FESTIVAL D’AVIGNON : « LES CORVIDES », LAETITIA DOSCH ET JONATHAN CAPDEVIELLE

les corvidés avignon

Les Corvidés : Sujet à vif – Programme B – Jonathan Capdevielle et Laetitia Dosch – Jardin de la Vierge du Lycée Saint Joseph – du 8 au 14 juillet 2016

Dialogue de corvidés sous les yeux de la Vierge Marie dans le jardin de la Vierge du Lycée Saint Joseph

C’est un peu les grands cousins des pies, les corbeaux, c’est bavard, enfin ici ça parlotte par procuration, et ça commente tout. La couleur orange du tee-shirt d’un spectateur, l’arrivée d’Yves-Noel Genod dans le gradin, les ouï-dire sur le dernier spectacle d’Angelica Liddell, l’attente inconfortable des retardataires, le sens de la vie. Ça commente de façon un peu euphorique, ça bafouille une logorrhée incohérente de tout ce qui passe par la tête puis, après un court silence, cette question « toi, tu la sens utile ta vie ? » posée par l’un des deux corbeaux à son congénère. On s’esclaffe dans le gradin. Ce sont bien les plus étranges marionnettes jamais vues, ces deux corbeaux harnachés à leurs petits perchoirs, s’agitant comme bon leur semble mais manipulés par les mots qu’on colle à leur présence. Un régal d’étrangeté.

« Toi, tu la sens utile ta vie ? ». L’autre ne peut que bafouiller. Utile, que veut-on dire par là ? Je dois servir à quelque chose moi ? J’ai pas le droit d’être là tout simplement, sans trop me poser de questions ? Les questionnements existentiels prennent possession de ces oiseaux inquiétants aux becs aigus et noirâtres (la faute à Hitchcock pour être honnête) et leur donnent des allures de pantins incontrôlables. Quand le couple Laetitia Dosch et Jonathan Capdevielle entre, l’étrange se diffuse. Livide, aux gestes éthérés, l’homme n’est plus humain, ça fait des siècles que ces deux là errent, atypiques, les corps vidés de leur sève, derniers vampires sur terre. On se souvient de l’insaisissable Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch. On s’amuse des multiples références et du tranchant de la proposition. Ça suce, ça insulte, ça prend des poses et ça s’en amuse l’air placide, le regard en coin, le corps de profil.

Le lieu, l’époque, le contexte, le théâtre, le public et les artistes du In, tous ont droit à un coup de cravache, à un petit mot d’humour jaune derrière les écoutilles, mine de rien ou alors bien en face, et sans pudeur.

Et pourquoi seraient-ils pudiques ces deux-là ? Ils taillent dans le vif, comme dans une pièce shakespearienne, le tragique autocentré d’Angelica Liddell comme première victime, mais aussi Olivier Py, Francis Huster, Jean Vilar, Phèdre… Les Corvidés, c’est comme une courte histoire en 100 actes du festival d’Avignon, un pied de nez en même temps qu’un hommage à ceux qui ont forcés la rencontre artistique pour cette création-course contre la montre. C’est la beauté du risque, le mariage de deux artistes hors-norme ; ça ne peut qu’être explosif et dérangeant.

Moïra Dalant

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