LUCIE AUGEAI & DAVID GERNEZ, « JOB » OU LES SYNDROMES

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Lucie Augeai et David Gernez, compagnie Adéquate : JOB / Le 25 février 2016 / L’Atelier à Spectacle, Scène Conventionnée de Vernouillet.

Comme le précisent les chorégraphes, JOB n’a rien à voir avec la Bible et ce pauvre dont il est fait mention. Non, là, il est question du travail et pas de n’importe quel travail mais celui de danseur…

Comme un contre-pied à « Vers un protocole de conversation » de Georges Appaix (cf article V. Marin sur INFERNO) plus mature et plus désabusé dans sa vision que ne le sont Lucie Augeai et David Gernez, il ressort de cette essai chorégraphique une vision plus joviale, plus ludique certes, mais qui n’épargne aucun des syndromes du métier.

Pendant une heure tout y passe… Du fameux tutu à l’impro, du soin intensif au danseurs perclus de douleurs… Rien ne manque et les séquences se succèdent jusqu’à ce descriptif, lancé à toute vitesse, des caractéristiques du danseur qualifié alors « d’être humain qui se change le plus sur la planète » (humour !) vu que, logiquement, dans toute sa journée de répétitions ou de performances il sue, il porte des costumes, il n’arrête pas de couvrir sa peau pour entrer dans les différentes phases de son métier.

Du reste JOB commence par la fin et par les tics des artistes lors des saluts… sept danseurs figés à la face font et refont ces baisers de la soliste et ce geste incluant toute l’équipe technique… Suivra une course-poursuite de chutes de vêtements qui prendra tout son sens au moment d’un bref mais jubilatoire texte – au débit encore trop rapide à la scène conventionnée de Vernouillet où nous étions – mais qui permet de comprendre clairement le propos des artistes. Moment clé qui apporte tous les éclairages nécessaires…

Les chorégraphes nous baladent volontairement dans tous les clichés liés la danse le tutu, le Faune… Même la boîte de nuit où un furieux « it’s so good » lié au tube de Donna Summer « I feel love  » finit de planter le décor quelque peu mouvementé.

Cette pièce passe aussi par un moment d’une grande beauté où l’on retrouve le phrasé des gestes qui ont fait connaître la compagnie dès 2011 avec leur duo « Noeuds ». Après l’épisode du corps supplicié de vêtements, ce moment en silence rappelle la nécessaire répétition des mouvements que s’impose le danseur pour atteindre la perfection et son besoin d’entrer dans la profondeur d’un geste, de le scruter, de le creuser pour arriver à le faire sans effort, détaché de son exécution…

Ainsi JOB – courageux septuor au moment où les moyens de production manquent dans la danse – est à la fois une pièce chorale, de groupe, en groupe et un moment d’individualité ou des artistes comme Alexandre Blondel – vu à Avignon en 2015 dans son solo 3949, veuillez patienter – ou Jean Magnard entre autres apportent une finesse présente tout au long du je de cette compagnie découverte en 2011 lors du plateau libre Les HiverÔclites, initié alors par Emmanuel Serafini lors des Hivernales à Avignon.

JOB est donc un témoignage réussi, un médium destiné à un large public pour faire comprendre, sans le dire ou le souligner avec insistance, le métier de danseur passant de notions simples à montrer tel ce tutu légendaire à des métaphores plus allégoriques qui jalonnent le spectacle imaginé par ces deux jeunes artistes, leur danseur et toute leur dynamique équipe.

E. Spaé

*en tournée le 27/2 festival Jouvence/Roubaix – les 10, 11/3 3T Chatellerault – le 7/4 Bressuire

Photo Jacques Roussel

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