MONTPELLIER DANSE : DIMITRIS PAPAIOANNOU, « STILL LIFE »

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strong>MONTPELLIER DANSE 2016 : DIMITRIS PAPAIOANNOU, STILL LIFE

Un surréalisme à la grecque !

Still Life est la pièce la plus incroyable, visuellement la plus belle, la plus aboutie que j’ai vue depuis longtemps. Les images de ce ciel nuageux marquent autant que les oeillets de Nelken de Pina Bausch ou d’autres scénographies de chorégraphies – et, puisqu’on est à Montpelier, citons la scénographie mémorable de Boltanski pour Le Saut de l’Ange de Dominique Bagouet.

La pièce commence par une image. Un homme est sur scène depuis le début de l’entrée du public qui n’en finit pas de remplir cette salle du Corum ; c’est donc long… il semble assis sur une chaise mais c’est un leurre… et cela donne le ton de la pièce… Illusions, faux-semblants, burlesque à la Chaplin.

Les dessus du théâtre sont encombrés d’un immense ciel nuageux. Il est si parfait, si beau à regarder, qu’on se demande un moment si ce ne sont pas des vidéo-projecteurs qui projettent des images… Et puis, cet homme en noir ne peut pas ne pas faire penser à Magritte et ces peintures ont sans doute inspiré le chorégraphe, ou alors le hasard fait bien les choses. Le danseur va aller chercher un immense et épais matelas de mousse recouvert d’une matière qui va d’effriter tout le temps où cet objet va « jouer » sur scène. Incroyable outil de passe-passe où les corps se plongent et resurgissent… Vecteur d’images et de moments drôles ou burlesques, ce matelas sera le soutien de la danse et des danseurs pendant un long moment…

Pièce minérale. Pierres et briques. Effritements. Sol jonché de ces résidus. Sons amplifiés de leurs chutes. L’univers visuel créé un chaos. On a des flash de pièces de Beckett. On pense à Chagall avec ces costumes noirs auxquels ils ne manquent plus que les chapeaux melons… Surgis de la salle, telle la statue du Commandeur, un homme qui regarde la scène, le danseur, puis repart…

Les effets sont nombreux. On pourrait tous les décrire, les commenter. La dernière image de cette danseuse derrière un panneau fait penser à des peintures de Klimt… A Longue chevelure, son aspect est modifié par cette plaque transparente qui, agitée devant elle, créera autant de vent que d’images.

Des éclairs, du larsen, des bruits de frottements, de déchirements du sol qui cède sous la main de l’homme… Petit à petit, ce nuage fait penser à un champignon atomique qui nous guète…

Et la fin. Ah ! la fin de Still Life confirme la pure folie salvatrice, la distance Brechtienne de Dimitris Papaioannou…

Du lointain, quatre danseurs portent sur leur tête une table où l’on devine des objets… avec une attention toute maitrisée, ils finissent par la descendre dans la salle finalement pleine de victuailles… Ils s’installent. Ils mangent. Les plus impatients des spectateurs quittent la salle. Ceux qui restent assistent à la fin…

Assis dans le vide, un danseur médite telle la statue de Rodin… Fin.

Quelle soirée. D’une dimension sans précédent, cette pièce fait entrer définitivement Dimitris Papaioannou dans la cour des grands, de ceux qui vont laisser une trace dans la danse, dans le spectacle et, au moment où le Directeur de Montpellier Danse regrette les grands maîtres, en voilà un !

E Spaé

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