« LISBETH GRUWEZ DANCES BOB DYLAN », TNT TOULOUSE

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Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan, TNT, Toulouse, 24 mars 2016.

C’est une réunion intime à laquelle nous convie Lisbeth Gruwez dans le petit studio du Théâtre National de Toulouse. En plein festival international du CDC, qui met cette année les femmes dans la lumière, la danseuse et chorégraphe que l’on a découverte en guerrière de la beauté chez Jan Fabre ouvre avec Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan une parenthèse douce mais intense, simple et élégante.

C’est une conversation à trois. Maarten Van Cauwenberghe, son complice musical et moitié de Voetvolk est installé derrière les platines, dans la pénombre. Bientôt, il s’en grille une et c’est parti, « Take it away Bob » susurre la fameuse flamande alors qu’il lance la première chanson. C’est un tissage de gestes entendus entre Van Cauwenberghe, DJ d’un soir, qui suit le mouvement à mesure qu’il se dessine, tout en balancements de tête, sélectionne les pistes et elle qui répond par sa danse. Entre eux, la voix de Dylan grésille sur les vinyls, venue d’une autre époque, donne matière à danser, à écouter, à jouer. La folk prend des accents belges, la country s’invite dans le plat pays, la rencontre entre ces trois là instille une douce nostalgie dans l’atmosphère, celle d’un bar en fin de soirée à l’ambiance feutrée, apaisée, qui laisse affleurer les derniers sursauts d’énergie. On imagine bien alors Lisbeth en icône de la Beat Generation avec ses airs de rockeuse de la mer du nord.

Elle plonge dans certains morceaux tête la première, se lance entière, déployant ses bras qui tranchent l’air et y découpent une danse épurée. Elle s’amuse, endosse le rôle d’une cow-girl, entre dans des boucles de mouvements répétitifs. Sans jamais se laisser happer par le tempo, elle se ballade sur la ligne mélodique de certains morceaux, met en relief quelques mots par ses gestes, souligne le phrasé si particulier du chanteur du Midwest ou prend au contraire sa distance par rapport au texte. Son interprétation est habitée et on sent qu’elle se permet d’explorer sur l’instant, de prendre des aises. Chercheuse obstinée et sauvage, Lisbeth compose comme sur un fil une danse échevelée et maîtrisée à la fois, sans rien de rigide ni de de figé.

Elle conforte ce sentiment de proximité et d’intimité en s’adressant à nous, marque une pause entre chaque morceau, le temps de boire une gorgée de bière ou de prendre une inspiration avant d’attaquer le suivant. En tout sept épisodes se succèdent, sept corps à corps avec la voix de Dylan, qui livrent une relecture vivante de son oeuvre. Sur cette musique qu’elle déteste – pour l’anecdote, la pièce naît de la différence d’appréciation entre Maarten Van Cauwenberghe qui est un archi fan du chanteur alors qu’elle n’en peut plus de l’entendre pendant les répétitions – elle sculpte une danse soignée et franche, une danse à la mesure d’une grande interprète devenue grande chorégraphe.

Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan dure tout juste le temps d’écouter un album, d’apprécier l’instant. Et pendant le morceau It’s alright, Ma lorsque Dylan lance « Pas besoin de regarder bien loin pour voir que peu de choses sont vraiment sacrées », on pense à ce genre d’instant suspendu, de recueillement dépouillé, sans artifice, autour de quelqu’un que l’on est venu écouter jouer, voir danser.

Marie Pons

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