ROBYN ORLIN ET LISE BOUCON : LES CORPS EXALTES A MONTPELLIER

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MONTPELLIER DANSE : Robyn Orlin et Lise Boucon : Les corps exaltés à Montpellier.

Pendant que le festival Montpellier Danse accueillait la vedette internationale Robyn Orlin, la compagnie Up to you présentait en marge du festival mouvement sur la ville (équivalent d’un festival off) une performance dénommée Nobody. Les deux projets ont ceci en commun qu’ils incarnent le corps dans sa difficulté à se contenir.

AND SO YOU SEE… OUR HONOURABLE BLUE SKY AND EVER ENDURING SUN… CAN ONLY BE CONSUMED SLICE BY SLICE… est un proposition de Robyn Orlin avec Albert Ibokwe Khoza.

Nous sommes accueillis à HTH par les lumières rouges sang et de la musique classique. Dans la précédente proposition présentée à Montpellier, la chorégraphe sud-africaine faisait se métamorphoser sa danseuse en papillon grâce à une tente Quechua. Ici, Albert Ibokwe Khoza commence le spectacle dans un cocon de tissu. Sous le cocon, il est enfermé dans une chrysalide de cellophane. S’ensuivent plusieurs chants qui sont à la fois des appels, des psalmodies, des au secours, des prières… Grâce à un ingénieux système de vidéo, qui certes amoindrit la présence du danseur, son corps est présenté en même temps sous plusieurs angles : de haut, de face, de dos. Son fauteuil ainsi que les tissus élégamment disposés autour réussissent à créer un espace diégétique polysémique : à la fois boudoir SM et salle de prière animiste.

De la naissance au passage à l’âge adulte, toute une série de rituels sont alors présentés et vécus avec autant de grâce que de graisse. C’est le charme des spectacles de Robyn Orlin : réussir à manier le sublime et le grotesque avec intelligence et tension. Une scène de toilette corporelle, où un père et une mère symbolique piochés au hasard dans le public pour venir laver Albert Ibokwe Khoza est à la fois extrêmement touchante par la ritualisation familiale et en même temps extrêmement dérangeante (deux blancs nettoient un noir avec toute l’imagerie ratialiste et raciste possible) tout en restant très drôle. La mise en image comme son exécution sont brillantes et très justes. Le corps particulier du danseur réussi, par les pauses qu’il prend, à créer à la fois des Vénus sculpturale et hottentote, mais aussi des dadbods très modernes et actuels. Le spectacle interroge le genre, le rite, la race, la danse contemporaine. Ainsi tout un passage où l’artiste à des plumes sur son costume et chante avec une voix aiguë fait forcément et férocement penser au Думи мої – Dumi Moyi by François Chaignaud. Quand Robyn Orlin caricature la caricature de la danse contemporaine…

Une des scènes les plus fortes et peut-être celle du meurtre originel, symbolisé par une dégustation d’orange. Là encore, on est à la fois dans le quotidien et le merveilleux, le vulgaire outrancier et le poème baroque : on est partout à la fois et pourtant on est à un seul endroit, dans un spectacle de Robyn Orlin, reconnaissable entre mille.

NOBODY
Présenté le même soir mais à minuit, la performance de Lise Boucon met aussi en avant son corps. Mais là, ce ne sont pas les résonances du gras qui sont travaillées mais bien les résonances internes. La performance inspecte un corps qu’elle ne trouve jamais juste, jamais parfait, jamais comme on le souhaiterait. Après une série de mouvements gymniques qui dénoncent de manière très simpliste notre rapport au « bien être », la performeuse refait les mêmes gestes mais avec un micro inséré dans son vagin. Chaque geste développe une musique interne, met en avant les vibrations du corps, montre à quel point le moindre mouvement, le plus petit frottement, raisonne dans le bas du ventre. En fond sonore, une vidéo de vulgarisation anatomique montre comment dépecer un mort afin d’inspecter ses muscles ! Un peu comme si Fred et Jammy utilisaient de vrais cadavres pour leurs démonstrations…

Ici encore le corps est contenu, serré, encastré non pas dans du cellophane mais avec du scotch. Les images que créent cet enfermement, mises en lumière par Sonya Perdigao sont à la fois sont très esthétiques et signifiantes. Peut-être un peu trop clairement, mais cette première série de performances amènera certainement la pièce se rejouer ailleurs, autrement, d’une façon de plus en plus complexe.

Bruno Paternot

Extrait d’un autre projet de Lise Boucon :

http://www.mouvementssurlaville.com/fr/event/just-married-le-plus-beau-jour-de-ma-vie-up-to-you/

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