ENTRETIEN : LAURENCE DE MAGALHAES & STEPHANE RICORDEL, FESTIVAL (DES)ILLUSIONS

montfort

2e édition du Festival (Des)illusions, du 10 mars au 3 avril 2016 au Théâtre Monfort : Rencontre avec Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel.

Inferno : Pouvez-vous nous dire ce qu’est le Festival (Des)illusions ?

Stéphane Ricordel : La deuxième édition du Festival De(s)illusions débutera au théâtre Monfort le 10 mars. C’est un festival biennal, lancé en 2014, autour d’une programmation de spectacles pluridisciplinaires. Nous souhaitions que le public nous fasse confiance et vienne voir du cirque comme de la danse ou bien du théâtre au sein d’une même programmation. Nous nous sommes dit que le public pouvait passer d’une discipline à l’autre : cela a été notre point de départ, on peut dire que (Des)illusions est un concentré de notre programmation à l’année.

Laurence de Magalhaes : C’est effectivement un clin d’œil sur ce que nous faisons à l’année. Ce qui nous intéresse, c’est aussi la dynamique qui se crée. Il s’agit d’un temps fort, avec une tension qui monte tout au long du festival. Pendant ce temps le théâtre est envahi par de nombreux artistes et c’est un moment où professionnels, artistes et public peuvent se retrouver et circuler autour des spectacles. Ces rencontres sont très importantes pour les artistes qui sont souvent isolés. Rares sont les moments où ils peuvent vraiment se croiser et se poser ensemble. Et puis un Festival parisien est une occasion de visibilité pour eux. Lors de la première édition de (Des)illusions, ces échanges avaient très bien fonctionné : les artistes échangeaient et partageaient les contacts professionnels, le public ou bien la presse. Tout le monde a joué le jeu. Notre public venait d’abord au festival pour voir un spectacle ou deux, et puis finalement en réservait quatre ou cinq.

Inferno : Pourquoi programmer le festival (Des)illusions entre mars et avril ?

LdM : Au mois de mars la saison est encore en cours, et, au même temps de nombreux spectacles ont déjà été présentées : c’est le temps du bilan. Souvent l’équipe du théâtre commence à être un peu fatiguée, et, c’est également le moment où se prépare la saison suivante. Il y a souvent une tendance à se projeter sur des nouveautés alors que la saison en cours n’est pas encore terminée. Comment redynamiser ce temps dans l’équipe ? Le festival nous a paru être une bonne idée : les rythmes sont différents, les horaires aussi, l’esprit d’équipe s’amplifie grâce à la multiplication des temps de partage. C’est un temps fort et excitant qui nous fait du bien : dans un théâtre c’est important d’éviter la routine (elle rit).

S. R : Oui, il y a de l’excitation. Un festival c’est un moment fort qui se prépare pendant un an et demi, un temps où nous côtoyons les artistes, nous les rencontrons, où l’équipe du théâtre s’empare de tous les spectacles…

LdM : et puis un festival implique une réflexion architecturale. Nous cassons tous les codes du théâtre. Au Monfort nous sommes 100 % pluridisciplinaires, la programmation du Festival De(s)illuions permet de remettre un focus dessus, avec un axe qui met l’accent sur le corps…

S. R : Exactement. Et cela fait que l’équipe du Monfort, tout comme les artistes, s’implique à 100%. C’est une dynamique qui se crée. Et puis le festival (Des)illusions représente aussi un rapport diffèrent au public : nous cherchons à l’amener vers un moment de partage et d’échange.

Inferno : Comment s’est fait le choix des artistes participant à cette deuxième édition ?

S. R : Ce sont surtout des rencontres. En général, nous voyons 80% des spectacles en amont ou nous connaissons déjà les artistes. Nos choix restent dictés par cette volonté de pluridisciplinarité. La pensée de l’artiste, celle qu’il va transmettre à travers son spectacle est capitale pour établir ce qui peut être intéressant pour notre public. La rencontre reste vraiment au centre de nos intérêts : entre les artistes et l’équipe du théâtre, entre les artistes et le public. Tout est basé sur eux, ce qui nous intéresse, c’est avant tout de rendre service aux artistes. C’est notre rôle et le théâtre est là pour mettre les artistes au cœur, au centre de tout…

LdM : Dans le festival (Des)illusions il y a des créations, des spectacles qui ont très peu été joués ou qui ont déjà eu une bonne visibilité mais trop courte pour avoir une longue vie. Le festival (Des)illusions donne alors une seconde vie à des spectacles en fin de parcours, nous leur insufflons une nouvelle dynamique. Notre rôle est aussi de sortir d’un rapport trop consumériste à la création, nous aimons retrouver des spectacles qui ont déjà tourné et qui ont besoin d’une nouvelle visibilité.

Inferno : Aviez-vous eu un coup de cœur pour l’un des spectacles de cette deuxième édition de (Des)illusions ?

S. R et LdM : Nous avons eu dix coups des cœurs ! Chaque artiste est essentiel pour nous et la relation que nous avons tissée avec chacun d’entre eux est unique.

LdM : et puis nous les avons choisis parce que nous les avons aimés. Nous allons donc tous les porter, les protéger et travailler avec eux dans cette dynamique collective qui nous passionne. Ce que nous avons aimé c’est aussi la diversité des propositions. Personnellement j’ai hâte de redécouvrir ces spectacles !

Inferno : Cette diversité des propositions touche également les nationalités des artistes choisis ?

S. R : Le choix d’artistes de nationalités différentes n’est pas un objectif en soi. Un artiste est avant tout ”un artiste” au delà de sa nationalité. C’est pourquoi nous ne voulons pas rester sur une programmation d’artistes internationaux coute que coute. Ce qui nous intéresse, c’est que l’artiste puisse se raconter sur un plateau avec les moyens qu’il possède : corps, texte ou le mélange de plusieurs disciplines comme dans certaines propositions numériques. C’est véritablement le propos de l’artiste qui est au centre de notre intérêt.

LdM : La place de l’artiste est toujours au centre de nos choix.

Inferno : Cette deuxième édition du Festival (Des)illusions fait suite au bilan positif de sa première édition en 2014.

S. R : Nous avons eu besoin de la première édition du festival pour savoir si nos choix étaient les bons et se dire oui, ce festival est une nécessité pour les artistes, pour le public et donc pour nous. A la fin de la première édition en 2014 nous avons décidé d’une proposition biennale. Le format biennal nous donne la possibilité de prendre le temps, d’être attentionnés et de créer des échanges fructueux avec les artistes. Aujourd’hui nous avons la certitude que (Des)illuions sera reproposé en 2018 : tant que nous serons à la direction du Monfort ce festival existera.

LdM : Il évoluera avec le temps aussi. Déjà par rapport à la première édition nous avons ajouté l’extérieur du théâtre, donc trois scènes. C’est aussi un défi intéressant d’être à chaque fois inventifs !

Inferno : Qu’aimez-vous du Monfort ?

LdM : Qu’il y a toujours un avant, un pendant et un après le spectacle. Personnellement j’aime cette dynamique au Monfort où le public après le spectacle reste avec nous et les artistes. Nous sommes d’ailleurs l’un des théâtres parisiens où le bar fonctionne le mieux et jusqu’à très tard le soir. Parfois il y a des fêtes qui s’improvisent après les spectacles : c’est la vraie rencontre. Et le moment que j’apprécie le plus, c’est justement le soir quand nous sommes à accueillir le public et les artistes : on voit des sourires, des regards. C’est magique.

S. R : La rencontre se fait à tous les endroits du théâtre. Nous proposons une histoire à travers les artistes que nous invitions au festival, le public s’en empare et plutôt que de repartir avec cette histoire tout seul, nous lui donnons le temps de pouvoir rencontrer les artistes, l’équipe du théâtre et de créer une rencontre. Un festival est pour nous une rencontre.

Propos recueillis par Cristina Catalano

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