DAIDO MORIYAMA & FERNELL FRANCO, FONDATION CARTIER PARIS

tokyo

DAIDO MORIYAMA – Daido Tokyo / FERNELL FRANCO – Cali clair obscur / Fondation Cartier Paris / 6 février – 5 juin 2016.

La Fondation Cartier à Paris a encore réussi son coup… A l’annonce de cette exposition, en voyant accoler les noms du photographe japonais Daido Moriyama et celui du colombien Fernell Franco, on était en droit de se demander le lien entre les deux artistes… C’est en arrivant sur place que la chose saute aux yeux…

Au rez de jardin, 86 photos couleur grand format de Daido Moriyama tout en contraste et opposition montrant, à partir des clichés pris à Shinjuku, quartier très vivant de Tokyo, une société japonaise faite de paysages engrillagés, de sites distroy de tags défigurant des facades… Ici une couverture de manga défraîchie, là une geisha prise sur le vif… Des couleurs saturées, telle cette baignoire rose remplie d’eau violette. Le réel côtoie l’irréelle, le concevable avec l’improbable… Une trace d’une civilisation rafinnée abimée par le temps. Une société qui perd ses valeurs à force d’occidentalisation à outrance… Un visage masqué de latex facon bondage, un improbable crocodile… Rien ne semble plus être respecté, à sa place, au pays du soleil levant… Dans l’autre salle, au même niveau, un diaporama de photos noires et blancs ou l’on voit, entre autres, le japon plus traditionnel comme pour mieux préparer à ce qui suit au rez de chaussée.

Dans leur immense sous sol, la fondation propose la première retrospective en Europe du photographe autodidacte Fernell Franco… Y sont exposées 10 des plus importantes séries du photographe prises entre 1970 et 1996. La plus part des clichés sont en noir et blanc comme pour contraster avec ce qui est exposé au- dessus, mais, finalement le lien est fort car sur des tirages en gelatino – argentique parfois rehaussés au charbon, au pastel, à la peinture à l’huile, au feutre même se succèdent des séries qui prennent aussi sur le vif les bas fonds des quartiers de Cali et apporte son lot de vues d’un monde interlope ou les prostituées – série centrale et émouvante dans cette exposition – côtoie tant de moments de la vie d’une ville entre billards et vue sur le port… Les photos apportent un témoignage et malgré des prises de vue parfois récentes ont un côté vintage laissant planer une nostalgie d’un monde disparu, englouti dans la modernité un peu comme le démontre Moriyama…

On est touchés par les montages, collages, tirages réalisés par l’artiste avec des petits morceaux de photos grossièrement collés au scotch. La nostalgie nous saisit et on quitte à regret ce sous sol de la fondation…

On repense longtemps à cette série sur la salsa, sur la démolition (montage au scotch 1994). Ce noir et blanc fige une époque finalement pas si lointaine comme les clichés couleur de Moriyama dénoncent un monde décadent qui perd ses valeurs… Remarquable moment, saut dans deux mondes finalement complémentaires. Vision de la mondialisation et des travers d’un capitalisme qui abime tout… Un temps fort à vivre en ce moment à la Fondation Cartier.

E. Spaé

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Images: 1- DAIDO MORIYAMA, Daido Tokyo / 2- FERNELL FRANCO – Cali clair obscur / copyright les artistes / Fondation Cartier Paris

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