CAMILLE HENROT : INVENTAIRE DE NOS PETITES ADDICTIONS QUOTIDIENNES

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Rome, correspondance.
Camille Henrot: inventaire de nos petites addictions quotidiennes

Parmi les rares expositions d’art contemporain présentées à Rome cette année, la Fondation Memmo située dans un magnifique Palais du XVI° siècle derrière la Place Fontanella Borghese présente la Française Camille Henrot qui revient en Italie avec l’exposition Monday, après le Lion d’Argent à la Biennale de Venise en 2013, une exposition à la Fondation Gucci à Florence en 2014 et un séjour en résidence d’artiste à la Villa Médicis à Rome. Le 3 Juillet une autre exposition Luna di latte (Lune de lait) au musée Madre de Naples présentera les esquisses préparatoires de sa personnelle romaine.

Monday inaugure un mercredi, le 11 Mai, premier volet d’une recherche sur tous les jours de la semaine qui culminera dans une exposition au Palais de Tokyo à Paris en 2017. Un projet en plusieurs étapes et bien réparti dans le temps et l’espace, avec entre-temps une halte à la Biennale de Berlin en Juin.

Pour Monday, Camille alterne statues en bronze et fresques jouant sur l’opposition entre académisme et légèreté, résultat d’un long travail commissionné qui s’inspire du quotidien comme de l’histoire de l’art, mais aussi de passages de la grande littérature, de Proust à Joyce. À Goethe, elle emprunte la figure de Méphisto, figure ici d’un surmoi quasiment impuissant face à l’apathie d’une jeune fille, un des effets psychologiques du lundi selon Camille. Des figures informes, comme la sculpture inspirée de la Derelitta (célèbre chef-d’œuvre qu’on attribue à Botticelli), mais aussi la figure picassienne façonnée sur un i-pad deviennent ici les allégories des contradictions et des consolations des temps modernes.

D’autres éléments comme la mitre (le couvre-chef pointu des papes) sont très reconnaissables, voire iconiques, surtout à Rome et en période de Jubilée. La mitre revient dans deux pièces en bronze, les pièces les plus discrètement ironiques qui sont dédiées au thème religieux, plus précisément chrétien: le chien-pape avec une longue mitre sur la tête monté sur un piédestal en marbre et la pièce appelée «Points Cardinaux» en italien, composée de deux mitres en bronze en suspens. La première est un clin d’œil à la tradition franciscaine (aimante des animaux) chère au Pape François, et la deuxième part d’un jeu de mots pour évoquer malicieusement, avec la double mitre, le règne – perçu comme un paradoxe par les Romains – de deux papes à la fois, Ratzinger et Bergoglio.

Une autre addiction contemporaine repérée par Camille est l’horoscope, un thème qu’on a approfondi dans cette interview pour tester ses limites et son autodérision.

Interview de Camille Henrot par Raja El Fani:

Inferno : Vous figurez dans la liste des artistes sélectionnés à la Biennale de Berlin qui commence le 4 juin. Pouvez-vous nous anticiper votre projet ? Est-il relié à votre exposition à Rome ?
Camille Henrot : Pas vraiment mais d’une certaine manière oui. Mon projet pour Berlin qui s’appelle Unreplied emails traite aussi du repli sur soi, de la volonté du neutre, mais il prend plus en compte du contexte, notamment du contexte politique puisque les emails que j’ai choisis dans ma boîte mail sont essentiellement des emails d’associations politiques que j’ai soit supportées ou pour lesquelles j’ai signé des pétitions.

Êtes-vous en rupture avec la tradition de Duchamp ?
Je ne suis en rupture avec rien mais connectée avec tout. Je m’amuse de certaines choses, je ne les attaque pas, je n’aime pas détruire mais jouer avec.

C’est donc l’aspect ludique des choses qui vous intéresse.
Non, c’est mon attitude qui est ludique par rapport aux références en général.

Vous êtes de quel signe astrologique ?
Gémeaux, pourquoi? Vous croyez qu’il y a une influence? (rires) Oui, c’est peut-être une exposition de Gémeaux en fait!

Comment vous avez pensé aux horoscopes comme base de recherche artistique ?
Le sujet de l’exposition c’est la mélancolie, l’impuissance, l’improductivité. L’horoscope on le consulte quand ça va pas, quand on espère une résolution, qu’on a envie de s’abandonner au destin. On espère que les étoiles vont nous expliquer pourquoi on a échoué et comment ça peut s’améliorer.

Propos recueillis par Raja El Fani.

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