ENTRETIEN : LAETITIA DOSCH

laetitia

ENTRETIEN : Laetitia Dosch, sur sa pratique théâtrale.

Inferno : Comment développes-tu ton processus de travail personnel au théâtre ?
Laeticia Dosch : J’ai fait une partie de ma formation théâtrale à La Manufacture de Lausanne, où on a la chance d’avoir les clefs de l’école pour travailler comme on voulait, quand on le voulait. On avait des profs aux méthodes très différentes, classiques ou à l’inverse très avant-gardes qui nous donnaient des outils pour développer notre propre recherche et notre travail. C’est comme ça que j’ai commencé à faire mes propres spectacles. C’était un peu jaillissant, plein d’envies, on pouvait chercher à partir de l’intime et inventer de nouvelles formes. Après l’école, et devant la difficulté à faire concorder nos emplois du temps pour travailler ensemble, j’ai commencé à écrire et à penser à des solos. J’aime beaucoup la situation où une personne seule se retrouve face à deux cents autres, il y a un vrai rapport de pouvoir. Tu peux te sentir gêné pour elle, tu peux imaginer qu’elle va être fragile et partir, tout est possible dans la fiction. J’aime beaucoup faire des blagues au plateau, et la personnalité des comiques m’a toujours plu. Quand tu vois Jacqueline Maillan parler en interview, tu vois quelqu’un de complètement cassé. Il y a un vrai décalage entre l’acteur comique sur scène et la personne dans la vie de tous les jours. Le solo est une bonne façon de mettre ça en scène. Avec Laetitia fait péter…!, j’ai commencé par faire un spectacle avec une comique amateure pas très bonne qui choisit des sujets gênants, les juifs et les handicapés par exemple, jusqu’à ce qu’elle n’y arrive plus, alors elle s’arrête, elle a un trou, et ça, ça crée des réactions intéressantes dans le public.

C’est ce rapport direct au public qui te plait dans le solo ? Ce n’est presque plus un solo finalement…
Oui… il y a un rapport actif entre le public et moi. Tu as le solo qui, lui, est une fiction. La personne qui entre en scène fait partie de l’histoire, et il y a des possibles qui s’ouvrent avec le public. Klein a été le deuxième spectacle que j’ai fait, pour lequel j’utilise comme seul texte un extrait de Grand et Petit de Botho Strauss. Ce qui me plaisait pour ce solo c’était de faire résonner une langue qui est très écrite comme si elle ne l’était pas. C’est quand j’ai découvert le travail de l’humoriste Zouc que j’ai été le plus impressionnée. Elle crée des personnages fantômes, c’est drôle, profond, inquiété, ça représentait bien la vision que j’ai de notre époque. Je me suis approprié sa forme et je suis allée dans la ville (Valencienne, Marseille, Paris) pour faire renaître des souvenirs, des fantômes. Les personnages qui peuplent Un album ne sont pas seulement des imitations, il faut rentrer dans leur peau, dans leur imaginaire, penser à l’espace dans lequel ils sont, à leurs vêtements. C’est une recherche par le physique et par la mémoire. Et la construction du tout se fait par association libre. Ce qui lie tous ses personnages une pensée qui grandit et qui passe de l’un à l’autre. Mais si le jeu de passage d’un corps à l’autre est exigeant, je gomme l’idée de virtuosité au maximum. Je veux que ces personnages soient au plus proche des spectateurs, que ce soit le plus organique possible.

Après l’avoir joué au Théâtre de Vanves pour Artdanthé 18, j’ai voulu sortir ce spectacle du théâtre pour le jouer dehors, le remettre dans la ville. C’est comme un anonyme dans la ville qui porte en lui tout un imaginaire, il est à la fois très solitaire en connaissant tout le monde. On va le faire sur le toit du Point Ephémère à la tombée de la nuit, il y a les lumières de la ville, le métro aérien, le bruit des gens, c’est très beau.

Qu’as-tu pensé quand on t’a proposé les « Sujets à vif » ?
Je rêvais qu’on me le propose depuis des années. On se connaissait à peine Jonathan Capdevielle et moi. C’est très intéressant cette idée de « mariage forcé ». Evidemment on a envie de créer quelque chose qui a vraiment du sens, une profondeur, malgré les contraintes de temps qui nous sont imposées. On a seulement 3 semaines pour créer une forme courte de 25-30 minutes. C’est un vrai défi qu’on veut relever fièrement et joyeusement.

Propos recueillis par Moïra Dalant

Un album, au Point Ephémère, du 8 au 12 juin à 21h.
Sujets à vif, Jonathan Capdevielle & Laetitia Dosch, 8-14 juillet (relâche le 11) Jardin de la vierge du lycée saint Joseph, Festival d’Avignon 2016.

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