FESTIVAL D’AVIGNON : MARIE CHOUINARD, « SOFT VIRTUOSITY… », (RE)NAISSANCE DE VENUS

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MARIE CHOUINARD : Soft virtuosity, still humid, on the edge – Cour du Lycée St Joseph – 17 – 23 juillet 2016.

La (re)naissance de Venus ?

Le public du Festival d’Avignon a découvert ce 17 juillet Soft virtuosity, still humid, on the edge, une pièce qui va complètement à rebours des dernières chorégraphies de Marie Chouinard, la québécoise multi-primée, multi-récompensée et ce, dans le monde entier.

Là où les autres pièces de son répertoire sont énergie et rapidité, ici, pour cette pièce créée en 2015, Marie Chouinard retient tout. L’énergie est présente mais compacte, condensée. C’est une sensation de lenteur, de progression comme un spectacle au ralenti qui reste en mémoire. C’est sans doute le sens de ce soft virtuosité du titre.

La chorégraphe est une fine observatrice. Elle décrit, à travers des marches contraintes, disgracieuses, claudicantes de ses danseurs un monde qui va de travers, qui fait des dégâts, qui ne prend pas soin de l’autre, puisque jamais ces marches ne se croisent ni ne mènent à des portés ou des formes de contacts entre les danseurs. C’est seulement au début ou à la fin que des couples – deux femmes, puis enfin deux hommes – sont à l’avant-scène enchevêtrés, tournant sur un petit socle, animé par un manipulateur qui les fait lentement tourner.

Ce qui reste aussi en mémoire, outre ces ensembles particulièrement époustouflants tant les danseurs ont la maîtrise d’une qualité qui prédomine en Amérique du nord, c’est l’usage de la vidéo.

Si, dans la cour du Lycée Saint Joseph, c’est le mur de pierre qui sert de support, d’ordinaire c’est un écran blanc qui permet de ciseler l’image et d’approcher le détail du visage, des yeux, de la bouche des danseurs. Même si l’effet sur ce mur centenaire est beau, il manque tout de même la précision et le détail, ce qui fait perdre un peu du sens du travail de la chorégraphe.

Il y a quelque chose de Kenneth Branagh filmant les batailles dans son Henry V de Shakespeare où, en s’en souvient, avec quelques hommes seulement, il avait traduit des batailles homériques comme au bon vieux temps des péplums américains. On retrouve dans cette pièce ce type de travail. Une image saturée de visages et de corps qui traduit bien à la fois la masse, la foule et les souffrances, les contraintes de tous ordres.

De ce travail, c’est cette longue et lente traversée du plateau et sa retranscription à l’écran qui restera. La caméra, dirigée avec précision à distance, fait des gros plans sur les bouches, les yeux, les visages et oublie les corps qu’on voit sur scène. Ce découpage reste fascinant.

Dans la version avec un cyclo, on dirait même des successions de bas reliefs antiques et on comprend mieux pourquoi la chorégraphe s’est lancée dans un nouveau projet autour de Jérôme Bosch dont chaque toile est farcie de détails qu’il faut observer à la loupe, ce qu’elle fera avec délectation.

Dans les ensembles, on remarque aussi le soin de Marie Chouinard de jouer avec les visages cachés par des tissus qui font penser à des burqas et si cette image retient l’attention, on voit bien que le fait que cela soit porté aussi bien par des hommes que par de femmes est plutôt cette idée de visage cachés, enfouis comme si personne n’était perceptible, à visage découvert qui l’a intéressé.

Soft virtuosity, still humid, on the edge, nous semble une chorégraphie à part dans la longue liste des pièces de la chorégraphe, à moins qu’elle annonce un nouveau cycle d’une danse moins « virtuose » au profit d’une écriture plus psychologique, comme si, avec le temps, Marie Chouinard se posait un peu en reprenant ses acquis pour en faire profiter aussi bien le public que ses danseurs d’habitude si survoltés et là si calmes, même si l’énergie couve et que la danse puissante de la chorégraphe demeure à quelques endroits de la pièce.

Une forme de contemplation nous saisit à la fin où apparaît, chrysalide transparente, une danseuse qui, telle Venus dans la toile annonçant sa naissance de Botticelli, préparait un nouveau monde… Un message d’espoir en somme.

E Spaé

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