SPRING FESTIVAL UTRECHT : NICOLE BEUTLER, « THE SQUARE »

beutler
Utrecht, envoyé spécial.
The Square, Création chorégraphique de Nicole Beutler – Festival Spring/ Utrecht

Merci d’être venus !

Une fois le petit rituel d’écriture corporel achevé et le rideau de scène levé, ce qui frappe en dehors de cette grande tour métallique et ce carré clair au sol, ce sont les quatre chiffres en cristaux liquides rouges qui indiquent 65.00. Le ton est donné. Dans cette heure plus cinq minutes, tout ce que nous allons voir est du temps réel, scandé par ce rouge vif qui égraine les minutes.

Et qu’a-t-on vraiment vu pendant ces 65 minutes ?

Une pièce d’apparence potache, comme un jeu d’enfant, découpée en plusieurs séquences, pimentée par une Déborah harengueuse de foule, à la manière d’une télé-évangetilste américaine qui professe chaque dimanche une parole de fraternité et d’unité entre les Hommes. Elle nous enjoints d’activer notre force collective. Elle insiste sur la nécessité de la faire perdurer. Puis, soudain, surgit le message…

Et c’est dans la troisième partie du spectacle, alors que dès le début, le quatrième mur est rompu par l’arrivée de la salle des danseurs, que Déborah, danseuse, chanteuse, comédienne – on ne sait – fait allumer les lumières de la salle. Elle demande au public de se livrer à des actions qui s’intègrent dans la pièce jusqu’à demander « qui ne veux pas venir en aide à son prochain ? ». Qui oserait, à la vue de tous, se vanter du contraire ? Tout le monde lève donc le bras…

Pourtant, rien dans The Square ne laissait prévoir un spectacle sinon engagé du moins politiquement très concerné… D’autant qu’il débute par une action ou l’expression « écrire avec le corps » prend tout son sens… Puisque se forme à l’avant-scène, à l’aide d’un judicieux graphisme de corps enchevêtrées ou seuls, tout le titre de la pièce savamment distillé sur le proscenium.

Un décor assez froid, d’un métal brillant, un tapis clair fait de dalles – sans doute jaunes – sert de scène à la danse sur une musique assez rythmée, à l’énergie communicative.

Dans la première partie, les danseurs sont en deux groupes de quatre. On ne voit pas leur visage. Ils sont même à contre-jour. Les déplacements sur scène font penser aux personnages du jeu Tetris tellement les gestes sont saccadés, presque trop découpés, graphiques et linéaires, peu de sol, pas de portés, des ensembles comptés qui se croisent et s’entrecroisent.

Nicole Beulter veut faire groupe, masse pour conforter son propos. L’écriture est donc chorale. Le groupe s’agrége. Il est ensemble. Il s’imbrique, ne se lâche pas…

Il faudra attendre Déborah et son solo pour compter sur une individualité qui finira par marquer le spectacle de part sa présence qui happe tout sur le plateau, au point de faire disparaître la danse du dernier tableau, sorte d’orgie post hippie qui voit des corps presque nus se monter dessus, s’enlacer sans que jamais ce ne soit vulgaire ou provocateur. Non, c’est en phase avec le propos de la pièce et cette fraternité des années 70 dont on a entendu parler comme d’un Nirvâna et qui manque cruellement dans ce monde du XXI ème siècle, fait de peurs, d’attentes, de rejets de l’autre…

Reconnais-tu la personne qui est à côté de toi ? Voulez-vous prendre soin de quelqu’un ou de quelque chose ? Oui, alors nous sommes riches, heureux d’être libres, croyons en notre futur et à notre communauté…

Tel est le message de The Square et pour ouvrir un festival, rien de mieux que cette parole d’unité, certes un peu convenue, mais qui passe dans la salle et qui la reçoit comme une parole qu’il aurait voulu dire mais qu’il n’ose plus proférer tant les risques semblent grands…

Le temps est venu de « l’opposition » et de « la riposte » dit Déborah… Où qu’elle soit, pour le plaisir qu’elle procure, allez voir The Square comme un moment de communion collective que seul le spectacle vivant peut encore vous offrir.

E Spaé
Envoyé spécial à Spring

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