette fois ci, ce ne sont rien moins que « les chefs d’œuvres » de la collection qui sont exposés dans cette magnifique bâtisse à taille humaine qu’est ce château. Il faut d’ailleurs saluer l’audace conjuguée d’Eric Mezil et du Maire de Vence d’offrir de tels chefs d’œuvres dans cet écrin qui ne peut que favoriser la compréhension des toiles ou installations exposées.

Connue et intrigante, on ne boudera pas notre plaisir de retrouver dès les premières salles à l’étage Oasis du lithuanien Zilvinas Kempinas où une bande magnétique en forme de cercle flotte par le seul flux d’un ventilateur qui lui souffle juste assez d’air pour la laisser errer dans l’atmosphère. Lorsqu’on la regarde longtemps, on ressent la même plénitude que face à un jardin zen…

Si on médite volontiers devant cette installation simple, cela ne doit pas nous éviter de goûter l’immense joie de retrouver des œuvres réunies ici côte à côte pour faire ressortir à la fois la créativité d’une époque mais la cohérence des choix d’Yvon Lambert. Ce véritable visionnaire des mouvements qui vont inonder le marché de l’art et de la création sera, rappellerons le, l’un dès sinon le principal découvreur de talents qui appartiennent pour toujours à l’histoire de l’art…

Avant de rentrer dans le vif du sujet de cette exposition, dire combien il est bon de retrouver dans une pièce tout un ensemble de toiles de Jean-Charles Blais, lui aussi enfant – adoptif – du pays. De même, le plaisir de voir – et revoir – certaines des dernières toiles de Cy Twombly, faites d’immenses gestes circulaires, saturés de couleurs, monochromes, tantôt rouge, tantôt bleu… Pas de mots non plus pour dire notre plaisir de voir des pièces comme celles de Robert Mangold, Bruce Nauman ou Jonathan Monk.

Une salle entière rassemble tout ces courants du Land art et de l’Arte Povera, de Penone à Long, dont les œuvres apportent une liberté, un souffle qui donne envie de voyager, de partir loin…

Mais le clou de cette exposition, ce sont les œuvres de et autour de Basquiat, telle cette photo de Louis Jammes le montrant, corde au cou. Le regard de ce jeune peintre haïtien – mais n’a y-il jamais eu le temps de devenir vieux, sachant qu’il est mort à 28 ans… – est si troublante de si près, trônant dans la salle qu’on comprend aisément la fascination qu’on pouvait porter à ce personnage talentueux mais destructeur. Eric Mezil nous permet de revoir le film de Julian Schnabel sur Basquiat (où Bowie joue Warhol !)… Tant d’autres œuvres exposées permettent d’évaluer à sa juste valeur les temps forts de la vie du peintre intimement liées à l’art moderne…

Dans la salle adjacente, comme pour faire planer l’esprit de mort qui accompagne les deux artistes que sont Warhol et Basquiat, le retour de Paris de toiles de Warhol sur la chaise électrique… Sérigraphies multipliées à l’envi, colorisées dans ces monochromes devenus célèbres, mais qui n’élèvent pas l’horreur de l’objet même… Dans cette pièce, on retiendra cette cage en fer immense et réaliste au milieu de laquelle traîne une couverture de survie… De toutes les propositions faites par Eric Mézil, c’est sans doute cette pièce qui touche le plus et fait comprendre la brièveté de notre passage sur terre… Basquiat mort d’une overdose dose, Warhol rescapé d’un attentat… Autant de signes qui n’annoncent pas des jours meilleurs, loin s’en faut….

Pour finir en beauté, ne ratez pas le gisant d’Adel Abdessemed… magnifique, fait d’un seul geste, d’une force incroyable… Et si vous voulez vous faire susurrer des mots d’amour, passez absolument à La Chapelle des pénitents blancs voir l’astucieuse et romantique installation de François-Xavier Courreges, rarement visible mais particulièrement à son avantage dans cette petite chapelle…

E. Spaé

LA FONDATION EMILE HUGHES
La 3ème exposition de la collection Lambert investit donc de nouveau le château de Vence. Pourvu qu’on y parle de culture, cet hôtel particulier, à flanc de remparts, fut légué à la Ville de Vence par Emile Hugues, ancien Maire, ancien Ministre… Bien lui en a pris puisqu’avec la collaboration voulue entre la Ville et la collection Lambert, Vence – d’où est originaire le célèbre galeriste Yvon Lambert – dispose d’un atout majeur et unique avec des expositions qui ne manqueront pas d’attirer les touristes qui affluent dans le sud aux beaux jours…

Emergeant des anciens remparts de la ville transformés en habitations, on accède au château où l’on distingue en entrant un grand escalier qui dessert trois étages où se succèdent une enfilades de pièces – ni majestueuses ni somptueuses – mais qui permettent d’être en état de découvrir des œuvres d’art, sereinement, en toute quiétude, proche, très proche des œuvres, comme chez soi. Très appréciable…

C’est sans doute grâce aux couleurs vives ornant chaque pièce, au lieu des blancs immaculés des autres espaces d’expositions, que certaines oeuvres nous re-apparaissent comme plus fortes, plus sublimes aussi. C’est exactement le cas avec la réinstallation de Asbestos (ci-dessus) de Jean-Michel Basquiat, à l’honneur dans cette exposition…

Sur un fond orange, dans la cage d’escalier, cette peinture, pièce majeure de la collection Lambert, semble s’offrir une seconde vie. Alors que la toile nous est connue, elle nous apparaît plus colorée sans doute à cause du mur orange sur lequel la toile est accrochée… Peu de bâtisses se prêtent donc autant à l’exposition des œuvres collectionnées par Yvon Lambert…

Ces salles à taille humaine, ces alcôves et petits passages divers permettent d’éprouver soi-même, dans une proximité rare avec les œuvres, les émotions qui s’imposent face à de tels chefs d’œuvres… Ainsi, la disposition de ce musée convient parfaitement à cette collection « privée ». Nous sentons les émotions sans doutes éprouvées par Yvon Lambert pour telle ou telle œuvre qui forme aujourd’hui sa collection.

E.Spaé

james

Adel Abdessemed gisant

 

IMGP0011

Images: 1-Jean-Michel Basquiat Asbestos 1981-1982, copyright ADAGP, 2- Louis James, copyright the artist 3- Adel abdessemzed, Gisant, copyright the artist

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