ANNE DE MEY, YOANN BOURGEOIS, MONTPELLIER

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Michèle Anne De Mey et Yoann Bourgeois : ça danse au Printemps des Comédiens

Bien qu’il s’appelle le Printemps des comédiens, le festival du conseil départemental de l’Hérault programme aussi des danseurs et des circassiens. Comme son nom l’indique, il les présente surtout au masculin ! On rêve d’un jour où – comme c’est un peu le cas au festival d’Avignon ou complètement à la Comédie-Française – on pourra sans humour appeler ce festival le Printemps des comédiennes…

Pour sa seconde semaine d’exploitation, de sommités internationales venaient présenter de petits grands projets. Ils sont petits par leurs durées, leurs formes ou leurs objets mais grands par leurs résonances, leurs sensibilités, leurs descriptions du monde.

Le couple de la chorégraphe Michèle Anne De Mey et du cinéaste Jaco Van Dormael a monté le collectif Kiss & Cry à la suite du succès éponyme de leur premier spectacle. Dans Cold Blood, le principe est le même : montrer les coulisses d’un tournage dont les héros sont des doigts. Ainsi tout le spectacle se déroule en deux parties : les yeux sur la terre qui regardent les doigts bouger et les secrets du tournage se révéler, les yeux dans le ciel qui regardent l’écran et la magie des images.

Contrairement à ce qu’on pourrait craindre, le fait de révéler les secrets, de montrer l’envers du décor ne détruit pas la magie mais au contraire rajoute une couche au merveilleux. L’écran comme la scène sont profondément indépendants et l’on peut s’émerveiller de l’un comme de l’autre. Il y eu ce jour-là trois types de spectateurs : ceux qui avaient vu le premier opus et qui ont trouvé celui-là moins bien (le charme de la découverte n’opérant plus), ceux qui avaient vu le premier opus et qui ont trouvé celui-là bien plus intéressant (l’histoire est plus éclatée et plus au service de l’image), ceux qui n’avait rien vu et qui sont demeurés bluffés. Si l’on peut reprocher à ce spectacle un manque cruel de dramaturgie, un propos réfléchi et/ou un texte plus engagé et cohérent, on se laisse porter par la magie de la forme. Car au détour d’une chorégraphie éblouissante en gros zoom sur les doigts, tout d’un coup, le plan s’agrandit et on voit un vieille vénérable, au sommet de son jeu, le sourire au cœur des lèvres, en train de faire mumuse avec ses doigts ! La poésie redevient très prosaïque, mais cette prose si tendre et si fragile émeut peut-être encore plus. On saluera les trois danseurs Michèle Anne De Mey, Grégory Grosjean (brillant du bout des ongles à la pointe des pieds) et Gabriella Iacono. La qualité du projet tient aussi au fait que tous les artistes et techniciens présents sur le plateau sont finalement en train de danser et non en train d’ajuster un accessoire ou de déplacer la caméra.

C’est dans tout ce jeu de plan/contre plan – chant/hors champ que repose aussi la qualité de ce spectacle certes mais aussi dans l’intelligence du projet « reduce » : un moment de boléro, par exemple, dansé uniquement avec les mains, est aussi magistrale que l’orchestration qui réussit à faire entendre la même montée en puissance de la musique en quatre fois moins de temps que l’original. Tout est en plus petit mais en tout aussi fort et intense. Touti rikiki maousse costo comme disait la pub !

Un peu plutôt dans l’après-midi, le chorégraphe circassien Yoann Bourgeois présentait Tentatives d’approches d’un point de suspension. Ce mini spectacle en cinq parties monte en puissance. Dans une esthétique tout en bois, avec des vêtements de tous les jours, dans une simplicité presque risible, le nouveau patron du Centre Chorégraphique National de Grenoble réussit l’exploit de réjouir ou de bouleverser la totalité des spectateurs de 4 à 87 ans. Quand on regarde ce spectacle, on se dit que le mot « grâce » a été inventé pour définir le travail de Yoann Bourgeois. Il ne joue pas sur l’effet de surprise, sur les ruptures, sur le tape-à-l’œil. Ce qui est magique, c’est que l’on ne sait pas si ce qu’ils font est ultra simple ou très compliqué. Ce qui est magique c’est même que l’on ne se pose pas la question tant on est happé à la fois par la forme élégante que par la dramaturgie cohérente. On n’en sort pas aussi facilement qu’on y est entré. Le seul reproche (et peut-être le plus beau) que l’on peut faire à ce spectacle, c’est qu’il est trop court !

La quatrième partie, qu’il a déjà exploité plusieurs fois, joue sur un trampoline et un escalier (voir la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=xF5MhpvKzuw). Quoi qu’on fasse, quelque soit l’élévation qu’on prenne, où qu’on en soit de notre existence, on finira le nez dans la poussière. « Et là-haut, les oiseaux, tout petit si petit tournent tournent sur nous ». Les martinets du Printemps des comédiens ont joué le jeu de la chanson. Si le spectacle est tendre, s’il parle de la lutte pour l’équilibre et l’élévation, ce n’est -comme le dit le titre- qu’une tentative, une approche… La mort et la séparation sont là et on sait très bien comment cela se finira : entre quatre planches de bois, les mêmes que celles de la scénographie.

Bruno Paternot

Cold Blood</strong>
Michèle Anne de Mey / Jaco Van Dormael / Collectif Kiss & Kry – Un spectacle de Michèle Anne De Mey, Jaco Van Dormael et le collectif Kiss & Cry – Textes de Thomas Gunzig

Tentatives d’approches d’un point de suspension
Yoann Bourgeois / Centre chorégraphique national de Grenoble – Fugue/balles – Fugue/trampoline – Fugue/table : Auteur, conception, scénographie : Yoann Bourgeois

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