LYDIE JEAN-DIT-PANNEL, « WHAT A WONDERFUL WORLD », FAUX MOUVEMENT METZ

1-psyché

Lydie Jean-Dit-Pannel, What a wonderful World (and I think to myself) – Exposition du 30 avril au 04 septembre 2016 au centre d’art Faux Mouvement de Metz.

Lydie Jean-Dit-Pannel présente au centre d’art Faux Mouvement de Metz une monographie aussi critique que poétique, puisant dans son engagement écologique la force de ses métamorphoses. What a wonderful World (and I think to myself) dresse un constat alerte sur la menace nucléaire, notamment en France, auquel la plasticienne sensibilise à travers des formes et des couleurs aussi vives que l’esprit de contestation qui les inspire. Son œuvre n’adopte néanmoins pas les formes frontales de la parole militante, elle développe au contraire une narration autofictive qui s’oppose avec d’autant plus de pertinence aux fictions collectives (les désinformations politiques, médiatiques, psychologiques), sources du déni et de l’aveuglement des hommes face à l’ampleur du danger.

L’exposition s’ouvre sur une photographie de l’artiste en Psyché, nue sur un rocher, hommage à la Psyché abandonnée de Jacques-Louis David. Alter-ego qu’elle façonne depuis 2012 dans le sillage de la femme aux papillons, l’héroïne antique est une femme blessée, nomade et amoureuse. A travers elle, Lydie Jean-Dit-Pannel dit sa déception face aux désastres liés à l’anthropocène et sa détermination de guerrière à vouloir y répondre. Elle met en scène pour cela l’abandon d’une Psyché contemporaine, échouée sur les sites nucléaires à travers le monde, figée nue, face contre terre, terrassée.

La grande salle montre toute l’étendue plastique du travail de Lydie Jean-Dit-Pannel, plus connue il est vrai pour sa production visuelle ou pour ses modifications corporelles. Exemplaire d’un style plastique simple et franc, l’installation centrale, une étendue de milliers de morceaux de puzzle retournés, installe autant le personnage de Psyché sur les rives d’une mer contaminée qu’elle envahit elle-même symboliquement l’espace. A son image, l’exposition toute entière compte sur des formes ludiques pour mieux dénoncer le jeu d’apprentis sorciers auxquels se livre les hommes. Neuf mannequins de réanimation alignés forment ainsi une chorale de survivants, aussi anxiogène qu’absurde, quand un grand crâne en disques vinyles de l’hymne nihiliste Ashes to Ashes de David Bowie confond les symboles de la vanité et de la toxicité.

Avec une insolence mesurée et un goût assumé pour la dérision, Lydie Jean-Dit-Pannel installe l’univers d’un terrain de jeux faussement innocent. La vidéo Escarpolette présente ainsi Lydie Dit-Jean-Pannel faisant de la balançoire au-dessus de la tour de refroidissement d’une centrale jamais mise en activité à Kalkar en Allemagne. Réhabilité en un parc d’attractions, ce site est à l’image du cynisme contemporain : contrevenant à l’idée de l’impossible recyclage des déchets nucléaires, le manège devient l’image d’un divertissement morbide, qui amène autant d’insouciance et de plaisir qu’il dessine une stratégie capitaliste pour détourner les regards des menaces réelles. Cette ambivalence anime la pratique elle-même de la plasticienne, partagée entre jouissance esthétique pour l’architecture des bâtiments atomiques et le rejet inconditionnel de son économie.

Après avoir parcouru le monde pour tourner & A Fade To Grey, son premier road-trip anti-nucléaire, Lydie Jean-Dit-Pannel a sillonné les routes de France pour mettre en scène Psyché sur des terres toxiques plus proches (Cattenom, Chinon, Chooz, Cruas, Fessenheim, Golfech, La Hague…). Ce deuxième opus est présenté à Faux Mouvement pour la toute première fois sous la forme d’une série de vingt-cinq photographies, 14 secondes, du temps que met son retardateur a déclenché la prise de vue. Entre dérision et force poétique, Psyché tente de mieux faire prendre conscience de la globalisation du problème nucléaire, du fait que personne n’est aujourd’hui épargné. Abondant dans ce sens, Chambre à louer, des centaines de plaques de porte Do not Disturb répartis sur toute la surface des murs (pour la première fois accrochée dans un espace clos) et un nid constitué de centaines d’aiguilles d’acupuncture usagées, disent la fragilité du foyer et l’urgence de prendre soin de notre maison commune.

Complétés par quelques éléments rétrospectifs de cette œuvre prolifique (notamment ses films, dont le dernier Nowhere est montré en exclusivité), l’exposition se conclut sur la signalétique d’une zone de rassemblement, gratifiée d’une sentence (« Encore plus seule que l’année dernière, cet après-midi d’automne »), un message à double entrée, tout comme le titre de l’exposition. Entre optimisme et mélancolie, espérance et incrédulité, Psyché et Lydie Jean-Dit-Pannel scellent ici leur destin commun, celui d’une humanité blessée, qui rit de ses blessures pour tenter de les surmonter.

Florian Gaité

Image: Psyché © Lydie Jean-Dit-Pannel

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